Musilac a fêté ses 10 ans

Eels @ Musilac 2011

Eels @ Musilac 2011

Musilac fêtait ses 10 ans avec pour parrain cette année, Luc Barruet, fondateur de l’association Solidarité Sida et du Solidays.

Musilac 2011 aurait pu être Musiflop ou Musiflaque avec une météo peu clémente à quelques heures de l’ouverture le jeudi 14 juillet du désormais plus gros festival généraliste Rhône alpin. Il n’en a rien été, quelques gouttes seulement de l’ouverture avec Agitate Lips au show final de Vitalic, soit 33 groupes programmés sur 3 jours et 82 000 spectateurs sur l’esplanade du lac du Bourget. Année donc anniversaire mais aussi année record, 90 000 litres de bières consommés soit plus d’un litre par personne en moyenne pour ce festival familial.

Alors côté scène que reste t-il de ce cru 2011 ? Un peu à la manière d’un volatile palmipède bien connu sortant le mercredi, petite revue d’effectif d’un festival patchwork où se mêlent les pointures et les petits pieds.

Les artistes qu’on pouvait ne pas voir

Que dire de Ben L’Oncle Soul si ce n’est que c’est l’overdose de l’année mais sans hallucinations, de Lilly Wood and The Prick qui ne sort guère du bois de la pop gentillette pour radio périphérique privée, de Nouvelle Vague dont les minauderies font splash avec leurs reprises molles de la cuisse sur cette immense scène en plein soleil, de Puggy, boysband des années 3000 et son leader sosie de Jared Leto à transformer les abricots en marmelade ou encore Kasabian, bonimenteur de stade préféré de Sharon Tate, spécialiste du lalala et du ouhouhouh, familier du hands up, sensation efficace de gueule de bois avec une cure de vodka frelatée.

Les artistes qu’on pouvait voir à la rigueur

On pouvait se laisser séduire par la pop expérimentale et éthérée de Morcheeba et le retour attendu au chant de Skye Edwards, par les gravures de mode Angus & Julia Stone en tournée barnum à bord de leur big jet plane, par le régime crétois de papy Santana à base de soli de sa guitare légendaire et dégoulinante, par l’immanquable Gaetan – je suis partout – Roussel et son gang échappé de la Mano Negra (Joseph Dahan & Daniel Jamet), par l’électro pop d’AaRon dont le sourire fait fondre toute les Lilly midinettes même en continuant à gesticuler désarticulé quand la sono saute, par le groove rap de Selah Sue dont la voix est comme une rasade de Jack Daniels qui finit par saouler par tant de ‘Joplinerie’, par le roc Bernard Lavilliers, couteau suisse de la chanson française, que l’on appelle quand il y a “une avalanche en Haute Savoie et un barrage qui vient de craquer” dixit les Fatals Picards, fidèle à Musilac, par la disco pop glam très gaie des bioman Scissor Sisters, ou encore par le capt’ain Mark et la fée Morgane de Cocoon et leur animalerie pop folk, “il n’y a pas que le rock” pour faire bouger les bras.

stage diving

Les artistes qu’on pouvait voir

Les bonnes surprises sont venues des vieux pots dans lesquels la soupe a mijoté depuis belle lurette. La plus toute “young team” des écossais de Mogwai a prouvé une fois de plus que “Hardcore will never die, but you will“, sous une pluie de larsen est un grand disque, les maraîchers masqués italiens de The Bloody Beetroots Death Crew 77 sont indubitablement une tuerie en fin de soirée, défouraillant leur New Noise, les Concrete Knives et leur électro pop dansante jubilatoire peut faire rebondir jusqu’en Californie avec un gros potentiel, le gang des non postiches Eels sait mettre le public français dans la poche de leurs redingotes en débutant par une Marseillaise cuivrée et en revisitant un catalogue de chansons pléthorique avec parfois un son crade mais jouissif en plein cagnard. Les vétérans de la scène belge, Deus proposent un rock teinté d’électro bruitiste, avant goût de leur prochain album Keep you close à paraître en septembre, ce n’est pas le groupe le plus sexy de la planète mais ça envoie du gros ! Mademoiselle K affirme que “dans les festivals, il y a un côté warrior que j’aime bien [...], ce sont des moments où vous avez tout à prouver.” Et elle y arrive tel un coq dans une basse-cour avec sa crête rougeoyante, elle harangue, vitupère, tempête, ne laissant la place qu’à une petite balade pour ne pas perdre l’énergie.

Que dire de la reine de la nuit PJ Harvey, pythie à l’autoharpe en robe blanche immaculée, coiffe indienne à plume, Barbara du 21ème siècle, entourée du fidèle John Parish, de l’ancienne mauvaise graine Mick Harvey et du frenchie Jean Marc Butty qui officiait dans l’excellent groupe Venus : juste de la classe et de la sobriété, point de light show démesuré, de décor surchargé, juste la divine diva Polly Jean qui déchire le ciel d’aigus sur On battleship hill ou de riffs métalliques sur The Glorious Land avec sa Kalashnikov, non son opalescente Valco fifties.
Quelle grande petite dame malgré de temps en temps la voix qui se perd dans les basses du clavier. Let England Shake est à l’honneur mais elle n’oublie pas sur un set court de festival de régaler avec C’mon Billy, Down By the Water ou Meet Ze Monsta.

Autre belle surprise du festival, les rares et précurseurs The Chemical Brothers et leur cathédrale de lumière. Un show ultra puissant pour les oreilles, un spectacle visuel énorme, hypnotique, une transe sans extasy, répétitif et roboratif, aux messages subliminaux minimalistes, Don’t think ou Love il All. Les corps bougent tout seuls à l’image des personnages de synthèse sur l’écran, DJ Shadow était dans une sphère, les bro’ sont dans un tube vert émeraude et font une petite crise mystique avec des images de plans de cathédrales. Un déluge visuel et sonore que l’anomalie Philippe Katerine aura du mal à faire oublier avec son pseudo second degré, son escouade de danseurs façon frères Jacques et son humour cacaprout.

Autre rareté qui n’écume pas les festivals de l’été, Ben Harper, melting pot musical à lui tout seul, Barack Obama du rock, de la soul, du blues, du folk, du gospel… Un set très varié, des tubes (Diamonds On The Inside, Better Way, Both Sides Of The Gun), électriques, acoustiques, avec ou sans guitare lap-steel. Une humilité incroyable pour présenter quelques nouveaux titres à paraître sur Give Till It’s Gone à la rentrée comme cette sublime balade déclaration, Lovin’ you is my masterpiece. Alors c’est clair, ici c’est de la musique, pas de mains en l’air, de ‘je saute en rythme’, de ‘je mets ou coupe le son’, de putassier ‘vous êtes le meilleur public’ jusqu’au festival du lendemain. Un moment simple et intense de communion avec un grand artiste.

Pour finir, Caliméro, pardon Cali et ses chansonnettes d’amour d’ado boutonneux de 5eme B. L’histrion saute dans tous les sens, culbute la volaille montée complaisamment sur scène, participe comme à chaque fois au concours de stage diving (CF. dessin de Luz plus haut tiré de J’aime pas la chanson française). C’est très efficace, Cali enchaîne ses tubes dont le rigolo Cantona, il lève son petit poing sur Giuseppe et Maria, le public exulte sur C’est quand le bonheur ? ou Elle m’a dit et il faut reconnaître ce talent de faire chavirer une foule qu’il touche dans son quotidien et son intimité, même s’il serait tout aussi fort pour vendre des batteries de couteaux au marché d’Aix-les-Bains.

Musilac 2011 est bien fini, le festival encore une fois a joué parfaitement son rôle : mêler pop grand public, groupes indépendants et rares, pointures et groupes en devenir, le tout sous un soleil éclatant, dans un décor de vacances entre lac et montagne. Les pass pour la cuvée 2012 seront très prochainement en vente et nul doute qu’ils s’arracheront à l’aveugle, sans connaitre la programmation comme ces dernières années, signe évident de la confiance que le public fait aux organisateurs.

» Les photos du festival

Date : 14,15,16 juillet 2011
Un commentaire
  1. Ph

    Amusante cette synthèse quelque peu au vitriol !
    C’est vrai que l’on voit Gaëtan Roussel partout. J’ai cru le voir dans Sting (de loin) :)
    Une chronique de l’EP de Cléo T serait-elle envisageable ? A moins que tu n’apprécies pas du tout. 1er EP produit par J. Parish.

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