Minuit avant la nuit

Gossip
Le groupe Gossip a été mis sur le devant de la scène en 2006 avec Standing in the Way of Control. Les médias ont propulsé Beth Ditto, la chanteuse obèse et lesbienne, au rang d’icône de la mode après l’avoir vue en compagnie de Kate Moss à la sortie de bars londoniens huppés. Cette couverture médiatique a beaucoup aidé à populariser la musique du groupe : un punk assaisonné de soul, rock, gospel et disco. Gossip a sorti un nouvel album Music for Men en juin dernier. Ssion assurait la première partie.

Ssion

Ssion est un groupe de punk au son expérimental assez proche de Gossip. Sur scène, ils sont trois : le batteur qui déchire dans le coin droit et le bassiste qui avec ses cheveux long me fait dangereusement penser à Anthony Kiedis des Red Hot Chili Peppers du temps de Blood Sugar Sex Magik. Le chanteur quant à lui a la figure peinturluré ce qui le fait vaguement ressembler à Paul Stanley de Kiss – mais a un délire de chorégraphie proche de David Boring des Naïve New Beaters. Il fait réagir le public en lui reprochant par provocation d’être trop poli et l’engage à se déchaîner. A la fin du set, il remplit mission en faisant chanter la fosse.

Gossip


Hannah à la batterie ouvre avec le bassiste, vite rejoints par Nathan à la guitare. Ils se font rapidement éclipser par l’entrée de Beth Ditto : sa voix se fait entendre avant d’apparaître sous la pluie d’applaudissements. Elle porte une ample tunique noire zébrée d’éclairs et un chapeau scintillant dans ses cheveux rougeoyants. La setlist est entamée avec “Dimestore Diamond”.

Beth sautille de joie en rythme avec les acclamations de la foule. Elle en profite au passage pour envoyer un bisou à son amie Géraldine avant de partir sur “Pop goes the World”. Le moins qu’on puisse dire c’est que Beth est énergique sur scène, elle se balade d’un bout à l’autre de la scène, un roady la suivant pour s’assurer qu’elle a assez de jeu pour le micro. Elle nous gratifie d’effets de voix remarquables, notamment sur “Don’t (Make Waves)”. Mais c’est sur “Love Long Distance” qu’elle nous prouvera la maîtrise de son organe vocal.

Le concert décolle aux premières notes de “Your Mangled Heart”. Après “Men in Love”, elle se lâche sur “Coal to Diamond” sur laquelle elle manque d’avaler le micro. Beth n’est pas l’incarnation de la délicatesse : elle crache d’énormes mollards et remet sa culotte en place sans cérémonie aucune. Elle communique entre les chansons essentiellement par onomatopées, produisant des gazouillis, des bruits de pets ou de bisous – au choix.

Elle se plaint qu’il fait chaud, très chaud, et c’est naturellement qu’elle enlève sa tunique pour chanter “Listen Up ! ” en body noir avec une intro piquée à Lady Marmelade. Sur “Four Letter Word”, elle distribue des bouteilles d’eau dans la fosse et récupère les ventilos sur scène pour les diriger vers la foule. Le public, déjà en délire, redouble de hurlements quand Gossip joue “Heavy Cross” et c’est un Bataclan unanime qui applaudit en rythme avec la batterie. Le groupe quitte alors la scène sur des petits coucous à la salle.

Les musiciens reviennent pour le rappel et commencent à nouveau sans Beth. Elle arrive une clope à la main et, juste quand je me faisais la réflexion que son jeu de scène forçait à la comparaison avec Tina Turner, le refrain de “What’s Love Got To Do With It” vient me confirmer mon sentiment. Sa dernière chanson sera l’incontournable “Standing in the way of control”, pour laquelle elle descend dans la fosse. C’est sûrement pour cette liberté qu’elle a choisi de faire trois soirs au Bataclan au lieu d’une date au Zénith. Elle remonte sur la scène désertée par les musiciens et nous propose de chanter avec elle l’hymne gay. Nous finirons donc sur le refrain de “We are the Champions” de Queen. Elle quitte la scène avec des je t’aime en direction de la salle.

Date: 15 novembre 2009