A la croisée des chemins de Bashung et de Air, OAKS surgit sans prévenir. Auteur d’un premier album en 2015, l’arrivée de leur deuxième album est une surprise. Une belle surprise. Chantant désormais en français, OAKS pratique une pop extrêmement élégante. Tellement élégante qu’on les imagine sur scène en costume avec un jeu de scène serré.

Pour se rendre compte de l’élégance folle de ces garçons, il faudra aller au Zèbre de Belleville le 18 mai 2018 pour la release party de ce nouvel album.
En attendant, entretien avec un des quatre OAKS, Pierre Welsh.

Que signifie le titre Les Matins Mauves ?

Pierre Welsh : Cela part d’un souvenir précis, une phrase prononcée sur les toits d’un loft à Amsterdam, à regarder l’aube naissante après une nuit blanche. Un moment de grande fatigue et de grand bonheur. Nous avons retenu ce titre pour l’album parce que j’ai une approche assez visuelle de la musique; le premier album était noir et blanc, parce que c’est ce que je voyais en écoutant la musique (un bloc homogène, très référencé, un peu rétro). Cet album est plus composite, comme la couleur mauve, c’est le mélange d’arrangements pop électro sur certains titres, de grooves qui sortent parfois de la pop traditionnelle, sur une toile de fond qui reste rock dans son ensemble. Le mauve, surtout le mauve des nuages de l’aube, c’est la couleur de l’élégance et de l’ambiguïté. Mais l’intérêt se trouve dans le titre complet: Les Matins Mauves (qui font suite aux nuits blanches). Contraste des couleurs, mais aussi des sensations; l’aube qui apaise après une nuit agitée. Contrastes au travers de l’album.

OAKS – Le Japon dans ma chambre

Le disque a été masterisé par Chab… Et pour l’enregistrement ? Vous avez fait les choses seuls ?

C’est un honneur pour nous d’avoir pu le faire masteriser par Chab, l’homme qui a masterisé des albums pour Daft Punk, entre autres. L’enregistrement s’est fait au studio TRAM 28, par Fabien Tessier qui avait également réalisé notre premier album. C’est un ami de longue date, nous avons même joué dans un groupe ensemble autrefois. C’est un peu le cinquième membre du groupe. En dehors de lui, Antoine Coinde, un ami qui a eu un long parcours au sein de labels, de maisons d’édition ou en tant que manager, est également intervenu, mais l’essentiel de la direction artistique est resté à l’intérieur du groupe. Et puis bien sûr, Lila Tamazit nous a offert sa superbe intervention en duo sur Mon insoumise.

Comment s’est passé l’enregistrement ? Cela a pris du temps ?

Contrairement au premier album, nous nous sommes plus livrés à des séances de laboratoire, à essayer des sons et des schémas rythmiques différents, nous avons pris beaucoup de risques en nous éloignant de ce que nous avions fait jusque là. Il y avait une véritable volonté de ne pas refaire le même album. Nous sommes allés parfois jusqu’à réécrire des titres entièrement alors qu’ils étaient déjà enregistrés. De ce monde, par exemple, était une ballade un peu dans l’esprit de Qui veut ma place. Ça fonctionnait bien. Sauf que c’était Qui veut ma place en moins bien. En revanche, on aimait le texte, on est donc reparti de là, on a tout déconstruit pour arriver à un morceau totalement différent, avec un groove et un arpégé très lancinants, et que je trouve très réussi.

Une fois qu’une piste est trouvée, l’exécution est en revanche très rapide compte tenu de l’expérience et des qualités des musiciens (je m’exclus de ce compliment, j’ai la chance d’être très bien accompagné !).

Comment définiriez vous votre son ?

Il y a une base rock qui est au cœur de notre culture musicale, mais ouverte à tout type d’influences. On y trouve des accents plus electro, comme sur les Matins Mauves ou Petit Homme, des grooves qui sortent des schémas pop/rock comme sur De ce monde ou Mon Insoumise. Notre son ne ressemble donc à rien de ce que j’entends en ce moment, précisément parce que nous n’avons pas peur d’assumer la modernité sans en faire un totem. Qui veut ma place a un son plus classique, et ce n’est pas un problème. Pour résumer, c’est un son qui a un caractère, une authenticité, et c’est là sa réelle singularité.

Quelle est l’histoire de la chanson Le Japon dans ma Chambre?

C’est un texte que j’ai écrit en 2011, au moment des événements de Fukushima. J’ai un rapport spécial au Japon où j’ai vécu plusieurs mois. La chanson parle de la manière dont les grands événements du monde interfèrent et se télescopent avec notre petite histoire personnelle et sont des marqueurs de notre propre histoire. C’est un thème qui revient souvent dans mes textes. Nous avons enregistré une version, avant même notre premier album. Le titre était efficace, mais trop banal et le refrain franchement un peu léger. Il est resté dans les oubliettes, car le premier album étant en anglais, il n’avait donc pas sa place. A la toute dernière minute, alors que l’album Les Matins Mauves était fini, j’ai insisté pour ré-essayer parce que je tenais au texte, et il y a eu un moment magique en studio, nous avons travaillé live, là encore en cassant le schéma rythmique, en repartant du chant pour repenser les harmonies, le refrain initial a carrément disparu. Le coté envoûtant a vraiment emmené tout le monde, c’est pourquoi il y a une partie instrumentale assez longue, pour capturer l’improvisation du moment à l’état brut. Ça a été bouclé en un jour, et c’est pour moi un des deux meilleurs titres de l’album. C’est ce mode de création que je veut systématiser pour l’enregistrement du troisième album. C’est comme çà que le groupe donne toute sa dimension.

OAKS - Les matins mauves (qui font suite aux nuits blanches)

LES MATINS MAUVES (qui font suite aux nuits blanches) d’OAKS est disponible chez December Square Records/M & O Music. OAKS fera sa release party le 18 mai 2018 au Zébre de Belleville (Paris).

OAKS - Les Matins Mauves (qui font suite aux nuits blanches)

Tracklist : OAKS - Les Matins Mauves
  1. Les matins mauves
  2. De ce monde
  3. Le Japon dans ma chambre
  4. Les fins d’hiver
  5. Mon insoumise
  6. Petit homme
  7. Mon coeur est une ville
  8. Toujours sourire
  9. Les erreurs de ce monde
  10. Qui veut ma place

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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