Fire Records sort aujourd’hui des limbes de l’oubli les trois meilleurs disques d’une discographie aussi foisonnante que celle du Grateful Dead et aussi compliquée que celle de l’ami Zappa.
Nick Saloman fait partie de ces compositeurs qui écrivent des chansons en une heure et qui publie un disque tous les 10 mois.

Les États-Unis ont Woody Allen et Robert Pollard (Guided By Voices), l’Angleterre a Nick Saloman. Cet Anglais n’a jamais eu le succès escompté. Nous avons ici de nouveau le scénario classique du musicien en qui le label ne croit plus après l’avoir signé, du guitariste qui sort un disque au mauvais moment…

Insaisissables et surtout inclassables, Saloman et le Bevis Frond font ce qu’ils veulent quand ils veulent.

Comment as-tu rencontré les gens de Fire Records ?

Nick Saloman : Je ne les connais depuis très peu de temps. Nous travaillons ensemble depuis peu. Tout a commencé quand mon précédent label, Cherry Red, n’a pas souhaité poursuivre l’aventure avec moi. Cherry Red était très déçu par la faiblesse de mes ventes. Du coup, c’est Fire Records qui a reprit le projet des rééditions.

Pourquoi ces rééditions arrivent maintenant ?

Nick Saloman : Simplement parce que Fire Records a trouvé que c’était une bonne idée. Je n’ai pas fait grand chose car je suis en train de travailler sur des nouveaux morceaux. Mais c’est vraiment sensationnel qu’un label s’intéresse à mes précédents disques.

Les albums de ton groupe sont considérés comme des trésors cachés. Comment ressens-tu cette reconnaissance tardive ?

Nick Saloman : C’est bien de savoir que des gens aiment ce que tu fais. Je suis surtout content qu’assez de gens aiment ce que je fais pour pouvoir continuer à enregistrer des disques et faire des concerts. L’intérêt grandissant pour la musique du Frond est sûrement le fait de la bonne promotion faite par Fire Records. Et c’est sûrement aussi grâce à cela que nous sommes toujours vivants.

The Bevis Frond - Any Gas Faster

Quel est ton disque préféré parmi Any gas Faster, New River Head et London Stone ? Quel disque as-tu été heureux de retrouver ?

Nick Saloman : J’aime tous mes albums. Je ne peux pas choisir.
Si je devais en choisir un parmi les trois, je prendrais New River Head.

Une tournée européenne est prévue ?

Nick Saloman : Nous en avons fait une de deux semaines l’année dernière et c’était très bien. Pour être honnête, je ne pense pas. Le groupe tourne pas mal et le groupe joue très bien en ce moment mais ce ne serait pas viable économiquement. J’aimerai bien jouer en France. Je n’y ai joué qu’une fois en 25 ans. Et encore, c’était un concert organisé par des fans pour des fans… Malheureusement, le groupe n’a jamais intéressé les promoteurs et les directeurs de salle. Peut-être que ça changera un jour…

Any Gas Fater

The Bevis Frond - Any Gas Faster

Pourquoi as-tu enregistré ce disque aux studios Goldust ?

Nick Saloman : Je venais de signer un contrat avec le label Reckless. C’était la première fois que j’avais une avance. J’ai donc pensé que c’était mieux d’enregistrer un disque dans un vrai studio plutôt que dans ma chambre.

Quel est ton meilleur souvenir de cette session d’enregistrement ? Le pire ?

Nick Saloman : Je ne me rappelle pas de grand chose. Je me rappelle que j’ai travaillé très vite. Je savais ce que je voulais faire, j’avais tout en tête. Je ne voulais pas perdre mon temps.
Je n’ai pas de mauvais souvenir. Je me rappelle que je n’aimais pas attendre. J’étais très impatient à l’époque !

Qui a réalisé la pochette de cet album ? Qu’est-ce qui a motivé ton choix à l’époque ?

Nick Saloman : Son auteur s’appelle Cyke Brancroft. Je l’ai rencontré quand je travaillais au GLC de Londres. C’est un graphiste fantastique et un super musicien. Je lui avais demandé de faire mes premières pochettes d’album. Il a fait un fanstastique travail. Pour Any Gas Faster, il a illustré certains thèmes de mes chansons. Après cet album, j’ai moi même fait mes pochettes parce que je me suis toujours senti l’âme d’un photographe et d’un dessinateur.

Sur ce disque, tu as le même son que les Teenage Fanclub. Les connais-tu ?

Nick Saloman : Oui je connais bien les membres du Teenage Fanclub. Je les ai rencontrés pour la première fois au début des années 90 dans les bureaux de Fire Records. J’ai joué pas mal de fois avec eux et ils ont repris une de mes chansons pour une de leurs faces B. C’est un très grand groupe. Et ses membres sont des gens très gentils.

Tu peux me raconter l’histoire de This Corner of England ? Et de The Olde Worlde

Nick Saloman : This Corner of England est juste une chanson sur un type qui part dans les Cornouailles ou un coin qui y ressemble avec sa petite amie. Celle-ci va s’y ennuyer et le quitter.
Olde Worlde est plus abstraite. Elle évoque la vieillesse.

New River Head

The Bevis Frond - New River Head

Pitchfork et une ribambelle d’autres sites considérent ce disque comme ton chef d’oeuvre absolu. Tu es d’accord avec eux ?

Nick Saloman : Je ne sais pas. Je pense surtout que c’est aux auditeurs de décider quel est le meilleur album.

Le son de New River Head est bien meilleur que celui de Any Gas Faster. Tu peux m’expliquer ce changement ?

Nick Saloman : En effet. J’ai bossé avec plus de musiciens. Et puis j’avais acquis de l’expérience grâce à l’enregistrement d’Any Gas Faster. Je savais d’emblée comment faire sonner le disque.

Quelle est l’histoire d’He’d Be a Diamond ?

Nick Saloman : C’est une chanson qui évoque les sales types et leur relation avec les filles. Ils les traitent comme de la merde, les empêchent de tout faire, et quand leurs femmes se rebellent, ils promettent de ne plus jamais recommencer. En Angleterre, enfin surtout à Londres, appeler quelqu’un « a diamond » signifie que c’est une bonne personne. Bref, si on laisse une chance à ces types là… Ceux sont des diamants.

New River Head est sorti en 1991. Quel est ton disque préféré de 1991 ?

Nick Saloman : Bandwagonesque du Teenage Fanclub, Nevermind de Nirvana, It’s Shame About Ray des Lemonheads et Green Mind de Dinosaur Jr. Bref, pas mal de choses.

Comment as-tu écris les chansons de New River Head ?

Nick Saloman : J’écris toujours mes chansons en m’asseyant avec ma guitare, je fais quelques accords, je chantonne jusqu’à temps de trouver quelque chose de bien, à la guitare comme avec les paroles. Après, je décide de garder ou pas.

Tu utilises toujours la même méthode ?

Nick Saloman : Oui ! Au début, je travaillais seul. Aujourd’hui il y a des choses improvisées avec le groupe.

London Stone

The Bevis Frond - London Stone

Pourquoi as-tu publié ce disque sur le label Woronzow ?

Nick Saloman : Parce que mon label Reckless ne l’aimait pas. Je pensais qu’ils allaient le publier, je leur ai confiées les bandes mais il ne s’est rien passé. Après avoir attendu pas mal de temps et après avoir discuté avec eux, j’ai décidé de le publier sur mon propre label.

The Bevis Frond - The London Stone

Quelle est ta relation avec la ville de Londres ?

Nick Saloman : Je suis né dans le centre de Londres en 1953 et j’y ai grandi jusqu’à l’âge de 8 ans. Après nous avons déménagé à Hastings, une charmante ville sur la côte anglaise. J’ai toujours aimé Londres et elle me manque toujours un peu. Peut-être que j’y retournerai un jour…

Où as-tu trouvé la photographie de la pochette ?

Nick Saloman : C’est juste une vieille photographie qui collait bien au thème de l’album.

Quelle est l’histoire de Still Trying et de Freedom Falling ?

Nick Saloman : Still Trying évoque les échecs que tu subis quand tu essayes de faire quelque chose de nouveau. C’est une vision assez ironique et dépressive des choses.
Je ne me rappelle pas de quoi parle Freedom Falling. Je suis désolé !

Quel mot pourrais-tu utiliser si tu devais définir cet album ?

Nick Saloman : Circulaire.

The Bevis Frond - Any Gas Faster

The Bevis Frond - New River Head

The Bevis Frond - The London Stone

Any Gas Faster, New River Head et London Stone de The Bevis Frond sont réédités par le label Fire Records.

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