1988. Certain General avait toutes les clefs en main pour faire le braquage de l’année. Soutenu par Libération (qui les mettra en Une), le groupe est transféré chez Barclay après avoir cassé la baraque grâce au petit label havrais L’Invitation Au Suicide (tout un programme…) qui avait publié en 1984 November’s Heat. Mais les affaires ne se déroulèrent pas comme prévu.


Il faudra un jour que les gens qui ont bousillé les Commotions ou Certain General rendent des comptes. Polydor força Lloyd Cole à retourner en studio après la parution de Rattlesnakes et abima évidemment le groupe.
Barclay signa Certain General et bouscula l’âme sombre de Parker Dulany qui n’en demandait pas tant. Alors que le groupe pouvait tout rafler sur son passage, Parker a fait monter la pression en publiant l’excellent These Are The Days. Mais voilà que Barclay décide de ne pas soutenir ce diamant noir du rock. Le gâchis commercial fut immense. Et on ne parle pas du gâchis artistique.
L’écoute de Cabin Fever en 2018 est un vrai bonheur. A cheval entre les deux façades de l’océan Atlantique, Dulany et sa voix chevauchent des compositions qui galopent entre la banlieue des grandes villes anglaises et les grandes plaines américaines.
Retour sur l’enregistrement de ce disque avec Parker Dulany. Entretien que vous pouvez lire en écoutant l’émission Errance d’Eldorado qui évoque ce disque.

Cabin Fever fut votre premier disque chez Barclay. Comment les avez-vous rencontrés ? Pourquoi avoir signé un contrat avec eux ?

Parker Dulany : Après notre premier disque November’s Heat paru sur le label L’Invitation au Suicide, Barclay nous a approché mais notre manager, Ruth Polsky, a dit « Pas question ! ». Elle nous voulait sur un label anglais ou américain. Elle pensait qu’un label français ne nous soutiendrait pas et qu’elle finirait par être frustrée du fait de la distance. Au final, elle avait tout à fait raison car Barclay nous a vraiment laissé tomber quand nous avons sorti Jacklighter en 1990 et que nous devions tourner avec Lloyd Cole dans toute l’Europe et aux Etats-Unis. Barclay nous a virés une semaine avant le début de la tournée. Quand Ruth est morte en 1986, j’étais dans un état désastreux et, à l’automne 87, Sprague et moi avons décidé de faire une tournée acoustique en France et en Suisse. Barclay nous a ensuite rappelés parce que ces concerts étaient bien reçus.

Comment s’est passé l’enregistrement de ce disque ? Il y a eu deux sessions…. En France et à New York ?

Je ne me souviens pas d’avoir enregistré en France pour Cabin Fever. Pour These are the Days, oui, Closer to the Sun oui mais pour Cabin était strictement une affaire new-yorkaise. L’enregistrement a pris un certain temps. Nous avons dû changer d’ingénieur à mi-chemin parce que le premier ingénieur a fini en prison et nous avons recruté Mario Salvati. Il avait travaillé avec Television et Tom Verlaine, ce qui était pas mal pour nous. Sprague avait fait un très bon travail en produisant These Are The Days. Il est donc venu faire aussi Cabin. Je pense qu’il a fait du très bon boulot, mais en produisant Cabin, il s’est créé un fossé entre nous car j’étais le vrai leader du groupe mais ce jeune pistolet voulait tout contrôler. Sprague n’était pas un bon patron et il s’est peu à peu transformé en dictateur. Ça a donc a marché mais ce fut assez difficile. Il savait ce qu’il voulait pour le disque. Et je n’étais pas d’accord avec ça. Cela dit, le disque qui est sorti très bien même si l’enregistrement fut difficile.

Ce disque a donc été intégralement enregistré aux Etats-Unis ?

Le disque entier a été enregistré à New York aux studios Sorceror Sound (Soho). Chaque jour, des sommités punk comme Bob Quine et Ivan Julian (Voidoids) venaient s’asseoir, écoutaient nous donnaient des conseils.

Quel est ton meilleur souvenir lié à cet enregistrement ?

Je me rappelle qu’un joueur de violon vraiment cool est venu jouer et ce fut incroyable. Une autre fois, un gars a joué de l’accordéon. Il avait joué sur des disques de Tom Waits. Le meilleur souvenir que j’ai est l’enregistrement de la chanson Champion. Sprague détestait toutes mes parties vocales et m’harcelait constamment dans les écouteurs. Je suis rentré à la maison après quelques jours parsemés d’échecs de studio et j’ai pris une douche. J’ai chanté et chanté aussi fort que possible cette chanson. Quand je suis revenu le lendemain, je l’ai chantée comme sous la douche, sans écouteurs et Sprague a couru dans le studio depuis la salle de contrôle et m’a serré dans ses bras en me disant que c’était ma meilleure voix et il m’a alors fait chanter presque tout le disque ainsi. Une autre de mes idées fut de commencer Lose Myself avec la guitare slide. Sprague avait arrêté de se la jouer dictateur et a accepté. Et cette idée fut formidable.

Comment regardes-tu ce disque aujourd’hui ? As-tu des regrets ?

Je pense qu’il résiste plutôt bien au temps. Le disque a pris un tour plus « country » qui a fonctionné, mais à ce moment-là, je crois que cela nous aurait utile de sonner comme sur These are the Days. C’est mon album préféré. Tout le monde était vivant et heureux. Nous avons fait de grandes tournées avec The Cure et New Order. Je pense que cette direction nous aurait permis d’être dans un meilleur endroit que celui où nous trouvons aujourd’hui, 30 ans plus tard. Mais nous avons changé nos plans… Le disque qui est sorti est pas mal mais Sprague n’aurait pas dû le produire. Cela a mis de la distance entre nous. Ou il aurait dû le produire en suivant la direction prise par le précédent.

Où a-été prise la photographie qui a été utilisée pour la pochette du disque ?

Toutes les photos ont été prises par Randall Mesdon, un photographe français qui était ami avec une autre photographe que nous connaissions, Naomi Kaltman. Il voulait faire un road trip et faire un reportage sur nous. Nous sommes donc allés à Scranton en Pennsylvanie et dans le New Jersey à la recherche d’endroits où tourner et nous sommes retrouvés à Asbury Park la ville natale de Springsteen. La plupart des photos ont été prises là-bas. Je n’étais pas content de la plupart des photos qui ont été choisies sur le disque et je l’ai fait savoir à la maison de disques. Sprague et les gens en charge de l’artwork chez Barclay ont pris beaucoup de décisions sans moi, ce qui m’a énervé. Tous les grandes décisions ont été prises sans mon aval. Par exemple, nous sommes tous allés, pendant ce road trip voir Roy Orbison en concert. Nous étions debout au deuxième ou au troisième rang et j’ai demandé à Randall de nous prendre notre photo avec Roy en train de jouer en arrière plan. Ce fut non. Je suis un très bon joueur de baseball. Pendant ce voyage, j’y ai joué avec des jeunes enfants noirs. Ils pensaient que cela donnerait une impression de racisme. Ce fut donc de nouveau non. Finalement, ils m’ont écouté et m’ont laissé choisir la photo qui a servi à faire la pochette.

Quelle est ta chanson préférée sur ce disque ?

J’en ai quelques unes. Toutes celles qui me rappelle ma famille ou Ruth. Bad Baby me rappelle le fait de grandir avec des parents divorcés. Killer In Our House est peut-être ma préférée même si c’est une chanson difficile car elle évoque le divorce de mes parents. Young for the Sun est évoque Ruth et comment la mort est si difficile à comprendre quand on est jeune. Heart Race est presque une chanson heureuse pour moi. J’essaye de parler d’amour… Time and Temperature a fini par être un morceau bonus mais aurait probablement dû être le single s’il était sorti en Amérique.

Quelle est l’histoire de Lose Myself ?

Elle évoque le fait d’être amoureux, le sexe, l’engagement… Elle évoque aussi le fait de disparaître pendant l’acte sexuel quand l’homme pénètre la femme.

Certain General - Cabin Fever

Cabin Fever de Certain General est disponible chez Barclay.
Retrouvez Certain General sur son site officiel.

Certain General - Cabin Fever

Tracklist

Certain General - Cabin Fever
  1. Young For The Sun
  2. I Lose Myself
  3. Bad Baby
  4. Will You... ?
  5. Susies Waiting
  6. Junkyard Heart
  7. The Heart Race
  8. The KIller In Our House
  9. Champion
  10. Cabin Fever

English text

Cabin Fever was your first record with Barclay. How did you meet this label ? Why did you do a deal with them ?

Parker Dulany : After our first record with IAS, November’s Heat, Barclay approached us but our manager, Ruth Polsky, said ‘no way’. She wanted us on a British or American label. She felt that a French label would not support us as well and that they eventually would get frustrated because we were long distance. Ultimately she was completely correct because Barclay would really leave us stranded when we were poised to really make a play for fame with Jacklighter in 90 when we were scheduled to tour with Lloyd Cole all over Europe and America and Barclay pulled us out of the tour one week before it was to start. When Ruth died in 86 I was a mess and in the fall of 87 Sprague and I decided to do an acoustic tour around France and Switzerland and after that Barclay came calling again because those shows were so well received.

How easy was the recording process of this LP ? You recorded this album with two sessions… The first one was in NYC, the last one in France.

I don’t remember anything being recorded in France for Cabin. These are the Days, yes, Closer to the Sun, yes, but Cabin was strictly NYC affair. The recording took quite a while. We shifted engineers midway because the first engineer ended up in jail and we switched to Mario Salvati engineering it. He had done Television and Tom Verlaine so that was good enough for us. Sprague had done a pretty good job producing These are the Days, so he came in to do Cabin as well. I think he did a pretty good job but by him producing Cabin it sort of set up a divide between us because I was the real leader of the band but here was this young gun who had to try and be the boss and Sprague is not a good boss before he turns into a dictator. So it worked but it was quite difficult. He definitely had ideas how he was going to make the record and it was not the way i wanted it made. That said, the record came out quite well even if it was very difficult.

Where did you record this album in France? How did long it take you ?

The entire record was recorded in NYC at Sorceror Sound in Soho. Every day punk luminaries such as Bob Quine and Ivan Julian (Voidoids) would come and sit and listen and give advice.

What are your best memories about this recording process ? How did you find the sound of this ?

I think there was a really cool fiddle player that came once that was amazing and then a guy played accordian on it who had played on some of Tom Waits records. The best memory that I have is of recording Champion. Sprague hated all of my vocals and constantly berated me in the headphones. I went home after a couple of very unsuccessful days in the studio and got into the shower and sang and sang as loud as I could over and over and when I returned the next day I sang it exactly as I had in the shower without any headphones and Sprague ran into the studio from the control room hugging me and telling me that it was my best vocal and he then made me re-sing almost everything because of that song. One of my ideas when Sprague finally decided not to be dictator was to start Lose Myself with the slide guitar. that was completely my idea that came out quite well.

What are your feelings today about this LP ? Do you have some regrets ?

I think it holds up quite well. The record took a more ‘country’ turn that worked and came out quite well but at that point I believe it would have served us better to have carried on the same tracks as ‘These are the Days’. ‘These’ is my favorite record hands down. Everyone was alive and happy. We were doing big tours with the Cure and New Order. I feel that that direction would have landed us in a better place than we are in now 30 years later, but we sort of changed direction. So, even though I believe the record came out quite well I would have not had Sprague produce the record because it set up a wall between us, or I would have left him producing and carried on like ‘These’.

Where did you shoot the picture of the cover album ?

All of the pictures were taken by Randall Mesdon a French photographer that was friends with another photographer we knew named Naomi Kaltman. He wanted to do a road trip with ‘reportage’ so we drove around to Scranton Pennsylvania and New Jersey looking for places to shoot and ended up in Asbury Park where Springsteen was from. So most was taken there. I wasn’t happy with most of the pictures that ended up chosen on the record and I let the record company know it. Sprague and the art dept made a lot of decisions without me which pissed me off. All of the great shots I had wanted in the record were ignored. For instance we all went during the road trip to see Roy Orbison play and we were standing in the 2nd or 3rd row and I had Randall take our picture while Roy played behind us. No. I am a really good baseball player and while on the roadtrip I was playing baseball with some young black kids. They thought that was racist? So, No. Finally they listened to me and chose the pose for the cover.

What’s your favorite song of this LP ?

I have a few. All of them either reminded me of my family or Ruth. Bad Baby reminded me of growing up divorced. Killer in our house may be my fave but it is a difficult song because it is about my parents divorce. Young for the Sun is strictly Ruth and how death is so hard to understand when you are young. Heart Race is almost a happy song for me, about trying to be in love. Time and Temperature ended up a bonus track but probably should have been the single if it was released in America.

What’s the story of this Lose Myself ?

About being in love, about sex, about commitment and literally disappearing during the act of sex when the man goes inside the woman.

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