Ca bouge à Bourges !

Stuck In The Sound @ Chorus, 26 mars 2009

Bourges est sans conteste l’un des festivals les plus populaires de France, au sens noble du terme. D’abord parce que la ville et ses habitants se mettent en quatre pour vous accueillir, parce que de plus il n’y a pas que le festival officiel mais quantité de scènes gratuites qui proposent une réelle diversité musicale, sans compter les bars bondés et qu’enfin l’ambiance est décontractée, à peine remarque t-on Jack Lang ou François Bayrou arpenter doctement les allées du Printemps.

Comme toute la ville est en fête, il n’y a pas cet effet de masse que l’on peut rencontrer dans d’autres gros festivals, le public se croise d’un lieu à l’autre, d’une méga scène à un théâtre à l’Italienne, des bords de l’Auron au centre ville… et cela donne cette atmosphère particulière, les gens se parlent, échangent leurs impressions d’après concert (si, si, c’est possible en ces temps d’individualisme morose). Autre point non négligeable, ici on est ici pour la musique, on festoie, on slame, on s’extériorise sans qu’un méchant videur vous vire de la scène qui est très accessible, on touche physiquement les artistes comme ils nous touchent artistiquement…

Ce Mercredi 22 avril était dédié au gros son dans toute sa variété avec au programme le rock mentol des toulousains The Dodoz, le Post Rock en stéréo des japonais de Mono, les remuants Von Bondies ou les frenchies qui ont rafflé la mise cette année et qui ont collé tout le monde loin derrière, les Stuck in the sound

Premier à entrer en scène dans une salle toute acquise, les très jeunes et talentueux Dodoz… Très loin de la hype parisienne biberonnant les baby rockers soutenus par des journalistes essoufflés et hors d’âge émargeant sur la petite chaine qui monte, les Dodoz ont prouvé ce soir là que l’on pouvait faire du tatapoum adolescent intelligent. Leurs missiles rock font mouche, les guitares acérées, la voix affutée et juste de Géraldine galavanise et enflamme un public jeune bien sûr, mais connaisseur, et quand elle susurre son Do you like boy les jeunes filles acquiescent immédiatement dans un pogo hystérique et sensuel. Et quand un problème technique surgit, le groupe ne s’affole pas et gère comme des pros qu’ils sont en train de devenir à force d’écumer les scènes.
On est loin d’un épiphénomène bourgeonnant, la reconnaissance est bien là avec prochainement la première partie d’Oasis au théâtre antique de Vienne ou de Franz Ferdinand aux arènes de Nimes et des festivals à foison comme Art Rock ou Musilac…

Après l’énergie adolescente et une alarme incendie stridente provoquée par la chaleur torride des corps remués en tous sens, survint le lyrisme post rock des nippons de Mono… Première grosse claque du festival, un peu comme si le Delano Orchestra percutait Mogwai, My bloody valentine ou Ride… ce groupe existe depuis 10 ans et mêle le calme des eaux de l’océan pacifique au tellurisme incandescent des volcans, Mono joue assurément en stéréo même s’il ne s’agit “que” de musique instrumentale… celle-ci vous emporte et vous bringuebale en tous sens, vous secoue l’âme et les sens, vous laisse groggy après une virée épique et une orgie électrique. On est pas loin de l’expérience mystique… Les images surgissent en fermant les yeux, on est emporté par le déluge mélancolique de ce quatuor, on pense aux éléments qui se percutent, eau, terre, feu, … les musiciens sont en transe… le Japon est une terre de séismes, même musicaux : c’est à la fois sombre et lumineux, Mono nous emporte dans les entrailles de la terre pour mieux nous éblouir avec un soleil salvateur…

The Von Bondies sont plus classiques, un garage band de Detroit centré autour de son leader gouailleur Jason Stollsteimer (sans son masque) et dorénavant entouré de deux accortes guitariste et bassiste qui ont mis l’auditoire en pamoison à coup de shorty à damiers rose et noir et de poses lascives… Alors ici rien d’orignal, mais une efficacité redoutable, avec des mélodies très accrocheuses, des nananana de she’s dead to me, aux rifs incisifs de C’mon c’mon qui ont déchainé le public, celui-ci grimpant allègrement sur scène pour mieux “communier” avec les escort girls du leader. Un set furieux, une débauche d’énergie sincère et salutaire…

Enfin, Stuck in the sound clôturait la soirée dans un déluge d’électricité et cette fois-ci sans l’excuse d’une tempête de neige new yorkaise… La tempête était bien sur scène ! Que de progrès depuis le CQFD des inrocks… Ils sont clairement en passe de devenir le groupe de rock référence en France, ils emportent tout sur leur passage, la structure de leurs chansons est ambitieuse et originale, la voix de josé fleurte souvent avec les cimes, leur son parfois groovy voir technoïde avec une basse vrombissante a mis en transe un public qui connait par coeur leur répertoire… Slams à gogo, morgue sous la capuche, guitare à la Pixies, Stuck in the Sound séduit définitivement sans passer par la case médiatisation de pacotille : “C’est vrai qu’on a parfois peur d’ être assimilé aux baby rockers… On est de Paris et beaucoup de gens, de loin, à force de propagande “Rock n’Folkienne”, assimilent la scène parisienne à ceux-ci. On est souvent forcés d’affirmer haut et fort l’existence d’une «autre» scène parisienne, qui ne partage guère plus avec eux que des lieux, des salles, des bars et des clubs où forcément on se croise.” Mission accomplie, Stuck in the sound a “collé” loin derrière la concurrence le temps de ce concert sonique.

Un commentaire
  1. Cecile

    Très chouette chronique, merci !

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