Le photographe Brian Griffin s’apprête à publier dans quelques mois un livre qui fera la rétrospective de son travail dédié au rock. En plus de trente ans d’activité, Griffin a photographié les plus grands (d’Elvis Costello à Michael Stipe en passant par Brian May) et a surtout accompagné les Echo and The Bunnymen pendant leur âge d’or (1980-1984). Cette relation privilégiée avec ce groupe de Liverpool fera l’objet d’un chapitre spécial dans la rétrospective.

Brian Griffin a donc réalisé le rêve que fait secrètement n’importe quel photographe : être aux côtés d’un groupe qui publie non pas un mais quatre chefs-d’œuvre. En effet, en 1981 à 1984, les Echo and The Bunnymen ne vont avoir de cesse de faire monter les enchères. En quatre années et autant d’albums, le groupe de Liverpool hausse le ton à chaque sortie et finit par flinguer toute la concurrence le 20 janvier 1984 en sortant une des plus belles chansons du monde à savoir The Killing Moon.

Echo and the Bunnyen – The Killing Moon

A cette époque, Ian McCulloch est beau comme un dieu et Will Sergeant s'amuse à dézinguer l'héritage de Tom Verlaine. Quant à la section rythmique, elle martèle le message de McCulloch avec une agilité maîtrisée. Mais avant d'écrire The Killing Moon, les Echo and The Bunnymen ont enregistré Heaven Up Here, un album qui prolonge le discours de Crocodiles. Vingt-cinq ans plus tard, les chansons de ce disque n'ont pris aucune ride. Alors qu'on peine à écouter trois chansons d'Interpol, on est subjugué par le discours de Monsieur Lips Like Sugar.

Retour sur la conception graphique (et musicale) de cet album avec Brian Griffin et Will Sergeant.

Brian Griffin

Comment as-tu rencontré les Echo and The Bunnymen ?

Brian Griffin : J'ai été recruté par Rob Dickens, le patron de Korova Records.

Tu es originaire de Birmingham. Étais-tu un fan du son de la scène de Liverpool (Echo and the Bunnymen, The Pale Fountains, The Teardrop Explodes) ?

Brian Griffin :J'ai aimé les Echo and The Bunnymen. Mais à la base, je suis fan de krautrock.

Qui a eu l'idée de la pochette de l'album Heaven Up Here ?

Brian Griffin : Je crois me rappeler que c'est Rob Dickens qui a eu l'idée.

Echo and The Bunnymen

Echo and The Bunnymen - Pochette Alternative de l'album Heaven Up Here (© Brian Griffin)

Quel est ton meilleur souvenir de cette session photo ?

Brian Griffin : Mon meilleur souvenir ? Quand nous avons mis du poisson mort sur la plage pour attirer les mouettes.

Quelle est la relation du groupe avec sa propre image ?

Brian Griffin : Le groupe s'est toujours amusé avec ses pochettes. Ils ont toujours été intéressés par leur image.

Echo and The Bunnymen

Le verso de la pochette :"Il y avait tellement de poissons morts que les mouettes refusaient de partir." (© Brian Griffin)

Quel appareil as-tu utilisé pour ces clichés ? Et quelle pellicule ?

Brian Griffin : J'ai utilisé un Hasselblad et une pellicule Ektachrome 64ASA.

On peut lire sur ton site que cela a été compliqué de faire accepter la pochette de cet album par Korova Records et Warner Bros. Pourquoi ?

Brian Griffin : Ils n'aimaient pas le cliché car on ne voyait que les petites silhouettes des membres du groupes. Ils voulaient qu'on puisse voir leurs visages.

La photographie n°6 de ta série Heaven Up Here est ta préférée. Il s'agit d'un cliché de Pete De Freitas. Pourquoi ?

Brian Griffin : C'était un rêveur. Il apparaît tel qu'il était.

Quelle est ta chanson préférée de cet album ?

Brian Griffin : All My Colours.

Echo And The Bunnymen - All My Colours

Will Sergeant

Comment avez-vous rencontré Hugh Jones, le co-producteur de cet album ?

Will Sergeant : Au début nous étions si naïfs que nous ne savions vraiment pas à quoi pouvait servir un producteur. Hugh a officié en tant qu'ingénieur sur l'album Crocodiles et il a beaucoup contribué à développer certaines idées (tout comme Bill Drummond et Dave Balfe). Quand est venu le temps d'enregistrer Heaven Up Here, nous avons tous pensé à lui. Ian Broudie avait travaillé avec nous sur Crocodiles mais je pense qu'il n'était intéressé que par les singles potentiels. D'ailleurs à cette époque, il était occupé par d'autres projets.

Pourquoi êtes-vous retournés aux studios Rockfield ? Vous y aviez enregistrés Crocodiles.

Will Sergeant : A vrai dire, c'était le premier vrai studio dans lequel nous avons pu travailler. C'était fantastique : on s'occupait bien de nous et nous étions dans un coin magnifique du Pays de Galles. Nous étions en dehors de Liverpool et nous pouvions nous concentrer sur l'album et faire des promenades. C'était très chouette. Robert Plant était là et nous avons été une fois au pub avec Ginger Baker et son chien Toe Rag.

Comment s'est déroulé l'enregistrement ? Combien de temps cela vous a pris ?

Will Sergeant : Cela a été assez rapide. L’enregistrement nous a pris 3 ou 4 semaines. Nous n'avions pas beaucoup de temps car au même moment nous étions en pleine répétition pour notre première tournée américaine. Nous avons donc peu dormi et nous avons eu quelques hallucinations.

Quel est ton meilleur souvenir de cet enregistrement ? Le pire ?

Will Sergeant : Lors de cet enregistrement, j'ai pu apprendre comment faire des effets grâce aux bandes. J'ai aussi pu comprendre ce qu'on pouvait faire comment on pouvait manipuler le son de ma guitare et la faire sonner comme si elle venait d'un autre monde. Hugh Jones a été formidable à ce sujet. Il nous a montré comment s'approprier de nouveaux instruments et comment utiliser du nouveau matériel.

Quelle est ta chanson préférée de cet album ?

Will Sergeant : Over The Wall. C'était une longue journée difficile.

Quelle est l'histoire de Promise ?

Will Sergeant : Nous étions en train de répéter dans un autre studio de Rockfield. Il s'agissait du studio The Mill qui faisait plus office de local pour répéter que de studio d'ailleurs. Nous n'avions pas assez de chansons pour l'album. Les a commencé à jouer quelques notes sur sa basse. Tout est parti de ça.

Echo And The Bunnymen - Promise

Votre son est complètement dément sur ce disque. Quels changements avaient vous opérés par rapport à votre premier album ?

Will Sergeant : Je pense que les disques que tu écoutes possèdent une couleur qui dépend de la manière dont tu les enregistres. J'étais un grand fan des Doors et de Television. Je pense qu'on retrouve des éléments de ces deux groupes dans le disque. Il ne s'agit pas d'un simple copier-coller mais le son de ces deux groupes a beaucoup compté. Et puis, il y a beaucoup d'expérimentation. J'ai toujours aimé expérimenter.

En 1981, tu avais 23 ans. Les Echo and The Bunnymen venaient de gagner deux N.M.E. Awards, Heaven Up Here accrochait le top 10 des charts anglais... Tu te rappelles de cette époque ? Vous viviez un rêve ?

Echo and The Bunnymen

N.M.E (20 février 1982)

Will Sergeant : Nous étions dans le N.M.E. chaque semaine et c'était incroyable pour nous. On pensait être les gens les plus importants du monde. C'était très important pour moi à l'époque.

Et cette pochette ?

Will Sergeant : Je pense que Brian Griffin est parti en mission de reconnaissance avec Bill Butt (notre ami et notre ingé lumière à l'époque) la veille et nous avons trouvé une plage près du studio. Brian avait pris un petit sac sur lui avec du poisson mort pour attirer les mouettes qu'on peut voir sur la photo. Lui et son assistant ont jeté du poisson et les oiseaux sont venus. Nous avons rapidement posé en pensant que Brian trouverait quelque chose de bien. Ce fut le cas.

Echo and The Bunnymen - Heaven Up Here

Tous les clichés de cet article sont signés Brian Griffin.
Heaven Up Here des Echo and The Bunnymen est disponible via Warner Music.

Echo and The Bunnymen - Heaven Up Here

Tracklist

Echo and The Bunnymen - Heaven Up Here
  1. Show Of Strength
  2. With A Hip
  3. Over The Wall
  4. It Was A Pleasure
  5. A Promise
  6. Heaven Up Here
  7. The Disease
  8. All My Colours
  9. No Dark Things
  10. Turquoise Days
  11. All I Want

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