Didier Lestrade : Chroniques du dancefloor (Libération 1988-1999)

Didier Lestrade : Chroniques du dancefloor (Libération 1988-1999)
Fred 22/05/2010

Didier Lestrade : Chroniques du dancefloor

Le terme trainspotter ne me convient pas. Pas plus que celui de collectionneur. Pourtant c’est ce que je suis. Chez mes parents, dans des cartons qui prennent la poussière, il y a des revues, des articles que j’ai découpés dans des journaux. Il y a là plusieurs magazines et fanzines disparus de nos jours : Rolling Stone (la première édition lancée par Lionel Roctage en 1988), Globe, Actuel, Coda , Eden et beaucoup d’articles issus de Libé. Parmi tout ça, il y a des chroniques musicales qui m’ont accompagné toutes ces années, celles de Didier Lestrade.

Didier Lestrade

L’Editeur Singulier publie ces jours ci une compilation de certaines de ces chroniques parues dans Libé entre 1988 et 1999. Didier Lestrade a été l’un des premiers en France à s’intéresser à la House et la Techno à l’heure où d’autres crachaient dessus, censuraient à tout va et prédisaient une durée de vie minimum à cette musique. Avec le recul, il est salutaire de constater qui avait raison… Et histoire d’enfoncer un peu le clou, je ne vais pas me gêner pour citer ceux qui se sont plantés : TF1 et NRJ qui décidèrent de censurer (difficile d’être constructeur de pavillons pour classe moyenne et visionnaire ou fan de rugby et fin observateur de la musique…), ceux qui ont retournés leur veste : les Inrockuptibles qui après avoir méprisé le mouvement pendant des années ont décidé de prendre le train en marche mais désolé les gars c’est un peu tard pour qu’on vous accorde de la crédibilité, ceux qui tentèrent de s’y retrouver dans la pléthore de disques : Best et Rock & Folk… et tous les autres trop largués pour y comprendre quoi que ce soit l’Humanité en tête où l’on put lire que les ravers étaient de méchants fachos et les dj’s des prêtres voulant les convertir…

Pendant ce temps donc, Didier Lestrade publiaient ses chroniques. En connaisseur du mouvement, il nous aidait à nous y retrouver dans la jungle des sorties quotidiennes et sa liberté de ton, son humour, sa culture musicale apportèrent un éclairage nouveau à cette scène encore méconnue. Il faut bien replacer les choses dans le contexte de l’époque, pas d’internet dans ces années juste le 36 15 Rave, des infolines qui apparaissent et disparaissent, des parties de cache-cache avec les forces de l’ordre, Radio FG qui fut un formidable vecteur et des milliers de passionnés qui veulent juste danser et s’amuser. Il est beaucoup question de danse justement dans les écrits de Didier Lestrade et assez vite il s’insurge contre la radicalisation du mouvement qui s’éloigne de ses racines blacks et soul pour prendre un virage trop hardcore à son goût. La fraîcheur et la naïveté qui se dégagent de toutes ces chroniques peuvent surprendre à notre époque, justement Didier Lestrade confesse s’être peu à peu désintéressé du mouvement le jour où la musique a cessé d’être naïve, le jour où il s’est rendu compte que les Daft Punk ne réinvestiraient jamais l’argent qu’ils avaient gagné en ouvrant un grand club en France comme New Order l’a fait à Manchester. C’est donc à une belle leçon d’histoire que nous convie ce livre. Histoire qui transpire la joie et l’optimisme malgré la vie pas toujours rose du chroniqueur. Bien entendu il parlera beaucoup plus à quelqu’un qui a vécu ces folles années qu’à un néophyte en la matière. Il est bien concevable que pour se sentir captivé par Rave Age, Plus Au Sud, les raves du Pont de Puteaux ou du Fort de Champigny, la Rave O Trans à Rennes il faut avoir vécu ces années là plutôt que d’être resté chez soi.

La plus belle leçon qui ressort de cet ouvrage est que pour écrire sur la musique il n’y a pas besoin d’être musicologue ou de savoir déchiffrer une partition, le plus important et de ressentir l’émotion aux fond de ses tripes et de la retranscrire en des mots simples et compréhensibles au commun des mortels. C’est plutôt holistique n’est ce pas ?

Pour ceux que ça intéresse, il y aura une séance de dédicaces le mercredi 26 Mai de 18h à 20h à la Galerie du Mail 12 rue du Mail, 75002 Paris

Plus en bonus les archives d’eDen.

Réponses
  1. Bon, je vais pas faire le malin! Merci Frédéric, c’est la première critique du livre sur le net. C’est vrai, j’avais oublié que les Inrocks avaient MIS BEAUCOUP DE TEMPS POUR PIGER LE TRUC de la house! Maintenant je me rappelle pourquoi je ne leur ai jamais proposé de papier (rires)
    non merci
    bises
    didier

  2. « Bon elle est où cette rave? » (Fanny Ardant dans Pédale Douce).

    C’est aussi DL qui a « lançé » Craig Amstrong en France par son article dithyrambique dans Libération. N’oubliez pas les inuendos (sous-entendus) pédés, plus ou moins clairs pour le lecteur lamda mais toujours drôles, marque de fabrique de DL.

Un avis, un commentaire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


A lire dans “News

My Favorite Horses

Bring On My Favorite Horses

Le groupe My Favorite Horses quitte son royaume teinté de folk pour se lancer à l’assaut de la pop française. Et réussit à nous convaincre et à régner sur la France avec son Funkhauser, son nouveau single.

Mystic Braves

C’est l’heure de la reprise pour les Mystic Braves

Avant de venir faire danser le public avec leurs chansons psychédéliques BCBG, les Mystic Braves poursuivent leur série de reprises et débarquent avec une version fortement réussie de Ponte Bajo El Sol d’Elia y Elizabeth.

Baden Baden rentre d’exil

Ils avaient écrit Mille Eclairs, un des disques de l’année 2015. Les revoilà avec La Nuit Devant, un troisième album qui nous emmène vers des nuits électroniques.

Slim and the Beast

La belle et la bête !

Slim & The Beast sont revenus de Lisbon avec du soleil et un amour que l’on espère pas de vacances.

Mudhoney

Good Morning Mudhoney !

Les Mudhoney ne dorment jamais ! Après un disque (excellent) et une tournée européenne en 2018, les revoilà avec une tournée américaine et un EP, Morning In America.

Tahiti 80

C’est le grand jour pour Tahiti 80 !

Quel groupe a eu la meilleure idée de la rentrée 2019 ? Tahiti 80 pardi ! Le groupe va publier un « best of accoustique » au mois d’octobre. Une belle occasion pour redécouvrir les morceaux les plus emblématiques.

Liam Gallagher est un des notres

Dix ans après la fin tonitruante d’Oasis à Rock En Seine, Liam Gallagher publie le clip de One Of Us (réalisé par Steven Knight et Anthony Byrne de la série Peaky Blinders), le quatrième single de son nouvel album. Et on pense forcément à Noel…

Shivas

Shivas régal

Désormais signés chez Tender Loving Empire, les Shivas reviennent dans les bacs le 25 octobre avec Dark Thoughts.

Mark Lanegan

Lanegan Kaboul

Mark Lanegan a remis sur pied son groupe et sera de retour dans quelques semaines avec un nouvel album et une tournée française.

Eko & Vinda Folio

Le baume d’Eko & Vinda Folio

SK* vous présente en avant-première Therapy, le nouveau clip d’Eko & Vinda Folio extrait de leur premier album du même nom à paraître le 20 septembre chez Talitres.

Boy Azooga @ Rock En Seine 2019

[RES 2019] Boy Azooga, pop bazooka

Héritier de la folie douce des Gorky’s Zygotic Mynci et de l’éclectisme des Super Furry Animals, le Gallois Dave Newington alias Boy Azooga a eu tout bon sur son premier disque publié l’an passé chez le très chic label Heavenly Recordings (Mark Lanegan, UNLOVED, Amber Arcades). Il sera présent à Rock En Seine cette année…

Hater

[Exclu] Hater – Four Tries Down

Caroline Landahl, Måns Leonartsson, Adam Agace Lukas Thomasson seront de retour le 6 septembre 2019 avec le single Four Tries Down / It’s A Mess et une tournée américaine. SK* vous fait écouter en exclusivité la face A du single de Hater qui sort chez Fire Records.

Joseph Arthur

Le come back de Joseph Arthur

Joseph Arthur est vivant ! Trois ans que le protégé de Peter Gabriel ne nous avait pas donné de nouvelles… L’inquiétude commençait à arriver.

The Pooh Sticks, les Poulidor de la jangle pop

Signés chez Fierce Recordings (Spacemen 3, The Telescopes), les Pooh Sticks enregistrèrent de 1988 à 1995 des chansons capables de faire passer les disques des Commotions de Lloyd Cole pour des disques de death metal finlandais. Le label Optic Nerve éditera l’hiver prochain un coffret réunissant les premiers singles de ces éternels seconds couteaux du…

Wilco @ Le 106, 19-06-2019

Wilco, l’hymne à la joie

Wilco publiera son onzième album le 4 octobre prochain. Et il se pourrait que cela soit une excellente surprise…