Minuit avant la nuit

Les ventes de vinyles sont reparties à la hausse depuis une dizaine d’années.
Quasiment disparu à la fin des années 90, le vinyle est revenue en odeur de sainteté il y a quelques années.
En 2015, les ventes de ce format au Royaume-Uni ont explosé le record de 2014. Qui avait lui même dépassé le record de 2013… Qui lui même avait…

Une de ces conséquences inattendues mais logiques de ce retour en grâce est le délai d’attente qui ne cesse de s’allonger pour les labels chez leurs fournisseurs.
Ce climat a donc permis la création de La Manufacture de Vinyle. Créée par trois mousquetaires, cette aventure est basée en Haute-Savoie et compte répondre de manière efficace et écologique aux labels.

Qui a eu l’idée de lancer ce projet ?

Philippe : Je suis à l’origine du projet. Cela fait bien longtemps que j’y pense mais le problème de la presse freinait mon enthousiasme. Après de multiples recherches, j’ai découvert que Jack White allait acheter des presses neuves, j’ai pris contact avec son neveu, Ben Blackwell qui dirige Third Man records et il m’a donné le contact de son fournisseur en Allemagne. Nous avons testé celle-ci en juin dernier et les résultats sont tout à fait à la hauteur de nos espérances, la qualité est au rendez-vous.
Depuis bientôt une année, Lionel et Emmanuelle se sont greffés petit à petit au projet pour étudier en détail tous les aspects techniques et économiques d’un tel projet. Aujourd’hui, nous sommes prêts et dans les starting blocks pour le faire devenir réalité.

Comment avez-vous trouvé les fonds nécessaires ?

Philippe : Les fonds sont répartis entre nos capitaux propres, des emprunts bancaires et des financements d’organismes consulaires. A la mi-octobre, nous allons également mettre en place une campagne de Crowdfunding sur la plateforme KissKissBankBank pour boucler celui-ci et obtenir une résonance médiatique grâce au soutien d’organes de presses et de quelques artistes prescripteurs à résonance nationale.

Comment avez-vous acquis la formation pour presser des vinyles ? Et les machines ?

Philippe : Ce fut un travail de longue haleine à travers des rencontres d’anciens professionnels du domaine, de recherche de documentation spécialisée mais aussi en collaboration avec notre fournisseur allemand. Nous avons également contacté des structures en place, dans les domaines du mastering, du cutting et de la production avec lesquelles nous avons longuement échangé. Nous les remercions d’ailleurs pour leur disponibilité. Nous avons bien conscience que c’est à la réception des machines, en janvier prochain, que notre objectif premier sera de fournir des produits de haute qualité et ce dès 150 exemplaires.

Avez-vous pris contact avec des labels ?

Philippe : Nous avons contacté depuis le début de l’année environ 1000 labels pour leur présenter notre projet et connaître leur ressenti. Les retours sont très positifs et encourageants, un grand nombre nous ont répondu en ce sens et nous avons plusieurs demandes de devis.
Nous avons tissé des liens plus étroits avec certains labels avec lesquels nous trouvons les moyens d’établir une relation bilatérale pour dynamiser nos structures respectives.

Manufacture Records

Quelle émotion avez-vous ressentie lors de votre premier pressage ?

Philippe : J’ai réalisé le premier pressage qui était un « test press » à Aix-La-Chapelle en juin dernier et ce fut une réelle émotion, en témoigne la photo ci-jointe ! C’est juste magique !!

Il y a un choix artistique ou vous prenez tout ce qui vient ?

Philippe : Nous serons un atelier de production de disques vinyles et n’avons pas de choix artistique à faire, tous les styles musicaux sont les bienvenus. L’idée est de répondre à la production de « petites quantités » afin de permettre à nos futurs clients d’être cohérent avec leur projet artistique. Actuellement, les délais de livraison des commandes de disques vinyles auprès des principaux acteurs sont beaucoup trop longs, notre objectif est de les raccourcir et de satisfaire nos futurs clients tant sur les délais que sur la qualité.

Quel est votre rapport avec ce format ? Cela vous rappelle votre enfance ?

Philippe : En fait, nous sommes tous les trois issus d’une génération ou le vinyle et la k7 étaient les supports principaux d’écoute de la musique. A l’apparition des nouvelles technologies, nous les avons utilisés tout en restant fidèle aux disques vinyles et en conservant une platine toujours prête à tourner dans le salon. Le renouveau de la production de disques neuf et le nombre croissant de disquaires ont étoffé nos discothèques, les disques devenant de plus en plus difficiles à digger ! Quelle plaisir, aussi, de découvrir de nouveaux artistes édités en vinyle qui prennent plaisir à travailler comme à la belle époque sur les pochettes et la recherche de la qualité sonore.

Les retours sont positifs ?

Philippe : Des labels et musiciens, plutôt oui, comme nous l’avons évoqué avant. Nous sommes très présents sur les réseaux sociaux afin de créer une dynamique autour du projet et les retours sont très positifs avec plus de 4000 likes en trois mois essentiellement d’acteurs du monde musical. Parmi eux, pas mal de mails, de contacts prêts à nous soutenir et partager notre enthousiasme et même des demandes d’embauche, un peu prématurées.

Et pour les pochettes, comment faites vous ?

Philippe : Après de longues recherches et tests divers, nous avons arrêté notre choix sur un sous-traitant local qui répond à notre envie de travailler en circuit court et en respectant au maximum des traitements écologiques, norme FPC. Pour la matière première du vinyle, nous allons travailler avec un fournisseur basé à Reims, qui développe un compound sans plomb.

Top 10

1) Le disque des années 70 que vous auriez aimé presser ?

Emmanuelle : In the Court of the Crimson King.
Lionel : SugarMan.
Philippe : Superfly.

2) Le disque des années 90 que vous auriez aimé presser ?

Emmanuelle : Surfer Rosa.

Pixies - Surfer Rosa

Lionel : Steph De Monaco (et plus sérieusement Thriller).
Philippe : Paris sous les bombes.

3) 33 ou 45 tours ?

Emmanuelle : 33.
Lionel : 33.
Philippe : 45 pour les pochettes.

4) Votre face B de 45 tours préférée ?

Emmanuelle : un 45t de Bashung.
Lionel : un 45t de Prince.
Philippe : You can’t always get what you want des Stones.

The Rolling Stones – You can’t always get what you want

5) Le meilleur endroit pour écouter un vinyle ?

Emmanuelle : Mon salon.
Lionel : Sur la terrasse du Saravah Café.
Philippe : Sur la terrasse du Saravah Café.

6) Oasis ou Blur ?

Emmanuelle : Blur.
Lionel : Blur.
Philippe : Oasis.

7) Votre pochette de vinyle préférée ?

Emmanuelle : Nice Guys de The Art ensemble of Chicago.
Lionel : Iron Maiden.
Philippe : Bitches Brew de Miles Davis.

8) Beatles ou Stones ?

Emmanuelle : Beatles.
Lionel : Stones.
Philippe : Beatles.

9) Philips ou Thorens ?

Emmanuelle : Thorens.
Lionel : Thorens.
Philippe : Thorens.

10) CD ou Flac ?

Emmanuelle : CD.
Lionel : CD.
Philippe : FLAC.

On peut suivre La Manufacture du Vinyle via sa page Facebook et via son compte Instagram.

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