Aimons Malon

"On se souvient toujours des premières fois" écrit Christophe Basterra dans sa biographie de Matthieu Malon. On peut donc écrire des petites chroniques depuis des années et être passé complètement à coté de Malon.

Ma première fois avec Malon, c’était donc il y a quelques jours avec La Coureuse, une chanson aux cordes froides mais dont la mélodie réchauffe le cœur. Et après La Coureuse, on n’a qu’une envie : courir et rattraper le retard. On découvre donc, plus ou moins médusé, l’œuvre de ce garçon.

Hébergé par le Village Vert en 2000 (puis par Monospone, son label actuel), Malon a écrit une kyrielle de belles chansons qui ferait rougir la concurrence anglo-saxonne.

Avec désamour, Matthieu Malon devrait cryogéniser la scène française et devenir la coqueluche des amoureux de belles choses. Se plaçant dans l’ombre de Robert Smith (et surtout de Simon Gallup), Malon se mue en observateur et analyse le processus de désamour. Et nous, on tombe dans ses bras. On se souvient toujours des premières fois.

Comment vas-tu ? Tu as le moral ?

Matthieu Malon : Oui, plutôt bien, même si je n’ai pas toujours dit ça ces dernières années. La vie réserve toujours de sacrées surprises. Tu as beau le savoir, ça ne sert à rien, car ça te prend évidemment au moment où tu ne t’y attends pas. Et tu jongles.

Je te pose la question car le titre de ton nouvel album, son écoute… On est en droit de s’inquiéter. Non ?

Non car le processus de désamour, qui est donc bien évidemment le thème central du disque, et qui est le processus normal et salvateur après toute relation amoureuse qui se termine, est engagé depuis déjà un moment en ce qui me concerne. Mais j’avais envie d’en parler, d’en faire un disque, pour clore une sorte de trilogie de la vie amoureuse (mes 3 derniers disques en français : les rencontres, la vie quotidienne, la séparation, pour résumer schématiquement). C’est sûrement aussi un peu thérapeutique de ma part, ça peut servir d’exemple (donc ça devrait être remboursé par la sécu) et puis ça m’évite quelques séances couteuses sur le divan.

A l’écoute de Désamour, on pense évidemment au Faith de The Cure. Tu te rappelles de la première fois que tu as entendu The Cure ? Quel est le premier disque de The Cure que tu as acheté ?

Je me souviens très bien, j’ai découvert The Cure en seconde au lycée, l’album Kiss me kiss me kiss me venait de sortir et un ami me l’a fait écouter. J’ai aussi découvert le live à Orange à la même époque, on avait organisé une soirée de visionnage de la VHS. J’ai ensuite pu entendre le reste de la discographie et notamment Pornography, album fondateur pour moi et qui me hante encore aujourd’hui. J’ai acheté mon premier disque quelques années plus tard, ce fut The Head On The Door et c’était mon premier cd.

Qu’est-ce qui te séduit chez The Cure ?

Leurs débuts, jusqu’à Disintegration, après j’ai vraiment abandonné le sujet (à l’exception de l’album The Cure). Les tubes, les évidences mélodiques, la voix incroyable de Robert Smith, les enchevêtrements basse/guitare qu’on peine parfois à identifier, le chorus, le flanger. Les claviers Solina (que j’utilise beaucoup sur désamour). Les textes hallucinés de la trilogie. Les cheveux hirsutes, le mascara…

La Coureuse, le premier extrait de Désamour, a tout du tube. Et si ça devenait un tube ? Tu anticipes le devenir de tes chansons ?

Non, même si pour celle là, quand j’ai trouvé la mélodie, je la chantonnais dans la douche le matin les jours suivants. C’est toujours très bon signe ça, il parait. En faire un tube n’était pas intentionnel et rien n’était calculé, la chanson a suivi la trajectoire qu’elle devait suivre, tout naturellement. Si ça devenait un tube, j’en serais ravi, même si je n’ai jamais fait de la musique pour être écouté (mais plutôt pour moi au départ, ou pour draguer les filles). C’est toujours agréable d’avoir des retours positifs sur un travail de plusieurs mois. Et je ne cracherais pas sur quelques gros chèques.

Matthieu Malon – La Coureuse

Peu D’ombre près des arbres morts ne serait-il pas la cheville ouvrière entre Désamour et Peut-être un jour ?

C’est complètement ça et ce fut totalement volontaire. J’avais écrit les mélodies et avancé sur les arrangements de 12 chansons début 2016 mais il était clair que 4 chansons ne pouvaient pas être sur mon projet d’album car elles ressemblaient davantage à ce que j’avais fait avec Peut-être un jour. Ce sont ces 4 chansons qui sont sur Peu d’ombre près des arbres morts. Les textes font le lien entre les deux albums car ils ont été écrits au moment où je commençais à aller mieux, mais où je n’avais pas encore le recul nécessaire pour parler complètement de ma séparation, j’envisageais un avenir mais sans pouvoir parler encore vraiment de ce qui venait de m’arriver. Ça a jailli quelques mois après, au moment d’écrire les textes de désamour pour les 8 mélodies qui restaient alors en jachère.

Il a été facile à écrire ce disque ? Comment le positionnes-tu dans ta discographie ?

Oui et non. Si je regarde en arrière c’est quasiment 3 ans de travail (le EP et l’album). D’abord pas mal de documentation car je savais que je voulais aller vers un album inspiré de mon amour pour The Cure. Sans plagier, sans copier ou imiter. Il fallait que ça s’entende mais sans qu’on se dise « ah oui mais là hey c’est abusé ». Je ne sais pas si c’est réussi mais j’ai beaucoup travaillé sur ce point. Donc j’ai pas mal lu, fait des recherches sur les instruments, les techniques, les pédales, les studios, les astuces des ingénieurs du son. J’ai expérimenté des choses et j’ai jeté souvent. Puis le travail de composition mélodique et d’enregistrement a été plutôt rapide et bouillonnant. J’avais acheté une Bass VI, qui est l’instrument utilisé majoritairement sur la trilogie de Cure, et il a été le fil conducteur de ce projet, j’ai beaucoup joué (et je joue toujours beaucoup) de cet instrument que j’ai tout de suite trouvé très inspirant et très agréable à jouer. Ce n’est ni vraiment une basse, ni vraiment une guitare, c’est pile une octave entre les deux, et ça en fait un outil à part, qui me correspond vraiment très bien. Puis pour la dernière étape, les textes, c’est allé assez vite également (quelques mois) et je savais à ce moment là où j’allais, quels étaient les thèmes de chaque titre, j’ai écrit de manière vraiment naturelle, libérée et spontanée, sans beaucoup de corrections.

Et ce t-shirt de Sonic Youth est fantastique. Quelle est son histoire ?

Comme souvent, elle part d’une histoire vraie, ce t-shirt découvert sur le dos de la fille qu’on a aimée. On cherche pourquoi elle porte ça, elle qui n’a jamais vraiment écouté ce groupe pendant tout le temps où on s’est connu intimement. Du coup, on gamberge : qui lui a offert ? Est-ce qu’elle aime le groupe ? Voulait-elle que je le vois ? Pour me signifier quoi ? Et ces fleurs dans le vase que je connais si bien, qui les a achetées ? … Toutes ces questions vrillent la cervelle.
L’histoire du téléphone est vraiment arrivée aussi. Là encore, on peut s’interroger si c’était un message, un appel, une provocation, ou juste de la négligence. Il faut se résigner et admettre qu’on ne saura jamais, mais on sait alors qu’il y a bel et bien un après, que la vie continue et que l’être qu’on a aimé vit déjà autre chose avec quelqu’un d’autre. Qu’il crée d’autres souvenirs, qu’il a d’autres émotions avec cet inconnu, et découvre peut-être enfin la musique de Sonic Youth, qu’on essayait en vain de lui faire aimer quelques années plus tôt.

Peux-tu m’en dire un peu plus sur la pochette de ce disque ? Où Stéphane Merveille a-t-il pris ce cliché ?

Je voulais du noir et blanc, je voulais du flou, et pas de portrait. Je n’en savais pas beaucoup plus au départ. Stéphane m’a montré des photos prises en forêt, souvent en voiture sur la route. Une a retenu mon attention et il l’a travaillée – un peu comme moi avec la musique – en tentant de se rapprocher de l’esprit de Faith ou Seventeen Seconds, sans que ce soit complètement ça non plus. Le reste du livret déborde de nombreux autres clichés de forêts, et tout est vraiment magnifique. On a fait en sorte que chaque version soit différente, le cd et le vinyle n’auront pas les mêmes photos.
Pour la photo de couverture, si tu regardes bien, tu verras un corps de femme nue debout au milieu et un homme de profil à sa gauche. C’est un peu comme les nuages, tu les regardes et tu peux imaginer plein de choses, c’est ce que j’aime avec cette pochette.

Tu vas jouer aux Rockomotives… D’autres dates arrivent ? Ou les tourneurs oublient encore de faire leur métier ?

Je suis content d’aller fêter la sortie de Désamour aux Rockomotives, je n’y ai pas joué depuis 2002 (avec Laudanum) et j’y ai de très bons souvenirs. Sinon pour le moment, c’est très calme, je n’ai toujours pas de tourneur. Je démarche un peu et j’espère une date à Paris avant la fin de l’année avec mes amis de Summer. Il y a quelques autres lieux en discussion pour 2017/2018.

Désamour de Matthieu Malon sera publié par le label Monospone le 20 octobre 2017.
Il est en pré-commande ici.
Matthieu Malon sera présent au festival des Rockomotives.

Matthieu Malon- desamour

Tracklist : Matthieu Malon - Désamour
  1. Ouverture
  2. Dégage
  3. La syncope
  4. Fugue
  5. A l'électron
  6. La coureuse
  7. Désamour
  8. Et ce t-shirt de Sonic Youth
  9. Un essai gratuit

Pouet? Tsoin. Évidemment.

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