Daniel Johnston @ Le Bataclan

Daniel Johnston fait parti de ces chanteurs auréolés d’une gloire, devenue hype, dont on peut se demander si elle est usurpée. Qu’est ce qui fait que ce gros type à la voix improbable et au jeu de guitare approximatif, est salué comme étant un génie absolu du song-writing et proclamé pape du lo-fi ? Embryon de réponse ce soir sur la scène du Bataclan.

Beam Orchestra

Tommy Gun ouvre pour Daniel Johnston. Leur intervention est anecdotique, leur pop est efficace et teintée de mélancolie, les mélodies sont agréables, relevées de la voix assurée de la chanteuse, impeccable dans sa petite robe noire.

Puis le Beam Orchestra s’installe. Le Beam Orchestra ce sont 11 musiciens hollandais, comme le producteur qui a eu cette idée saugrenue de faire accompagner Daniel Johnston par la formation. Gert Gerin est membre de MusiecLab Brabant : « plateforme musicale qui transcende les genres. Son but est d’accompagner des projets innovants » Dixit le site web.

Innovants, on ne sait pas. Particulier, c’est certain. Beam Orchestra donc, ouvre le set et envoie une pop jazzy et variétoche, très Big Band. On se demande de quelle façon la mayonnaise va prendre avec la musique de Danny.
D’ailleurs, le voila qui arrive sur scène, ses paroles sous le bras, qu’il lira tout au long du concert, le visage à moitié planqué derrière son pupitre.

Daniel Johnston

Pour commencer, Daniel est seul à la guitare. Tremblant. Il déverse ses paroles misérable « I’m so sad i could cry », sur fond de mélodie guillerette. Et il nous fait l’effet d’un gamin de 10 ans, un peu étrange, planqué dans l’énorme carcasse d’un type de 50. Après trois morceaux guitares voix, le Beam Orchestra s’exécute derrière Daniel Johnston. Il pioche dans tout son répertoire et nous offre des morceaux de son dernier album « Is and Always Was », « Fun », « Hi How Are You » ou « Fear Yourself », son album avec Marl « Sparklehorse » Linkous. D’ailleurs, d’après Daniel, il devait venir Mark : « But he couldn’t make it ». Tu m’étonnes.

Daniel Johnston - Is and Always Was

Les morceaux de Johnston sont pleins de déclarations déprimées, de déclarations d’amour, d’envolées enthousiasmées ou définitivement plombantes. Une montagne russe d’humeurs. Et sa voix malhabile mais terriblement poignante, n’est pas mise en valeur par l’accompagnement du Beam Orchestra. Au contraire, elle est masquée, écrasée. Un crooner de Las Vegas y aurait mieux trouvé sa place. Et dans ce rôle, Daniel Johnston n’est pas franchement convaincant.
Les arrangements du Beam Orchestra sont un peu trop prévisible, un peu facile, un peu carton pâte, un peu kitsch. Mais avec des allures cartoonesques, que la voix et la présence de Johnston rendent bizarroïdes. Et cela colle à merveille avec l’imagerie de ses dessins dont un échantillon est présenté dans la salle du Bataclan. Les morceaux s’égrainent, Daniel s’inquiète de savoir si on le suit jusque là, si on veut encore entendre d’autres chansons. La salle est trop heureuse de répondre oui.

Puis Johnston sort, et le Beam Ochestra est une nouvelle fois seul sur scène. On sent un flottement dans la salle. Un type murmure « Rendez nous Danny » et a priori, il n’est pas le seul à le penser. La bouillasse un peu free jazz ne prend pas dans la salle du Bataclan. C’est un soulagement quand Daniel refait son apparition : « Un jour, j’ai rêvé qu’un tribunal condamnait à mort quelqu’un… Pour avoir tenté de se suicider. Et ce quelqu’un c’était moi ». Le tout avec un grand sourire halluciné. Ambiance. Sur cette seconde partie, les arrangements se font un peu plus dérangés. Mention spéciale pour la version de Wicked World glauque à souhait. Et l’association devient plus intéressante.

Le rappel est chaotique, Daniel n’en finit pas de sortir. Il revient une première fois avec un Beam Orchestra allégé et on se dit que la formule eut été plus digeste comme ça. Puis une chanson a capela, parce que Johnston ne s’emmerde pas à attendre que les musiciens se mettent en place. Re Salue, re standing ovation. Il remercie le public d’avoir été là. « It was so much fun »…

Alors oui le culte Daniel Johnston tient un peu au personnage de Beautiful-Loser, maniaco-dépressif de son état, à la vie en forme de roman comico trash (d’ailleurs la rumeur d’un biopic pour 2011 enfle), mais s’il n’avait été que ça, l’arnaque n’aurait pas durée trente ans. Aucune nécessité de rajouter l’artifice du Beam Orchestra pour rendre l’expérience d’un concert de Daniel Johnston « innovante ». Pourquoi vouloir masquer la fragilité et l’humanité du bonhomme derrière des artifices ? Pour planquer son manque de technique flagrant ? On s’en fout, après 30 ans à déverser ses morceaux, il n’avait pas besoin de ça Daniel, et nous non plus.

Date : 15 avril 2010

Discophage et habituée des salles parisiennes, Queen Mafalda donne son avis, surtout si on ne le lui demande pas.
7 réponses sur « Daniel Johnston @ Le Bataclan »

Il a l’air sacrément bizarre ce Daniel :)
Son après midi avant concert est raconté par les Inrocks, c’est complètement barré !

J’aime bien ce compte-rendu et je suis à peu près d’accord avec tout (ah non… il n’a rien joué de Fun. Et l’intro instrumentale c’était Speeding Motorcycle) bien que mon impression finale soit plus positive. Y’avait quand même des moments splendides…

http://www.youtube.com/watch?v=p3oRVDgUmgw

Par contre j’ai acheté l’album de DJ & Beam Orchestra, et je trouve ça plus réussi – à mon avis parce que la voix est beaucoup plus mise en avant sur disque que sur scène.

Oh, rien de Fun? My mistake, il me semblait pourtant.
Mais j’avoue que je suis pas une fan acharnée de Johnston, pour le titre des chansons, j’ai du faire appel à ma mémoire…

bien d’accord avec ton article – comment daniel johnston accepte t-il de se faire détruire ses sublimes morceaux comme ça? comprends pas???..
il connait de talentueux musiciens (ceux de Fun ou Is and Always par ex) qu’est qu’il fout avec ce groupe de merdre?? Il capte rien?
peut être qu’il a des vues sur la violoniste.. moi j’avais plutôt envie de la tuer

un peu envahissant le Beam orchestre, c’est clair, même si c’était parfois très réussi. J’aurais aimé que Daniel chante plus de chansons seul à la guitare.

Yep, merci pour ce link Alain ! J’avais réussi à cerner grossièrement les goûts du personnage en un clip et un avatar Spacéen, mais alors à ce point… C’est vraiment un artiste à aduler !!! Avec son recours à l’antisèche (bon OK, sur ce point j’ai rien dit, on verra les résultats de ma session de rattrapage de mai ;-) la gestion exemplaire de son budget en pleine période de crise… Et puis le fait de roter ostensiblement en plein milieu d’une rue de notre capitale, qui est paraît-il la destination touristique la + prisée au monde, c’est clair, rien de mieux pour valoriser l’image de son continent !!! Et bonjour le modèle pour la santé publique : le coca burger frites, c’est bien connu, ça a toujours été le meilleur traitement du diabète de type 2 ;-) ;-) ;-)

Bon, je le précise au cas où certains l’auraient compris de travers, tout mon paragraphe précédent est une antiphrase ! Et je suis bien content de m’être réveillé le matin du 01/01/2010 avec un copain MySpace en moins, suite justement à des divergences au sujet d’une mise en lumière exagérée de Daniel Johnston, mais surtout de la vanne que je lui ai balancée pour conclure une année 2009 tendue, au moment où il venait de se faire battre par Framix dans la battle cqfd ! Autant dire que j’ai bien biché quand DJ Zebra nous a passé « The Mistake » mardi dernier… btw, il fait l’Olympia le 16 : comme quoi, c’est pas nous qui sommes au fond du trou, hein ? Non, c’est pas pour toi Alain, mais pour le commentateur extérieur qui nous a allumés conjointement au mois de mars :-) Et comme disait un certain Xavier sur le Hiboo : VICTORY IS MINE !!!

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