Leopold Skin, à fleur de peau

Leopold Skin
Guimauve 07/08/2011

Damien Fanhauer aka Leopold Skin de l’écurie clermontoise Kütu Folk Records a sorti cette année un second album qui prend aux tripes, I see mountains, entre ombre et lumière, entre ciel et terre, carnet de voyage canadien où il a vu au-delà des montagnes. Ce disque est aussi depuis peu disponible nu et flamboyant dans une version habilement nommée Mountains of reverb, enregistré avec la complicité de Christophe Adam, harakiri musical d’un artiste qui repart cet été sur une autre route, destination Portland pour une nouvelle aventure musicale nommée Wych Elm. Interview alternative d’un artiste libre et indépendant.

Byrds ou Birds ?

Byrds, c’est sûr car c’est un de mes groupes préférés, je suis absolument fan de David Crosby qui a sorti un des meilleurs albums de tous les temps en 1971, If I could only remember my name, du coup Byrds à mort, à vie ! et c’est vrai qu’après le départ de Crosby et leur fantastique album Notorious Byrds Brothers , ils ont eu une période country qui m’a moins séduit. J’ai bien sûr découvert les Byrds avec leur reprise de Dylan dont je suis ultra fan même si je ne l’écoute quasiment plus mais je l’ai complètement digéré, je l’ai en moi à vie et comme malgré tout comme j’aime la pop, savoir que les Byrds avaient repris Dylan, je suis tombé dedans et ensuite par ricochet sur la scène californienne des années 60… J’aime aussi les oiseaux, mais je ne suis pas spécialiste, ou alors en chouette que les gens connaissent peu.

Barbe ou Barde ?

Barbe ! barde j’aime bien la musique médiévale, des trucs comme Incredible String Band même si je n’ai pas écouté ça depuis au moins 3 ans… Donc au final plus barbe, il y a tellement de bons groupes barbus, des gens qui se trouvent très très moches et qui font un style de musique assez triste, du coup c’est un peu un manque de confiance en soi et donc la barbe, c’est comme de mettre des vêtements, c’est un peu se cacher… J’ai déjà essayé de me raser et c’était horrible, je me sentais tout nu, avec l’impression d’être vulnérable… J’ai eu aussi les cheveux très longs quand je ne pouvais pas avoir de barbe (rires) pour cacher ma nuque.

Carreaux ou Piques ?

Carreaux à vie ! C’est l’accessoire qui va parfaitement avec la barbe, j’aime vraiment les chemises à carreaux, j’en portais avant que cela soit totalement la mode, maintenant c’est passé alors je redeviens moi-même et moins dans la norme.

Mountains ou Sea ?

(le second album de Leopold Skin se nomme , I see mountains )

Mountains direct ! Je ne suis pas très ‘mer’, j’aime vraiment la montagne, d’une j’ai grandi en Auvergne, on a pas mal de montagne, l’idée de l’immensité, d’absence de barrière de fait complètement flipper. Par exemple, quand j’ai traversé le Canada en bus, ça été de la pure méditation, je voyais ces espèces de plaines immenses pendant 3000 km, et d’un coup une barrière de montagnes hallucinante, je m’imaginais à la place des coureurs de bois découvrant cet espace après tant de vide… alors il y a beaucoup de gens qui se sentent oppressés entourés de montagnes et ce n’est pas pour cela que le disque se nomme I see mountains mais cela m’a marqué…

Into the wild ou Dead man ?

Plutôt Dead Man que j’ai vu avec une grippe terrible et 40 de fièvre et j’ai fait des cauchemars toute la nuit en rêvant que j’étais recherché par la police (rires) mais je l’ai revu une seconde fois dans un tout autre esprit, c’est un film incroyable, j’aime les films lents et sombres, ce qu’a mis Neil Young dedans, la musique est un personnage du film… mais j’ai vu Into the Wild avant de partir au Canada, j’ai trouvé ça intéressant mais complètement cliché, je ne me suis pas retrouvé la dedans alors que j’aime bien Thoreau et son Walden, j’aime l’idée de se retrouver seul dans la nature mais le film n’a pas fonctionné avec moi, même si j’aime les influences de celui-ci.

Baleine ou Hibou ?

Hibou direct (rires), je ne cautionne pas les animaux marins, ceci dit la baleine a été une influence importante pour Melville qui parlait de profondeur qu’il liait à l’être, après YumYum la baleine je ne connais pas trop l’histoire et je n’ai pas cherché à connaitre mais je respecte vraiment le fait de faire un album concept, après je suis plus hibou pour ce que cela représente, un animal nocturne, plein de symboles ou de croyances, la mort à venir… alors que pour moi cela ne représente pas cela, j’aime bien le personnage du looser et la chouette ou le hibou sont un peu des loosers, dès qu’on les entend, la mort n’est jamais très loin… c’est aussi lié à la forêt, quand elle est vraiment vierge, sans chemins, sans traces, c’est vraiment incroyable et flippant la forêt c’est un espèce de tout, très fœtal, mais avec cette possibilité de se perdre très facilement, mais c’est aussi assez réconfortant de ne pas voir trop loin, et puis l’odeur.

Lac Champlain ou lac de la Cassière ?

N’importe quel lac en fait, le truc qui est assez hallucinant c’est que l’Auvergne ressemble quand même étrangement au Canada, alors bien sûr pas les mêmes montagnes et donc volcans, mais si j’aime le Canada c’est sans doute parce que je viens d’Auvergne, dans un sens j’ai trouvé une nouvelle maison, pas très différente de celle que j’ai voulu quitter en fait, je n’ai pas choisi le désert (rires) et puis j’ai des souches allemandes et il y a eu une migration vers le Canada.

Gewürztraminer ou Côte d’Auvergne ?

Eh Eh, Gewürzt ! mais je suis plus vin rouge que vin blanc, je ne suis absolument pas régionaliste avec mon côté alsacien, j’aime le fromage auvergnat mais cela ne fait pas de moi un indépendantiste pour autant, je ne me sens ni auvergnat, ni alsacien. Il ne me reste pas grand-chose de l’Alsace que j’ai quittée à deux ans, je ne parle pas l’alsacien, je n’ai pas grandi là bas, j’y ai passé quelques vacances, un peu à l’écart.

Saint-Nectaire ou Cheddar ?

Au Canada, il y a beaucoup de fromages pas très bons, cela vient du fait qu’ils pasteurisent tout et c’est quand même bien moins bon, surtout le Saint-Nectaire ! Quand j’étais dans l’ouest du Canada, j’ai beaucoup mangé de cheddar. Un ami là-bas, Bill qui adore le fromage, dont le babybel (rires), très cher au Canada pense que c’est forcément bon et je rêve de lui ramener un bout de St-Nectaire fermier ou un bout de bleu pour qu’il comprenne… Et sinon quand j’étais à Montréal, j’ai beaucoup cherché pour trouver un bout de Saint-Nectaire, j’en ai trouvé au marché Jean-Talon que j’ai payé 8 dollars pour un bout que j’aurais payé 30 centimes en France, et je l’ai partagé avec des amis pour leur faire comprendre, même si c’était du pasteurisé, avec une bonne bouteille à 10 dollars car tout est très cher au Canada… Un repas très cher qui m’aurait coûté 2 euros en France et au final 18 dollars au Canada mais c’était pour transmettre mon « héritage ».

Leopold Skin

Dupont ou « Martin » ?

Martin bien sûr pour ma guitare, Dupont, je me fous des traditions françaises, je trouve les modèles Martin très beaux, ils sonnent très biens, la finition est aussi très belle, il y a des modèles pas chers, c’est très folk, très traditionnel, la mienne, le bois sent le poivre, j’adore ça, j’aime trop cette guitare qui m’a accompagnée partout au Canada, après je m’en fous de toutes les gammes de Martin, juste que cette guitare c’est la guitare de ma vie !

Macramé ou Tricot ?

Une amie m’a offert une chouette en macramé que je trouve magnifique et ma grand-mère m’a tricoté une écharpe, du coup les deux… c’est aussi parce que c’est fait main et que ça a plus de valeur qu’un produit courant et qu’aussi je suis réac et conservateur (rires !), j’aime bien les objets faits main car il y a l’idée de plus d’attention, de quelque chose d’unique, je n’aime pas l’idée d’avoir la même chemise que 25 millions de personnes, moi je me sens unique par rapport aux autres sans forfanterie.

Reverb’ ou Fuzz ?

On a beaucoup réfléchi avec Zak (Laughed, ndlr), j’aime les deux mais c’est reverb’ à vie, c’est le seul truc qui a rendu ma voix acceptable pour moi et après j’ai mis ça sur la guitare, et cela donne un côté un peu mystique, un peu magique. Je ne suis absolument pas croyant mais je trouve par exemple une église magnifique, je peux pleurer en écoutant un chant religieux mais pas pour son côté religieux.

Leaves or Grass ?

Ah, ah, et bien les deux, Whitman m’a beaucoup touché même si je ne le lis plus beaucoup, je n’ai jamais lu Leaves of grass du début jusqu’à la fin, j’ai pris des petits bouts, notamment dans une édition que j’ai trouvée au Canada en anglais même si je l’avais déjà en français, elle m’a suivi partout dans le train, les bus… J’ai lu aussi Thoreau dans la version française de chez Gallimard qui est horrible dans sa traduction donc l’ai lu par la suite en anglais. Mon prof de littérature américaine a un peu coordonné la nouvelle traduction de Thoreau, que je n’ai pas encore lue.

Français ou Anglais ?

Les deux, et j’aspire de plus en plus à écrire en français même si j’écoute exclusivement de la musique anglaise à part peut être François and the Atlas Mountains qui a vraiment quelque chose d’hallucinant tout en chantant en français, il m’impressionne. J’aime bien certaines chansons de Gainsbourg même si ce n’est pas du tout une influence mais par contre je me dis que j’aimerai vraiment être capable d’écrire en français comme Christophe Adam (qui a enregistré les deux albums de Leopold Skin, ndlr) qui le fait de façon admirable, j’ai l’impression que le français c’est lié à une espèce de maturité et on laisse l’anglais aux gens un peu immature. J’aimerai vraiment rendre hommage à la langue française, ce n’est pas du tout un refus de chanter en français, au contraire, je lis en anglais et en français, je me sens quasi bilingue à réfléchir en anglais, du coup ce n’est pas très forcé de ma part d’écrire en anglais, je ne fais pas ça par pudeur par exemple, plus une question de facilité, que les mots anglais marchent vraiment mieux avec mes chansons, essayer de traduire mes textes en français cela ne marche pas du tout.

Trompette ou violoncelle ?

La trompette est vraiment l’instrument que j’ai refusé d’avoir. On était avec Christophe (Adam) qui m’a dit que cela serait cool sur un titre d’I see mountains alors je me suis dit que c’était l’heure de retourner ma veste (rires) et je l’ai fait et je ne le regrette absolument pas mais je ne vais quand même pas encore passer au saxophone même si j’adore le groupe américain Castanets (Texas Rose, The Thaw, and The Beasts chez Asthmatic Kitty Records en 2009) qui sont assez proches de Phosphorescent, c’est assez aride au début mais cela fait partie des grosses découvertes de ces derniers temps avec des chansons extraordinaires et du coup il peut y avoir du saxophone avec des solos de guitares un peu de mauvais goût que je trouve magnifiques et la démarche est belle.

Christophe d’amour ou pomme d’Adam ?

Christophe Adam est incroyable, c’est ma boussole. Il a un espèce de truc, détaché, sage alors qu’il brule ! Je souhaite juste qu’il arrive à s’exprimer car il en est vraiment capable. Il est venu me dire qu’il serait honoré de faire mon disque alors que moi je n’aurais jamais osé lui demander. Du coup on a fait les deux. C’est un magicien, je me sens en totale confiance avec lui et je ne me vois pour l’instant enregistrer qu’avec lui. J’espère que ses albums seront réédités, et que les gens se mordront les doigts d’être passé à côté, moi, il me donne des frissons en concert, il y a la musique, il y a le personnage, et l’atmosphère hallucinante qu’il dégage, il me bouleverse vraiment, je le considère comme quelqu’un de ma famille, il est trop important pour moi.

Beach House ou House in a tree (un des titres du second album) ?

Beach house in a tree ! (rires). J’aime ce groupe depuis 3 ans environ, c’est assez marrant car quand je travaillais à Vancouver je l’avais écouté sur MySpace car je n’arrivais pas à trouver leur musique et une personne avec qui je travaillais a laissé le disque dans le café où je bossais, du coup, je l’ai beaucoup écouté, c’était le premier album. Et ensuite ils ont sorti Devotion et sont partis en tournée et ont joué à Vancouver où je les ai vus. C’était extraordinaire, je bossais à 5 heures du matin, j’étais fatigué, leur musique est assez lente et pleine de reverb’, une voix magique, c’est une sorcière en fait je pense (rires), une des plus grosse claque que j’ai eue, et apparemment ils m’auraient choisi pour leurs dates de Rennes ou de Clermont et c’est un très grand honneur.

Evening Hymns ou Hospital Ships ?

Ce sont deux découvertes de François Régis (St Augustine, pensionnaire et animateur du label clermontois Kütu Folk Records, ndlr), Hospital Ships parce qu’il est fan de Minus Story et donc était en relation avec Jordan (Geiger,ndlr), il avait entendu parler du label et trouvait que c’était cool de faire une réédition de son album Oh Ramona et Evening Hymns, François a découvert ce groupe grâce à Magic qui a fait pas mal d’articles et on leur a simplement demandé s’ils souhaitaient sortir leur album en France. On était vraiment honoré.

Leopold Skin

Blake ou Mortimer ?

Blake sans hésiter, j’adore William Blake, je n’ai pas la prétention de me comparer à lui mais j’ai l’impression que mon premier disque, c’est Songs of innocence, et le second Songs of experience, quand j’ai fait mon premier disque, j’étais très jeune, j’avais 18, 19 ans, du coup pour moi c’était vraiment l’innocence, je souhaitais vraiment voyager, j’ai réalisé mon rêve, je suis rentré, ça été un peu dur, mais du coup j’ai eu l’impression d’avoir appris vraiment plus de choses, ce voyage a été un bond, j’ai l’impression d’avoir gagné 10 ans. Et puis dans le bus durant mon périple, un ami m’avait donné l’audio book de Dharma Burns (Les Clochards Célestes) de Kerouac, lu par Allan Ginsberg, livre qui mêle poésie, vin, montagne, sexe, une sorte d’équation parfaite que j’ai écouté en pleine méditation, c’est mille fois mieux que La Route que je trouve ultra chiant. C’est ce qu’il y a de formidable avec les livres c’est qu’il faut prendre son temps pour ne pas les gober, on peut ralentir la lecture, ce n’est pas comme un disque. On peut lire un chapitre et réfléchir dessus ou se prendre pour un personnage, du coup je lis moins pour profiter des mots. Mais avec la fac, j’ai des livres imposés, j’ai pris un cours sur Melville alors que je n’étais jamais rentré dedans, et avec l’aide du prof qui connait bien l’œuvre, cela m’a ouvert des portes, on a étudié par exemple Barteldby.

Livres ou Films ?

Les films me frustrent vraiment, j’aime ça et je n’aime pas cela (rires), à la fin d’une heure et demi de film, je ressens quelque chose de très perçant, c’est comme si j’avais gobé une bulle en peu de temps. Un livre c’est quelque chose qui grandit alors qu’un film c’est immédiat. Et j’ai eu quelques critiques du disque qui disaient qu’il était moins immédiat que le live et je trouve cela vraiment intéressant car un live ne se construit pas dans la durée, il n’y a pas le choix, 30, 45 minutes, un peu comme un film… Alors qu’un disque, ça peut être comme un livre avec une progression, le fait de se l’approprier. Et les chroniques d’I see mountains, de Magic ou de Pierre Andrieu c’était genre « un peu déçu par rapport au live où il y avait plein d’énergie », et j’étais content de ces remarques (rires).

A écouter d’urgence et à acheter au prix de son choix, Moutains of reverb.

Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...

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