Plan K avec Philippe Carly

Plan K avec Philippe Carly
Louis - 05/02/2017

Philippe Carly est adulé par les fans des Pale Fountains. Par deux fois (les 3 & 5 octobre 1982), ce photographe belge fut au premier rang des concerts bruxellois des Paleys et en a tiré les plus beaux clichés de l’époque qui précéda la parution de Pacific Street.
Philippe Carly est aussi adulé par les fans de Joy Division. Par deux fois (le 16 janvier 1979 et le 17 janvier 1980), ce photographe belge fut au premier rang des concerts bruxellois de Joy Division et en a tiré les plus beaux clichés de l’époque d’Unknown Pleasures.

Philippe Carly est aussi adulé par les fans de… On pourrait réitérer l’exercice à l’infini. Dans les années 80, rue de Manchester à Molenbeek (Bruxelles), tous les groupes du rock indé défilaient dans cette ancienne raffinerie. Echo and The Bunnymen, The Psychedelic Furs… Tout ce que compte l’Angleterre de formidable a joué au Plan K. Et Philipe Carly et ses Olympus étaient là.

Retour sur cette époque et ce livre avec le principal intéressé.

Pourquoi être passé par le crowdfunding pour la publication de votre article ?

Philippe Carly : Je m’étais adressé à quelques éditeurs belges. Certains ne se sont pas donné la peine de répondre, d’autres n’avaient pas les fonds. En Angleterre, un éditeur a trouvé le projet chouette, mais trop “de niche”. ARP2 avec qui j’ai décidé de travailler, était vraiment enthousiaste et pouvait apporter beaucoup au projet, mais n’avait hélas pas non plus les fonds. De plus cela me permettait de rester maître du projet.

Comment êtes-vous venu à la photographie ?

Philippe Carly : C’est mon père qui m’a appris la photo. Celle-ci répondait parfaitement à deux côtés apparemment inconciliables de ma personnalité : la rigueur scientifique et la créativité artistique. Lorsque le punk a commencé, je voulais faire partie de ce mouvement qui déferlait et emportait tout sur ton passage, pas seulement la musique, mais surtout une rébellion qui s’exprimait par la prise en main de la création : mode, création, production et diffusion audio-visuelle. Même pour le punk j’étais trop piètre musicien, alors j’ai décidé de documenter cela avec mon appareil photo. C’est très clair maintenant avec le recul, mais à l’époque, j’étais évidemment beaucoup plus dans l’instant et l’instinct.

Joy Division & Ian Curtis

Vous rappelez-vous de votre premier concert au Plan K ?

Philippe Carly : Oui, c’était pour le premier concert de Joy Division. Annik nous l’avait annoncé et nous avait bien “vendu” le groupe. On avait bien sûr écouté Unknown Pleasures, mais rien n’aurait pu nous préparer à la claque qu’on a pris ce soir là. Honnêtement, ce son, Ian sur scène, on n’avait jamais rien vu de tel.

Une photographie de Curtis est en couverture… Les deux concerts de Joy Division ont eu quel effet sur vous ?

Philippe Carly : C’étaient évidemment de très bon concerts, même si pour le second, il n’y avait plus le même effet de surprise. Mais la musique de Joy Division en général, et les deux concerts en particulier ont joué un rôle non négligeable dans le développement de mes goûts musicaux. La photo de Ian Curtis est en couverture pour plusieurs raisons. Tout d’abord bien sûr à cause de sa notoriété et de son association immédiate avec le Plan K. Ensuite pour ce qu’elle veut dire pour moi : son histoire, son parcours me rappellent d’abord Annik (qui a fait parvenir les photos à Joy Division et à Factory) mais aussi que dans la vie même si on veut tout contrôler, le hasard et les accidents jouent un rôle prépondérant, et enfin que – et cela aide le photographe à se débarrasser de ses prétentions artistiques et de ses illusions de talent – c’est le sujet qui fait qu’une photo plaît ou non.

Joy Division - Unknown Pleasures

Quel matériel utilisiez-vous pour faire vos photographies ?

Philippe Carly : A l’époque j’utilisais deux boîtiers Olympus, un OM-1 et un OM-2n, et une série d’objectifs fixes lumineux (50, 85, 135, 180 tous f2.8) avec d’abord du film Ilford HP5 et ensuite du Kodak Tri-X tous deux 400 ASA, “poussé” à 800.

Comment as-tu sélectionné les photographies présentes dans cet ouvrage ?

Philippe Carly : La volonté été d’inclure toutes les photos faites aux deux concerts de Joy Division, quelques photos par autre concert et enfin quelques photos d’ambiance. Comme je voulais une belle taille de photo, j’ai dû en laisser de côté, sinon le livre aurait été beaucoup trop gros. Le choix s’est porté sur des photos qui restituent l’ambiance, l’énergie, l’éclectisme, la spontanéité, la communion qui prévalaient à l’époque. Il a aussi quelques photos qui sont semblables, mais différentes, qui montrent deux facettes d’une même chose, un peu comme quand on précise son idée dans une conversation. En tous cas des photos dans lesquelles je me retrouve, dont je suis content parfois en dépit de leur imperfection. Le choix final, le plus dur, s’est fait avec ma femme, qui a apporté le recul nécessaire et m’a aidé faire les bons choix.

Deux questions « idiotes ». Quelle est la photographie de l’époque du Plan K qui vous donne le plus de satisfaction ? Quelle est votre photo la plus ratée de cette époque ?

Philippe Carly : La photo de Ian Curtis serait une réponse trop évidente : comme je l’ai dit je suis conscient que son succès est dû plus au destin tragique de Ian Curtis qu’à mon talent. Je suis cependant super fier et honoré, qu’elle soit si souvent choisie pour le représenter, j’ai donc malgré tout réussi à restituer une part de son âme dans cette photo. Une réponse moins évidente est la photo de Clare Grogan (qui ne se trouva pas dans le livre, mais fait partie de l’expo) prise à 100 m du Plan K, le long du canal après leur soundcheck. Des photos ratées ? Il y a en tant : je manquais d’expérience, le film était très loin d’offrir la qualité et la sensibilité des appareils numériques d’aujourd’hui. Mes regrets se situent plus au niveau des groupes que j’ai ratés (Eurythmics au Plan K) ou des groupes belges que je n’ai pas photographiés en me disant que je les reverrais bien après (je n’avais pas beaucoup d’argent pour me payer les films).

Pas de plan B pour le Plan K

Le Plan K se situe à Molenbek (d’après ce que j’ai lu). Vous donnez un éclairage « neuf » sur ce quartier…

Philippe Carly : Oui, le Plan K est à quelques centaines de mètres de l’endroit où on a arrêté Salah Abdeslam. L’éclairage que je jette est plutôt un éclairage ancien que neuf. Le quartier n’était déjà pas follement riant à l’époque : ancien quartier industriel de Bruxelles, le long du canal, il se remettait mal du déclin industriel et du départ des entreprises restantes vers des zones plus appropriées. Les communautés immigrées s’y étaient donc peu à peu regroupées attirées par des loyers plus abordables que dans le reste de la capitale. Mais cela ne nous gênait pas. Le contexte n’était pas le même.

Vous allez être exposé chez PIAS. Comment s’est faite cette rencontre ?

Philippe Carly : A l’époque (dans les années 80) j’ai collaboré pas mal avec PIAS, j’ai shooté quelques-uns de leurs artistes pour des pochettes ou des photos de presse, j’ai réalisé quelques pochettes pour eux et je faisais aussi les tirages photos de leurs photos de presse. J’avais déjà rencontré Kenny Gates et Michel Lambot (les deux fondateurs de PIAS) et nous étions bons amis. Plus tard, comme souvent, la vie nous a un peu séparés, Je les avais revu à l’occasion de l’ouverture de leurs nouveaux bureaux où ils ont ont prévu un espace galerie. Quand le livre était en crowdfunding, je les ai contactés pour voir s’ils acceptaient de servir de point de collecte une fois que celui-ci serait édité. Et ils m’ont proposé de faire une expo pour le lancement du livre.

Qu’est devenu le Plan K aujourd’hui ?

Philippe Carly : Aujourd’hui la raffinerie est occupée par Charleroi Danses : ils y ont des bureaux, des salles de répétitions, du stockage de décors, ils y accueillent des troupes en résidence. C’est donc toujours un endroit dédié à la culture.

AU PLAN K de Philippe Carly est disponible sur www.newwavephotos.com.
L’exposition AU PLAN K est visible jusqu’au 28 février chez PIAS<, rue Saint-Laurent 36-38, 1000 Bruxelles.

Pouet? Tsoin. Évidemment.

Un avis, un commentaire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


A lire dans “Interviews

L’art d’être Camilla Sparksss

Échappée de Peter Kernel, Barbara Lehnhoff aka Camilla Sparksss a publié cette année Brutal, suite sans concession de For You The Wild (2014).

Bandit Bandit

5 questions à … Bandit Bandit

SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour de Bandit Bandit qui a déjà fait du chemin avec un premier EP et quelques concerts crasseux et torrides. Leur playlist est…

Juan Wauters

5 questions à … Juan Wauters

SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour de Juan Wauters en provenance de Montevideo, Uruguay mais citoyen de la République libre de Jackson Heights, NY, quartier cosmopolite par excellence…

Les photographies sonores de Delphine Ghosarossian

Delphine Ghosarossian réunit ses beaux clichés dans un livre élégant et conséquent. Faces of Sound réunit les bouilles de Thurston Moore (Sonic Youth) ou d’Irak Kaplan (Yo La Tengo) de Brett Anderson (Suede). Et en plus de photographier Sir Brett, Ghosarossian fait parler Bernard Butler (et d’autres) sur leur relation à leur image et au…

© Clara Ozem

[EXCLU] 5 questions à … Johnnie Carwash

SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour de Johnnie Carwash dont le nom réveille nos sens et nos tuyaux d’arrosage. Normal, leur mère est punk et vivante ! Le…

Jim Jones

Jim Jones toujours au top !

Jim Jones avait fait exploser la maison avec son premier groupe, The Jim Jones Revue. Et alors qu’on ne s’était pas tout à fait remis de Burning Your House Down, Jim Jones a mis au placard sa Revue et est revenu encore plus fort avec Jim Jones And The Righteous Mind. Jim Jones, Gavin Jay,…

The Fat Badgers © Bartosch Salmanski

5 questions à … The Fat Badgers

SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour de The Fat Badgers, le groupe qui fait danser l’Alsace et bientôt le monde avec leur premier album Soul Train le 29…

Paul Et Mickey - Mortel

5 questions à … Paul Et Mickey

SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux du moment, nouveaux ou anciens. On connaissait Paul & Nany, Paul une Tourtel, faire pleurer paupaul, ou Gainsbourg qui avait un « mickey maousse, un gourdin dans sa housse et quand…

Crime & The City Solution

[1989 – 2019] Crime And The City Solution à bride abattue

Formés en 1977 par l’Australien Simon Bonney, Crime & The City Solution fut un groupe qui inventa des nouveaux mondes sonores grâce au soutien indéfectible par Mute Records. En 1989, le groupe poursuivit sa période berlinoise entamée un an plus tôt avec Shine et publia The Bride Ship. Adulés par Wim Wenders (qui les avait…

Stan Mathis

5 questions à … Stan Mathis

SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour de Stan Mathis à découvrir de l’intérieur avec une playlist punchy et un nouvel album, Plexus solaire. Il sera en concert avec…

Robi

C’est dire le bonheur de revoir Robi

On ne meurt plus d’amour dit la chanson de Robi… Nous, on pourrait bien mourir d’amour pour ses chansons. On est même volontaire. Après cinq ans d’absence (qui ne sont pas synonymes d’inactivité), Robi fait son retour avec un disque pénétrant qui vous transperce et vous sublime. Comme les dernières chansons de Vincent Delerm, les…

La tornade Oiseaux-Tempête

A peine un an après la sortie du splendide طرب TARAB, Oiseaux-Tempête revient avec From Somewhere Invisible, un disque auquel participe Radwan Ghazi Moumneh (Jerusalem In My Heart), Jessica Moss de (Thee Silver Mt. Zion), Mondkopf, Jean-Michel Pirès ou encore G.W. Sok. Un disque hors-normes pour un groupe qui est hors-normes.

CMK © Fabrice Buffart

5 questions à … Claire Days

SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour de Claire Days, jeune chanteuse lyonnaise qui vient de sortir un clip DIY, Call it a day extrait de son EP, Lava…

Let’s Go Theo Lawrence !

Après l’excellent Homemade Lemonade, Theo Lawrence ne boit pas du petit lait et pousse la porte de notre salon avec Sauce Piquante (une référence à Jimmy Newman). Plus resserré, ce disque impressionne par le savoir-faire de ce garçon et donne une furieuse envie de danser et d’oublier le reste.

Pierre Daven-Keller

Pierre Daven-Keller : Pour une poignée de chansons

« On n’est jamais mieux servi que par soi-même » dit le dicton. Pierre Daven-Keller a travaillé avec les plus grands (Dominique A, Miossec) et a signé les bandes originales de La Répétition (Catherine Corsini), Le Voyage aux Pyrénées (les frères Larrieu) ou encore Je suis un No Man’s Land de Thierry Jousse. Avec son nouvel album,…

Julien Belliard © Alexis Barbera

5 questions à … Julien Belliard

SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour de Julien Belliard, ex ZO dont le mirage à écouter ci-dessous augure d’un troisième album bien réel, le mirage de Zo en…

Kid Loco par Camille Verrier (3)

5 questions à … Kid Loco

SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour de Kid Loco qui est venu nous dire qu’il va bien avec son nouvel album, The Rare Birds paru le mois dernier.…

Lou Doillon © Fabrice Buffart

Dans les pas de Lou

Quelle soit défragmentée au réveil comme dans son dernier clip, All these nights ou cachée derrière des fleurs au dernier TINALS à Nîmes, Lou Doillon séduit par sa présence, son charisme et les chemins de traverse qu’elle emprunte avec son dernier album, Soliloquy.

Petosaure

[BBmix 2019] Petosaure vaut de l’or

Deux ans après Le Fantôme de L’Enfant‎, Petosaure est de retour avec Le Musc, un EP qui parle (et chante) d’amour comme personne. Entretien à l’occasion de la sortie du clip de Vampyre, premier extrait de cet EP.

Slowdive- Amiens 23-06- 2018

Slowdive par Thierry Jourdain

En 1995, tout le monde (c’est à dire la presse et le public) est passé à côté de la musique de Neil Halstead. Pris en étau entre Nowhere de Ride et Definitely Maybe d’Oasis, les disques de Slowdive ont été balayés par la critique et ignorés par le grand public. Normalement, Neil Halstead aurait dû…

A ne pas rater dans Interviews !