Da Brasilians

Da Brasilians

Tiens, Soul Kitchen se paye le luxe d’interviewer les Da Brasilians. Ces derniers s’étant payé le luxe de sortir l’un des tous meilleurs albums de pop de 2010. Rencontre avec Benoit.

Da Brasilians

Premier acte

Comment se passe cette tournée?

Hello! La tournée se passe très bien. On a fait 7 dates avec Katerine, ouvert pour les Gush au Bataclan, pour Teenage Fanclub, on joue au festival Les Aventuriers à Fontenay sous Bois… bref tout se passe à merveille, c’est Noël avant l’heure.

Après si tu veux parler de la tournée avec Katerine, on s’amuse beaucoup. Toute l’équipe est sympa et lui aussi. Les concerts sont cools, les aftershows aussi… Pour tout te dire, il est venu chanter une de nos chansons « Il’ll be blue » sur scène et on lui a rendu la pareille puisque j’ai chanté « La Banane » avec lui à Lille. On est très ravi, le public nous découvre, on est un peu intimidé au début mais au fur et à mesure de chaque concert on arrive à l’enthousiasmer et même à le conquérir.

Vous avez fait la première partie des Fannies (Teenage Fan Club) la semaine dernière. Ça fait quoi d’approcher le Graal ?

Là encore c’était super, ouvrir pour eux fut effectivement un joli coup du sort. Teenage Fanclub, c’est pour nous un des meilleurs concerts auxquels on a assisté, au festival MO’FO en 2005. On est fan de ce groupe avec une affection particulière pour les premières périodes (de Catholic Education à Songs from Northern Britain) et je te garantis qu’on était sur un nuage. On a discuté avec eux à la fin du concert et les mecs sont très cools, Norman Blake (le chanteur) est hyper avenant, te pose des questions, on a parlé de la scène de Glasgow (on a toujours été fan des Fannies, BMX Bandits, Pastels, Primal Scream…etc) et puis une photo avec mon idole Gerard Love (le bassiste) c’est quelque chose.

Vous avez sorti votre premier album il y a maintenant quelques semaines. Vous préférez le studio ou les tournées ?

Les deux sont vraiment opposés mais pour chacun le notion de plaisir est essentielle. Le studio il y a quelque chose d’intime, d’expérimental, du domaine de l’aire de jeu avec les différents instruments, les possibilités techniques…etc., alors que les concerts, c’est clairement tourné vers les autres, le public. Y’a un côté séduction dont tu n’as pas trop à te soucier en studio. On adore les deux et je pense qu’on serait frustré de ne pas pouvoir profiter de ces deux domaines. C’est quand même un peu chiant de faire un disque et de ne pas le jouer en concert, comme c’est tout aussi frustrant de ne jamais poser la musique que tu joues en live.

Les concerts sont différents depuis que le disque est sorti ?

Certains titres sont des titres qu’on joue depuis longtemps donc ils n’ont pas trop bougé. D’autres ont été pratiquement peu joués avant d’être enregistrés, le studio leur a donné une forme qu’on n’aurait pas pu développer en répète.

A l’opposé, certains titres comme « Shadows » ou « Revolution » ont une vraie vie en live, on les a psychédélisé si je puis dire, on fait monter la sauce en concert. Le concert est peut-être plus axé vers l’efficacité et donc vers une certaine simplification par rapport au studio. Si il y a quatre guitares sur une chanson enregistrée et qu’il n’y a que deux guitaristes dans le groupe, ça devient compliqué donc tu privilégies l’essentiel.

La pochette de votre disque est une belle réussite. Quelle est son histoire ?

Beaucoup pense que c’est une photo faite au bord de mer avec le soleil rasant alors qu’elle a été prise à Paris dans un quartier du 15ème arrondissement. C’est notre ami Grégory Moricet, un photographe très doué, qui l’a prise une fin d’après-midi de juillet. Il avait repéré le spot mais lorsqu’on s’est pointé, on eu le temps de faire qu’une photo car on s’est fait virer presque manu militari par un concierge. C’est ça qui est dingue, rien de réfléchi (à part le lieu) mais il a suffi d’une prise. Grégory en était même écœuré mais au final c’est devenu la pochette. Et puis le truc qui nous fait bizarre c’est lorsque des journalistes nous disent que ça évoque Edward Hopper ou David Hockney, quelque chose de très graphique et californien, on n’y avait pas pensé.. (Enfin moi non). Le cadre noir m’évoque le disque de Big Star « Radio City » et puis pour la typo, on aimait ce côté néon late 70’s, un côté Supertramp, Eagles qui correspond un peu à notre fantasme de la musique de cette période, le côté chaud, les ombres… on ne sait pas au premier coup d’œil si on est quatre ou cinq, le coté urbain, la ville de Brasilia.

Quel est le processus d’écriture du groupe ? Dictature ou démocratie ?

Une dictature éclairée… ?
Ca peut être n’importe lequel d’entre nous mais Rémi a écrit la plus grande partie des chansons du disque. Vincent et moi, quelques unes. En gros le processus était le suivant: Rémi nous présentait une démo plus ou moins élaborée et en général il a une idée précise des arrangements. Mais on pouvait mettre nos mains dedans, on avait le droit de tout foutre en l’air, en tout cas on ne s’interdisait pas de le faire si on le sentait. Les chansons évoluaient au cours des répètes, des concerts. Et puis ce qui nous a fait plaisir c’est qu’en studio elles ont eu une deuxième existence et ça s’était merveilleux. On a pu se faire plaisir avec les possibilités du studio, ce qui donne un peu ce côté feu d’artifice sur chaque chanson. On découvrait le studio et l’envie de jouer avec et aussi on se disait que ça pouvait être le seul disque qu’on enregistrerait..

Toutes les chansons présentes sur l’album ont été écrites au même moment ou vous avez sélectionné dans votre répertoire le meilleur assemblage possible ?

Sur les onze titres, quatre ont été écrites et enregistrées dans la dernière année. L’album est composé de chansons anciennes qui nous semblaient les meilleures et de plus fraîches. Et puis un premier album c’est comme un Best-of, tu choisis ce qui te semble le meilleur et à essayer de ne pas mettre des titres qui se ressemblent. Notre objectif était aussi d’illustrer nos points communs mais aussi nos différents goûts. On aime autant The Left Banke que Christopher Cross, si tu veux…

Qui est le responsable de Revolution, mix génial entre Polnareff et les Kinks ?

Et bien c’est Rémi l’auteur et le compositeur. Le titre était maquetté donc la base était là mais le studio l’a transformé. Le passage instrumental dans le dernier tiers du titre et qui dure plus longtemps en concert est issu d’une jam pendant les prises. On avait envie de ne pas avoir un pont trop classique. Pour moi c’est comme si les Mamas & Papas rencontraient à un moment les Happy Mondays. Ce fut un des derniers titres enregistrés et il illustre bien notre prise de confiance en studio où on commence à se lâcher. On n’avait plus peur de s’écarter des bases. C’était une douce sensation.

Qui est le coupable capitaliste de Greetings from America ?

Rémi également. Là c’est un hommage à l’Amérique et aux chansons américaines, de Glen Campbell à Harry Nilsson en passant par les génériques de séries américaines mais on peut aussi penser à Abba…

Pour Rémi, le titre dresse « un portrait idéalisé et ironique » d’une société, d’un pays parfait, d’un paradis perdu. Cet endroit n’existe pas mais on s’y plonge avec délectation. Greetings From America fait partie de ces chansons de l’album qui parlent d’autres chansons (américaines souvent, « standards » ou trésors cachés), mais surtout le plus souvent d’elles même ! Comme si mélodies, arrangements et textes étaient personnifiés. Comme une mise en abîme de l’auteur et des musiciens. Car c’est bien de cette quête la, la quête musicale dont il s’agit à chaque fois. Le solo de saxo est comme un péché mignon et encore on l’a coupé car on avait une version 10 fois plus longue… un péché mignon je répète… ce sera pour le coffret, bien sûr.

Qui est le génie qui nous a pondu Janis ?

Devine…? A travers cette chanson Rémi évoque une vieille dame qui cache son passé. Elle ment, et on devine que certains secrets sont difficiles à porter. Les mots sont volontairement naïfs car sa décision est simple et irrévocable. Pourtant, tel un inavouable regret, elle y repense avec nostalgie, comme si la souffrance lui manquait ». Les cuivres du titre furent arrangés par David Tahiti Boy et Johan Myran qui joue lui-même ces cuivres. Et je profite de l’occasion pour souligner combien eux et Samy Osta (le co-réalisateur du disque) ont été d’une grande aide ! Alléluia mes frères !

La France ne sait pas que Janis est un hit. Vous comptez la mettre au courant rapidement ?

C’est effectivement un single potentiel… faut en parler à notre label…héhé. J’aime penser qu’il a ce petit côté Paul Mc Cartney de la période « Ram ». En concert les gens sont très réceptifs à ce titre, il fonctionne super bien. Même Norman Blake de Teenage Fanclub nous a félicité pour ce titre… c’est pour dire.

Quels sont vos projets pour 2011? Conquête de l’Europe ? Du Monde ?

On va jouer au festival indé parisien le Mo’Fo fin janvier, on adore ce festival et puis on aimerait faire beaucoup de concerts en France, des festivals et pourquoi pas jouer aussi à l’étranger. Notre musique peut parler à l’étranger et pas uniquement parce qu’on chante en anglais, je pense que la vibration peut passer. Et puis sinon la musique des Jeux Olympiques de 2012 et si Miss France (ou Miss Nationale) a besoin d’un générique, on est d’accord.

Second acte

Da Brasilians

Da Brasilians

Alors ces réponses n’engageront que moi.

Le disque qui va forcément vous décevoir en 2011 ?

Je ne le souhaite surtout pas mais j’espère ne pas être déçu par le prochain titre de Breakbot, j’ai tellement écouté son « Baby I’m Yours »…

Votre disque de l’année 2010 ?

L’album des Da Brasilians mais on a beaucoup aimé celui d’Ariel Pink et le coffret consacré au groupe Big Star.

Votre disque honteux ?

« Their Greatest Hits » des Eagles, alors ça pendant des années y’avait pas le droit d’aimer voire écouter ce groupe, c’était la honte !!!

Si vous aviez un festival à créer ?

Pas la peine, y’en a déjà trop!

Si vous aviez à tourner un film sur un groupe ?

Sur Da Brasilians, ça parlerait dix fois plus aux gens que les films sur les énormes groupes. Les gens comprendraient mieux le quotidien des musiciens tels que nous, le peu de moyens, la double-vie entre nos emplois et notre envie de musique. Ce serait très intéressant et aussi très drôle.

Le métier de l’industrie musicale que vous ne comprenez pas ?

Ayé j’ai presque tout compris…

Sex Pistols ou The Clash ?

The Clash.

Le refrain ultime ?

Celui de « Dancing Queen » d’Abba.

La place idéale dans une salle de concert ?

Tout dépend du concert: au niveau de la console si tu aimes le groupe, devant au pied du bassiste si tu es fan ou au bar si tu en as rien à foutre.