Comme le dit si bien Valéry Lorenzo, La Fossette fit un sacré barouf dans le milieu indépendant lorsqu’il est sorti. En effet, Dominique A n’attendit pas six mois que la presse morde à l’hameçon. Les Inrockuptibles (Arnaud Viviant) et France Inter (Bernard Lenoir) défendirent ce disque seulement quelques jours après l’avoir reçu. Comme quoi, on peut faire mouche en quelques jours sans internet et les réseaux sociaux. La Fossette a aujourd’hui 25 ans et n’a pris aucune ride. Mais qui est le photographe qui a immortalisé le sourire de Dominique A ? Il s’agit de Valéry Lorenzo, un photographe toulousain qui manipule aussi bien les Rolleiflex et que la batterie.

« Ma seconde vie a commencé dans les premiers jours de janvier 1992. Mon premier disque, La Fossette, référencé 003 sur le label Lithium Records, était sur le point de sortir en France. »

La seconde vie évoquée par Dominique A dans une interview donnée à Libération en 2012 pour la réédition de La Fossette débute en 1992 avec la sortie de La Fossette. Vincent Chauvier et son label Lithium viennent de mettre sur la rampe de lancement la plus belle plume du paysage musical français. Lithium, comme tout bon label qui se respecte, est une fourmilière. La pochette de ce disque est signée Valéry Lorenzo, le batteur de Lucievacarme, groupe dans lequel officie Michel Cloup, futur Diabologum. Valéry Lorenzo est revenu, pour notre plus grand plaisir, sur la genèse de cette photographie.

Comment as-tu rencontré Dominique A ?

Valéry Lorenzo : C’était assez drôle. Je jouais en tant que batteur dans le groupe Lucievacarme. Un groupe de noisy pop (avec textes en français). Nous étions sur le même label que Dominique à savoir Lithium. C’est Michel Cloup, guitariste de Lucievacarme qui m’avait fait découvrir Un disque sourd. C’était à Nantes pendant l’enregistrement d’un quatre titres de notre groupe. Pour Dominique, une séance photos était plus ou moins prévue. J’étais dans école de photographie. Je faisais de la musique et surtout beaucoup de photos et de labo.

Avec quel appareil as-tu pris ce cliché ?

Valéry Lorenzo : Un Minolta. Un petit 24×36. A cette époque, je récupérais pas mal de vieux boîtiers. Je m’inspirais des pictorialistes pour mes photos. J’ai le jour exact de la séance photo : le 14 août 1991 selon la planche contact. Si elle ne ment pas, c’est bon. Tu sais, être photographe c’est être un peu obsédé par le temps, le temps qui passe.

Et comment est née cette photographie ?

Valéry Lorenzo : Il y avait l’idée de cette fossette. On a testé différentes attitudes. Des choses assez poilantes et des choses assez surréalistes. On a fait des photos floues, des photos derrière des fenêtres avec des objets improbables en premiers plans. (J’avais envie de quelque chose d’atmosphérique, d’un peu flou). Le profil de Dominique A avait quelque chose de lunaire, un peu comme celui de Morrissey. « Un beau bizarre ». Le menton en avant et le nez recourbé. Je voulais quelque chose d’un peu mélancolique. Il faut dire que j’étais et je reste un fan des Smiths.

Bref, il fallait le faire sourire sans le faire rire. Ce qui assez compliqué quand tu ne connais peu quelqu’un. Le résultat devait sembler naturel, ou l’être, dans le meilleur des cas.

Et tu as réussi à le faire rire ?

Valéry Lorenzo : Manifestement, à en juger les images sur la planche contact, oui, la situation était assez surréaliste… Il fallait se concentrer sur une fossette. Nous étions dans un studio qui était un ancien garage : Le Garage Hermétique à Nantes. Je suis assez timide quand je ne connais pas les gens, mais les choses se sont faites de manière assez simple, puisque qu’à cette époque, Dominique n’était pas connu.

Dominique A - La Fossette

Dominique A – La Fossette © Valéry Lorenzo

Qui a choisi cette photographie pour la pochette ?

Valéry Lorenzo : J’ai envoyé quelques petits tirages à Vincent de Lithium. Il ne m’a rien dit. C’était drôle. Je ne pensais pas que cela ferait une pochette. J’étais concentré sur la pochette du maxi de Lucievacarme. Je me souviens avoir vu le disque pour la première fois dans une chambre d’hôtel. On jouait en première partie des Boo Radleys, je crois. Vincent m’a tendu le disque de Lucievacarme et celui de La Fossette… Cela m’a fait quelque chose.

L’ensemble était cohérent. J’ai senti que quelque chose allait se passer avec ce disque. C’était très radical pour l’époque. On avait joué avec lui à Rennes, à Toulouse. Dominique avait des partis pris radicaux en musique, et on ne rencontre pas ce genre de personnes tous les jours. La Fossette est un album à part. Comme celui des Young Marble Giants ou un disque de Kraftwerk. Quand tu l’écoutes, il se passe forcément quelque chose. Il était tellement à part que les choses sont allées très vite. Bernard Lenoir en parle avec Arnaud Viviant dans les Inrocks sur Inter. Ce disque a fait un sacré barouf dans le milieu alternatif. Il y a un engagement dans son écriture. C’est une musique à la fois radicale et légère.

C’est facile de photographier Dominique A ?

Valéry Lorenzo : Ce ne fut pas problématique quand je l’ai rencontré. Il a peut-être changé avec l’âge. Nous nous sommes vus plusieurs fois. Je l’ai rencontré une autre fois à la suite d’un concert à Toulouse. Nous avons fait des portraits avec des initiales que j’avais bricolés, pour en faire une sorte de calendrier. Il a utilisés par la suite, ces portraits dans son Longbox intitulé Le Détour publié chez Virgin. Ces photographies ont été prises avec un Lubitel. Un 6×6… J’avais un Rolleiflex mais j’aimais bien utiliser ce Lubitel. Son optique était pas mal du tout. Elle donnait aux images des sortes de veloutés sur le bords, un côté vaporeux.

Je l’ai revu pour une participation aux Carnets de la Création. C’est une publication éditée par Les éditions de l’œil. Tu peux découvrir des artistes du monde entier. William Klein ou Malick Sidibé (pour la photographie africaine), entres autres, pour les plus connus.

A l’époque, l’éditeur Freddy Denaes souhaitait un texte pour accompagner la série « adolescents en pleine crise ». (Le principe des carnets). Il m’avait proposé le texte d’un sociologue pour ces photographies de « faux adolescents » qui prenaient des poses « chamallow », un peu comme des personnages élastiques. Mais ce super texte était trop descriptif d’une situation de crise et pas suffisamment intime par rapport aux photos. Puis il m’a soumis le texte d’un écrivain. Il ne me convenait pas non plus, car pour le coup, il était trop intime et enlevait le côté « humour noir « des images.

Il m’a alors demandé à qui je pensais. Je lui ai répondu Dominique A. J’en ai alors parlé à Dominique mais ce n’était pas son truc habituellement, le texte sur commande. Freddy et Gaël Teicher m’ont alors sorti du jeu et ont pris les choses en main. Ils m’ont demandé les coordonnées de Dominique. Six mois ou un an se sont écoulés. Et puis le carnet est arrivé. J’ai trouvé le texte de Dominique très juste, parfaitement en accord avec les images. J’aime beaucoup ce texte.

Extrait des Carnets de la Création (texte de Dominique A, photographie de Valéry Lorenzo)

Et quel est ton titre préféré de La Fossette ?

Valéry Lorenzo : L’écho. C’est un morceau prodigieux. J’aime les morceaux répétitifs. J’adore cette chanson. Le texte est magnifique.

Dominique A - La fossette

Retrouvez Valery Lorenzo sur son site Internet où vous pourrez découvrir son travail.

La Fossette de Dominique A a été réédité chez EMI en 2012 après avoir été publié en 1992 par le label Lithium.
Le Détour a été publié par Labels.
Eléor, le dernier disque en date de Dominique A est disponible chez Cinq7/Wagram.

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Dominique A - La Fossette

Dominique A – La Fossette (photographie de Valéry Lorenzo)


Tracklist

Dominique A - La Fossette
  1. Vivement Dimanche
  2. Février
  3. Trombes D'Eau
  4. Va T'En
  5. L'Un Dans L'Autre
  6. Mes Lapins
  7. Sous La Neige
  8. Le Courage Des Oiseaux
  9. Les Habitudes Se Perdent
  10. Ce Qui Sépare
  11. Passé L'Hiver
  12. La Folie Des Hommes
  13. L'Echo

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