Cette fois c’est sur, la poésie de Feu! Chatterton est sans équivoque. Et elle est aussi intense que son rock.
J’ai vu les Red Hot Chili Peppers dimanche, les White Lies samedi, et bien d’autres groupes incroyablement efficaces ces derniers temps, mais la claque, la vraie, c’est hier soir à l’Olympia, que je l’ai prise. Et je peux vous dire que je ne m’y attendais pas, enfin pas comme ça.

L’histoire d’une épopée

Le périple a commencé À l’Aube, ils nous ont fait prendre des bateaux avec Cote Concorde, nous égarer sensuellement dans la chaleur de (La mort dans) la Pinède puis dans les plaines avec Porte Z et ses milliers d’avions, avant de nous envoler complètement dans leur Boeing..
Quel voyage, quelle émotion, nous étions pendus aux lèvres d’Arthur, quoi qu’il puisse dire, où qu’il veuille nous emmener, nous le suivions.

Feu! Chatterton – La mort dans la Pinède

Une prestance incroyable, une aura à couper le souffle, impossible de détacher les yeux du groupe, et surtout de ce dandy au micro, qui n'a pourtant rien de surfait : les mots claquent, toujours justes, amplifiés par les variations permanentes de sa voix rauque et puissante, nous prenant aux tripes aussi bien dans le texte que dans les notes.

Arthur, il a ce truc indéfinissable, ce truc en plus, ce charme désuet toujours classe mais jamais ringard, il accapare les regards. Au début même un peu énervant, on se prend finalement très vite au jeu, et on ne le quitte plus des yeux. Son talent est d'ailleurs encore plus mis en avant par le fait que le reste du groupe soit aussi excellent.
Musicalement, techniquement, c'est très solide, le son cristallin presque transperçant d'une caisse claire qui frappe toujours au point, les lignes de basse simples et efficaces, les mélodies prenantes de synthé et de guitares tourbillonnantes. On y retrouve toutes sortes de sonorités : du blues, du rock, de la pop un peu acide, et même un peu d'électro.

Au bout d'une heure de concert, ils s'arrêtent, le rideau de l'Olympia mi-clos, lumière tamisée, pour une parenthèse intimiste acoustique parfaite. Si certains ont pu trouver ça longuet, pour ma part cette pause toute en proximité était tout à fait ce qu'il fallait : version acoustique de La Malinche, moment d’émotion et de lascivité, un peu de repos à leurs côtés avant de repartir encore plus fort pour finir en beauté.

Ils jouent deux heures, l'intégralité de l'album et plus encore. Bic Medium, leur incroyable titre de 14 minutes qui n'est sorti qu'en vinyle, et dont Camélia est la partie 4, nous a d'ailleurs emporté tellement loin avec eux qu'on en a perdu la notion du temps.

Feu! Chatterton - Le Pont Marie

Sur la fin, ils envoient ce titre totalement planant des plus émouvants : Le pont Marie, et les nappes de synthé profondes nous transpercent presque autant que les paroles. Toute la salle prend le large avec eux.
Le concert se termine sur une version electro-rock de La Malinche, faisant danser l'Olympia, dans un mouvement de transe et d'euphorie totale.

Je t'ai toujours aimé, de Dominique A, sur le rappel, leur va si bien. Ce sera leur mot de la fin, la "cigarette post-coïtale" de ce moment passé avec leur public, comme ils le soulignent. Puis ils remercient avec classe toute leur équipe, les faisant venir sur scène, avant de nous présenter avec une (trop) modeste fierté leur disque d'or.
Bravo les gars, vous l'avez prouvé ce soir encore, vous le méritez.

Feu! Chatterton - Ici le jour

Date : 17 octobre 2016