Interview : She Keeps Bees
Quand on m’a proposé de rencontrer She Keeps Bees, j’en avais déjà entendu parler, donc rapide passage sur le MySpace et j’accepte. Mais quelle déception quand j’ai reçu l’album ! Aussi, je n’étais pas très inspirée pour préparer cette interview. Sauf que je me suis retrouvée face à une femme plus que chaleureuse : en quelques minutes, on discutait comme de vieilles copines, l’amitié à l’américaine, quoi !

She Keeps Bees

She Keeps Bees, c’est Jessica Larrabee à la guitare et Andy LaPlant à la batterie. Ils se sont rencontrés en 2005 et ont commencé à travailler ensemble en 2006 : « Je faisais de la musique depuis toujours : mais surtout en solo ; et j’ai rencontré Andy qui était ingénieur du son qui m’a proposé de m’aider. J’avais toutes ces chansons que j’avais écrites depuis 2 ans, mais j’avais rien à présenter quand je faisais un concert. Le premier album est une sorte de recueil de toutes ces chansons, elles ont pris forme grâce à Andy : j’avais toujours été seule et ça m’a aidé d’avoir une autre personne externe au projet. Pour le deuxième album, je lui ai appris la batterie parce que mon père était batteur et moi aussi, et ensuite il s’est formé en autodidacte, donc la progression a été très naturelle.
Le son est est devenu plus rock. J’avais toujours voulu ce rythme. En fait, je pense que si je faisais de la folk, c’est parce que j’étais toute seule, et je pouvais rien faire d’agressif … mais maintenant y’a la batterie, c’est beaucoup plus naturel. »

L’enregistrement de Nest, le deuxième album, s’est fait entièrement à la maison : « J’écrivais la journée sur l’acoustique pendant qu’Andy était au travail, et quand il rentrait, il écoutait la chanson peut-être deux fois max et on l’enregistrait tout simplement. C’était simple, on suivait notre instinct, ça nous ressemblait. On avait commencé à travailler quelques morceaux dans un studio, chez un ami à moi ; mais il me connait depuis que j’ai 18 ans, c’est comme un grand frère : je me sentais pas à l’aise. Et j’ai réalisé quand je rentrais chez moi, que le résultat était génial, mais je ne m’y retrouvais pas. Je pouvais pas être moi-même avec cette impression que cet ami me jugeait. Peut-être c’est juste dans ma tête, des fois je projette des trucs alors qu’il n’y a rien en réalité. Mais donc l’enregistrement à la maison c’était vraiment ce qui nous reflétait le mieux. »

On voulait garder le son simple, brut.

La production est donc minimale, et le groupe se résume à deux membres, c’est en vogue ou c’est la crise ? « Ca vient probablement de mes groupes précédents: j’ai vu comment les chansons étaient créées, il faut être diplomatique, ça ne suit pas une vision, personne ne détient vraiment la chanson. Là, s’il y a une partie que je ne sens pas vraiment dans la chanson, on l’enlève. Et le fait de l’enregistrer comme en live nous permet de garder quelque chose de vrai, quelque chose qui nous ressemble. Andy a beaucoup travaillé pour que certains sons soient plus pleins, qu’ils prennent bien l’espace, mais aussi qu’ils laissent de la place pour ma voix, j’y suis sensible. » Andy précise : « On voulait garder le son simple, brut. »

Les abeilles sont vraiment le sang de la vie sur cette planète, et c’est ce que la musique représente pour moi.

Je remarque le tatouage d’abeilles sur son avant bras. « C’était avant de rencontrer Andy et j’essaye de trouver un nom autour des abeilles parce que ça rime avec mon nom de famille Larrabee. J’attendais que quelque chose me vienne à l’esprit : BeeKeeper, ou Bee Lady, ou Lady Bee… Et pendant que je laissais reposer, tout le monde était en train de s’affoler parce que du fait des insecticides, on était en train de tuer les abeilles : en fait, c’était à base de tabac, et les abeilles les ingéraient et la substance les troublait, elle ne savait plus ce qu’elles devaient faire, ça foutait leur système en l’air. Et on sait ce que Einstein a dit à propos des abeilles : si elles disparaissent, en 4 ans la terre dépérira. Elles sont vraiment le sang de la vie sur cette planète, et c’est ce que la musique représente pour moi.
Mon tatouage vient d’un magnifique tableau qui m’a été donné par un ami qui l’a créé après avoir écouté ma musique ; il l’a intitulé ‘besoin’. Et c’est vrai ! Je peux pas, je veux pas faire autre chose. Pour moi c’est un échange, c’est rencontrer des gens, c’est s’exprimer. C’est tout ce que je veux faire, et ça me correspond. Et d’un coup j’ai réalisé que j’avais un tatouage d’un groupe, je fais partie de ces gens-là ! »

Et d’un coup, elle nous raconte une histoire personnelle : « C’est vraiment l’évènement le plus déprimant de ma pré-adolescence, je devais avoir onze ans, même pas. J’étais rondelette, et tout le monde, dans mon intérêt bien entendu, me disaient de ne pas trop manger, de faire attention, donc au bout du compte, je fantasmais sur la nourriture. Ce jour-là, avec le peu d’argent de poche que ma mère m’avait donné pour un voyage de classe à la plage, je me suis acheté un énorme paquet de chips et un pack de 6 cannettes de soda. Et en plus je portais un maillot de bain qui était complètement transparent. J’ai trouvé un arbre pour me poser, et j’ai commencé à manger. Et là une abeille m’a vue et m’a piquée, imagine la scène : je pleure au milieu de mes chips et des canettes à moitié vide et les enfants se moquent de moi à cause de mon maillot de bain transparent. C’est une histoire sur moi et les abeilles… »

Je sais qu’on est sensés porter des lunettes de soleil, se créer un personnage, mais je préfère être honnête

Andy et moi on se regarde, il explique qu’il n’est pas pour qu’elle raconte cette histoire parce qu’elle est terrible. Jessica enchaîne : « Je sais qu’on est sensés porter des lunettes de soleil, se créer un personnage, mais je préfère être honnête. » Andy est d’accord avec ce principe : « Si tu mens pas, tu n’as pas besoin de te préoccuper de ce que tu dis. »
Jessica part dans une sorte de trip : « Je veux rester moi-même, parce que je pense que la musique, l’industrie de la musique est en train de s’effondrer, et c’est une bonne chose parce que c’était vraiment stupide ces histoires avec les plateaux de drogues et les jets privés et tout ce qui n’a rien à voir avec la musique. Je crois que le monde est en train de changer, l’univers est renversé, et avec un peu de chance, le système va commencer à comprendre cela. Ma mère est très new age, et des fois elle peut devenir un peu sombre, mais ira pour le mieux, c’est dans le sens de la nouvelle évolution. Avec toute l’Histoire et l’information qu’on a à disposition, on devrait faire de meilleurs choix, sauf qu’on ne prend pas le temps de comprendre. »

J’avoue ne pas tout comprendre, elle m’a perdue en chemin, elle essaie de clarifier sa pensée : « Je pense qu’il y a une autre manière de communiquer, c’est plus profond que le langage, c’est cosmique en fait, comme la musique. Je veux rester fidèle à cette intention. » Bon, je pense qu’on ne peut rien ajouter à cela.

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