Monogrenade – Tantale

Monogrenade : Tantale

Dans quel univers étrange pénètre-t-on lorsque les premières notes de Tantale résonnent dans notre casque ? Dans quelle “chambre aux miroirs” si chère à leur précédent EP se perd-on, curieux, interloqué, abasourdi ? Depuis quatre ans qu’ils sont formés, avec à l’origine, le simple désir de faire revivre quelques compositions poussiéreuses, Monogrenade a su charmer la scène québecoise d’abord, et après un magnifique maxi autoproduit et une prestation remarquée à l’événement M pour Montréal, se faire remarquer aux yeux de la scène française.

Monogrenade

Qui est Monogrenade ? D’abord le projet d’un songwriter, Jean-Michel Pigeon, et puis en évoluant, collectif de quatre musiciens qui travaillent dorénavant ensemble. Et c’est une association qui prend toute sa force, lorsque s’insinue tranquillement la voix douce et posée du chanteur sur de lancinantes marées montantes de piano. On pense évidemment à la formidable première piste En Marge, et son étrange rythmique à ressorts. La montée de piano est magnifique : “Je sens que mon pouls s’accélère“, nous assène-t-on. Le nôtre aussi.

Monogrenade – M’en aller | SK* Session

Contraste important donc, chez Monogrenade, entre des pistes telles qu’Obsolète, son rythme frénétique et ses chœurs sépulcraux, et la douceur de D’un autre œil, ou de la superbe La Fissure, fermeture toute en retenue d’un album qui a pourtant su se lâcher, s’épaissir, se raidir, expérimenter presque sur des pistes comme “M’en aller” et son final Faustien, torturé, libérateur. Contraste donc, mais finalement contraste qui n’est jamais plus beau que lorsqu’il se fond en un tout, lorsque la magie saisissante de Monogrenade opère pour nous offrir le joyau qu’est Ce Soir. Les paroles hantées de Ce soir, c’est le constat amer d’une relation de couple qui s’éternise et s’embourbe, de la peur, toujours présente, de devenir un étranger l’un pour l’autre. La remarquable économie des sucreries habituelles liées au sujet dans le ton confèrent au morceau toute la justesse mélancolique, la pudeur magnifique, la grâce et la légèreté enfin, qui seuls savent s’accorder aux très grands groupes.

“C’est juste que ça me hante, que tu me vois étrange, qu’un jour on se réveille, plus jamais pareil, et qu’on se dévisage.”

Monogrenade – Ce soir

Hier, furieux de n’avoir pas pu me déplacer pour leur concert au Divan du Monde, je me suis vautré vers une heure du matin dans mon canapé, en attendant la fin de l’émission “Ce soir ou Jamais” de Frédéric Taddéï, programmateur de bon goût dans ses fins de partie. Tout doucement, en attendant le signal du maître de cérémonie, Monogrenade est venu s’installer à ses instruments. Après que les premières notes de la mélodie se soient étiolées dans le silence respectueux du public, Jean-Michel Pigeon s’est rapproché de son micro, et prudemment, les yeux mi-clos, il a commencé à chanter “Ce soir j’te fais danser.” Je dois dire qu’au milieu de ce studio impersonnel, bercé par la beauté saisissante de leur electro-folk éthérée, mon cœur a valsé avec lui.

Un commentaire
  1. nico

    j’espère que ce groupe a lu ce commentaire qui fait honneur à leur talent. j’espère une arrivé sur les radio française :-)

    A+

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