Interview Therapy?

Therapy?

Therapy ? est un groupe de punk pop rock métal qui a connu son heure de gloire au milieu des années 90 avec l’album Troublegum. Depuis presque 20ans, malgré les péripéties de leur carrière, aucun obstacle ne les a arrêtés. Ils jouaient au Nouveau Casino, en tournée pour présenter leur douzième album studio Crooked Timber. J’ai rencontré Andy Cairns, le chanteur et Michael McKeegan, le bassiste, les deux plus anciens membres du trio nord irlandais. Nous nous sommes posés dans les petites coulisses, avec les balances de batterie comme fond sonore.

Therapy?

Leur premier EP s’appelait 30 seconds of silence, c’était en 1989. Pour Michael, c’était hier encore : « On se sent comme un groupe fraîchement débarqué. Notre but est de sans cesse repousser nos limites, essayer à chaque fois de faire un meilleur album. Il y a toujours eu de nouvelles salles dans lesquelles jouer, toujours de nouveaux visages dans le public, on est toujours allés de l’avant, on a une attitude assez progressive. » Pour Andy, ce qui les a maintenus, c’est de ne s’être pas souciés d’avoir une voiture de sport ou une belle villa, mais de garder cette soif de musique se déplaçant pour aller écouter de nouveaux groupes en concert.

Retour sur plus de vingt ans de carrière: « y’a pas de fun sans challenge »

Pourtant ils se sont plus d’une fois retrouvés à devoir payer les roadies de leur poche pour pouvoir boucler leur tournée. Andy raconte: « En 2001, quand notre batteur est parti et que notre label nous a lâché, c’était un mal pour un bien parce qu’il s’est avéré que notre batteur n’était pas celui qu’on croyait, plus intéressé par la thune que par l’amitié qui nous liait. Et avec le label, on n’était pas à l’aise avec les termes de notre contrat. Le pire a été en janvier 2002, quand on a commencé l’année avec rien du tout, pour la deuxième fois de notre carrière ; mais ça n’a duré que quelques mois. On connaissait déjà Neil (Cooper, le nouveau batteur), mais ça faisait des années qu’on s’était pas vus. Et quand il a accepté de rejoindre le groupe, ça nous a redonné un élan. Au bout du compte, on est des musiciens : on n’avait aucune envie de se compromettre en faisant du commercial pour que ça marche ou de rejoindre d’autres groupes… C’était donc pas une grande décision que de continuer. » Pour Michael, très philosophe, les défis font partie de la vie, ou comme il le dit « y’a pas de fun sans challenge ».

« Après le succès de Troublegum, on s’est retrouvés moins libres au niveau artistique »

Nous revenons sur leur période faste avec le succès de Troublegum. Ils sont bien sûr très fiers de cet album : Michael est heureux d’avoir pu toucher des gens grâce à cet album, d’avoir laissé une trace, quand tant d’autres groupes n’ont pas cette opportunité. Mais pour lui tout évolue, il n’a plus 24 ans et pour lui le plus important est que chaque album ait son histoire. Pour Andy, c’est malsain que de vivre dans le passé, et même s’il est content d’avoir fait cet album, il se souvient surtout du stress engendré par les ventes qui ont crevé le plafond : « Je suis vraiment content d’avoir fait cet album, qui nous a permis de rencontrer le succès, et de nous a établis en quelque sorte. Mais tout le stress qui a suivi ne me manque pas du tout : on s’est retrouvés moins libres au niveau artistique. Au final, le disque d’or c’est surtout quelque chose de sympa à montrer à mes enfants. »

Le groupe a valsé d’un label à un autre, je cherche à savoir si c’est dû à une mentalité rebelle. Mais d’après Andy, ce sont surtout des concours de circonstance : « La première fois, notre label n’avait pas assez d’argent pour payer notre tournée. On s’est trouvés au bon endroit au bon moment, et on a réussi à obtenir un bon deal avec une major. Puis cette major a connu quelques remaniements et Universal nous a relégués à une de ses filiales. Là où ça se corse c’est quand on a réalisé l’album Shameless en 2001, qui a coûté énormément d’argent. Quand on y repense, on a dépensé une somme effarante, c’était vraiment stupide. On a pas vendu autant qu’on aurait du et Mercury nous a laissé tomber. Maintenant on est chez Demolition, ils ont pas autant d’argent qu’une major mais ils sont plus humains. Ils nous ont signé pour le groupe, de par et en dépit de l’histoire du groupe. Ils nous on fait entièrement confiance pour Crooked Timber : on a eu aucune pression, on l’a réalisé à notre rythme, sans personne pour regarder par dessus notre épaule.

« Si je dois écouter du classique, j’écouterai du Stravinsky ou si j’écoute du jazz, ce sera du Eric Dolphy, c’est une question de goût »

Loin de vouloir me la jouer à la Dolto, j’interroge le groupe sur la musique torturée qu’ils réalisent depuis plus de vingt ans : où puisent-ils cette rage et cette angoisse ? Andy se justifie : « je me considère comme une personne heureuse et équilibrée, mais quand il s’agit de musique, je ne peux parler que de ce que je connais. Musicalement, c’est juste une combinaison de toute la musique qui nous a attirés quand on était gamins. J’écoute une gamme très large de musique mais si je dois écouter du classique, j’écouterai du Stravinsky ou si j’écoute du jazz, ce sera du Eric Dolphy. C’est juste un chemin de pensée particulier, on a jamais choisi le chemin le plus facile en ce qui concerne la musique. »
Michael, l’enthousiaste, part dans une analyse historico-musicale : « tout le mouvement Punk vient de l’énergie musicale. Qu’elle soit positive ou négative, mais surtout positive. La musique Punk, comme le Jazz à l’époque, c’était une manière de penser différente des autres. Cela signifait qu’on était pas obligés de suivre le chemin tracé par nos parents : on pouvait explorer une autre route et la développer musicalement. Therapy ? n’est pas contre le mainstream, mais aime à le contourner. »

Michael: « Therapy? c’est pas McDonalds ou Ikea »

L’album a été qualifié de schizophrène, on zigzag entre les humeurs en passant d’une chanson à une autre. Chaque chanson a son identité à tel point que j’étais à deux doigts de leur demander de m’analyser au regard de ma chanson préférée – ‘Exiles’… mais Andy avait l’air fatigué et j’ai d’autres sujets à couvrir. Michael répond à cette critique par une énumération : « The Ramones, Bad Religion, AC/DC, Motörhead… J’adore ces groupes, mais c’est un peu comme MacDonald’s. J’ai pas envie de jouer la même style en changeant des notes par ci par là pendant 20 ans – j’aurai quitté il y a longtemps sinon, complètement saoulé. Certes, on est sûr que ça marche, mais quand on est créatif, c’est un concept très abstrait. Même si j’adore cette chaise, j’ai pas envie de faire exactement la même chaise tous les jours pendant 20 ans. » On s’accorde à conclure que Therapy ? ne sera jamais Ikea.

Le manager vient leur apporter un beau gâteau au chocolat fait maison. J’ai juste le temps d’avoir la petite histoire avant que les balances ne se transforment en concert et que les coulisses deviennent un véritable caisson de résonance. Michael affiche un grand sourire : « Ca vient d’une de nos fans, c’est son centième concert de Therapy ? ce soir. Elle a rencontré son petit ami sur le forum du site, et ils sont ensembles depuis 5 ou 6 ans maintenant. C’est ce qu’on récolte quand on est simplement soi-même et qu’on essaye pas de vendre de la merdre tout le temps. Bien sûr on a du merchandising, avec des t-shirt et tout le bla-bla, mais on essaye pas non plus de leur refiler des barres de chocolat mars et du coca-cola. »

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