Concert -  photos et compte rendu : Les Nuits de l’Alligator, La Maroquinerie, Paris - 27 février 2010

Le festival Les Nuits de l’Alligator essaye, en pleine mutation saisonnière, de nous faire replonger aux sources du rock avec le blues né sur les rives du Mississipi. La Maroquinerie accueille l’édition parisienne avec pour clôturer une semaine chargée : les brooklyniens de She Keeps Bees, le countryman Turner Cody accompagné d’Herman Dune, et le clou de la soirée avec les Clues. Deux interludes : James Levy et Jerusalem in my Heart.

She Keeps Bees

Dans la catégorie power duo guitare / batterie, atteints de brooklynite doublé du cliché de la chanteuse à frange à la Cat Power wannabe, je vous présente She Keeps Bees. Au début, elle chantait sa douleur seule sur sa guitare, puis elle a décidé d’enseigner la batterie à son ingé son pour qu’il puisse l’accompagner et ainsi rythmer ses complaintes. C’est pas de refus, sauf qu’on ne s’invente pas batteur, et que le minimalisme ne se substitue pas aux carences de créativité.

James Levy

Il est seul avec sa guitare et nous raconte ses joies ses peines amoureuses. Il nous donne le choix : une chanson triste lente ou une chanson triste rapide : à quoi sert de demander s’il n’écoute pas les suggestions ? Je redoute une chose : qu’il lance une mode avec son chapeau de marin.

Turner Cody feat. Herman Dune

D’un coup, nous voilà vraiment projetés dans les régions du sud des Etats-Unis, mais plus côté country. Sur ‘When We Go’, il demande à sa sœur de le sauver, et le costume de quaker rajoute à l’impression religieuse. Sa guitare acoustique est heureusement renforcée par les solos de David-Ivar Herman Dune à l’électrique. Ils se lâchent sur ‘Only One I Had’, mais tout rentre dans l’ordre rapidement. Dans le public, certains se laissent aller au son de la guitare lancinante. A noter que ‘Corner of my Room’ figurait à la bande son d’Un Prophète, très approprié pour une soirée des Césars.

2010_02_27_turner_cody
2010_02_27_turner_cody
2010_02_27_turner_cody
2010_02_27_turner_cody
2010_02_27_turner_cody
2010_02_27_turner_cody
2010_02_27_turner_cody
2010_02_27_turner_cody

Setlist: Back in the Land / When We Go / Lift Off / Slippery Slope / Only One I Had / Running Around Again / Think About You / Corner of my Room / Ounce of Gold / Nobody Like You / Au Revoir

Jerusalem in my Heart

Un interlude est sensé divertir, une première partie est sensée chauffer la salle… ici rien de tout ça, Jerusalem in my Heart vient quelque peu plomber l’ambiance. Tel un imam qui appelle à la prière du haut du minaret ou un père devant le mur des lamentations, s’il cherche à nous rappeler que la guerre sévit encore et toujours, c’est réussi.

Clues

Le principe de l’art, c’est de pouvoir exprimer ses sentiments : la rage et la souffrance peuvent ainsi être canalisées pour donner du beau. Je ne vois pas de groupe qui soient plus à même de répondre à cette définition que Clues. Le début si calme si doux, ne laisse en rien présager de l’explosion littérale des batteries (oui, à deux batteries, imaginez l’effort de synchronisation). Alden Penner nous caresse de chuchotements pour soudainement passer au déchirement presque physique. La charley tourne, danse, et ne se referme jamais. La tension monte avec une précision percutante. Alden, tiré à quatre épingles qu’il est, fait valser sa guitare de gauche à droite. Les baguettes valdinguent dans tous les sens.
C’est pur, c’est direct, c’est déroutant, c’est fascinant – c’est une véritable expérience !

2010_02_27_clues
2010_02_27_clues
2010_02_27_clues
2010_02_27_clues
2010_02_27_clues
2010_02_27_clues
2010_02_27_clues
2010_02_27_clues
2010_02_27_clues
2010_02_27_clues
2010_02_27_clues
2010_02_27_clues
2010_02_27_clues
2010_02_27_clues
2010_02_27_clues

Setlist: Elope / Perfect Fit / Approach the Throne / Let’s Get Strong / Waltz / Crows / Mine / In the Dream / Cave Mouth / Haarp / Clues / Ledmonton / You Have My Eyes Now

Date : 27 février 2010
Photos : Marion Ruszniewski
Partager cet article
1 réponse sur « Clues ou the ultimate purpose of Art ! »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cela pourrait vous intéresser

Turner Cody

Vidéo : Turner Cody – Deep In The Heart of Brooklyn

Turner Cody est unique, c’est un troubadour moderne qui aime bourlinguer à travers l’Europe dans une vieille caisse pourrie pour des concerts improbables avinés en apesanteur ou traîne dans ce Brooklyn qu’il aime tant entre Cendrars et Kerouac. Turner Cody
Le Caravage - Les musiciens

Viens voir les musiciens…

L’été s’étiole mollement, la reprise n’est pas loin et plutôt que de gloser sur les lieux de villégiatures de nos artistes, façon Closer, SK a préféré leur demander qu’elle avait été la bande son de leurs vacances parfois studieuses. Et l’on découvre d’autres passions que la musique…

Plus dans Concerts (live reports)

[35] Les Pale Fountains ou l’Eldorado Pop

Après avoir joué en février 1985 à Londres et avant de s’envoler pour le Japon, les Pale Fountains étaient de retour à Paris en cette veille de printemps 1985. L’Eldorado de 1985 fut la séance de rattrapage pour ceux qui avaient séché la piscine Deligny.
Shack - La Locomotive, 1990

[1990 – 2020] Sur les rails avec Shack

8, 9 et 10 novembre 1990. Paris. Les La’s, les Boo Radleys, Dr Phibes et les House Of Wax Equations débarquent à Paris le temps d’un week-end pour initier les Français aux plaisirs plus ou moins méconnus (mais surtout exquis) de Liverpool. Les frères Head, ex Pale Fountains sont évidemment de la partie. On connaissait…

Liam Gallagher à son Zénith

Liam Gallagher a donné hier soir au Zénith de Paris le dernier concert d’une tournée européenne qui a affiché complet tous les soirs. Et il a fait plus que le travail.

Motivant Morby

L’ex-Woods est venu jouer son répertoire à La Lune des Pirates, salle qui avait accueilli et vu triompher les flamboyants Woods en 2017. Jeu, set et match pour…
Vincent Delerm @ Théâtre des Pénitents, Montbrison, 04-02-2020

Vincent Delerm : La vie passe et il en fait partie

Hier soir Vincent Delerm chantait à Montbrison devant le public du festival Poly’Sons. Après le spectacle, je lui ai parlé des photos que j’avais faites, de cet article que j’allais écrire sur son spectacle. Quelle idée insensée ais-je eue là… Comment écrire sur la musique, comment mettre des mots sur des sons, sur d’autres mots ?…
Damien Saez @ Halle Tony Garnier, Lyon, 09-12-2019

Damien Saez, « Que l’éphémère devienne éternité »

Damien Saez venait hier au soir présenter à Lyon, Ni Dieu ni Maître, l’album qui clôture Le Manifeste, fresque sociale de quatre années de 2016 à 2019 présentée dans une « oeuvre numérique » sur son site internet « Culture contre culture ». 39 chansons, politiques et poétiques dans lesquelles se lit la France des attentats aux gilets jaunes,…