Qui est in : qui est Outfit ?

Quel est le point commun entre Bill Ryder-Jones et Outfit ? Italo Calvino. L'écrivain italien n'a de cesse d'être cité dans les interviews des musiciens liverpuldiens comme source d'inspiration. Les ressemblances entre ces deux entités artistiques s'arrêtent cependant là. Bill Ryder-Jones se cantonne toujours à un rôle de producteur de luxe, tandis que les Outfit font dans la musique élégante.


Outfit va donc publier dans les prochains jours son second album : Slowness.
Le discours et le son sont devenus bien plus profonds et la performance de Slowness est de rapidement faire oublier Performance

Pourquoi avoir appelé votre nouveau disque Slowness ?

Andrew P M Hunt : C’est inspiré du titre d’une nouvelle de Milan Kundera, sa première en français je crois. Ce livre a deux histoires parallèles qui concernent la mémoire et la nostalgie. Lorsque je l’ai lu, je vivais de l’autre côté de la planète donc loin de ma compagne. J’ai vraiment ressenti le fait que nous nos chemins allaient se séparer et que nous allions oublier nos visages. Lorsque vous êtes loin de quelqu’un et que cette personne vous manque, c’est comme si votre relation allait au ralenti alors que le monde poursuit sa course habituelle. Les images et les souvenirs sont tout ce que vous avez, ils se modifient lentement avec le temps, et parfois disparaissent complétement. Ce sentiment d’inertie est important dans cet album.

Vous avez adopté une nouvelle démarche pour faire Slowness. Qu’est-ce qui a changé dans votre manière de travailler ?

Andrew P M Hunt : Nous avons établi des règles. Et nous les avons respectées !
Quand tu écoutes un disque, au départ, tu entends la basse, la batterie, la guitare et la voix. Nous avons essayé de trouver une manière de travailler qui permette d’être plus personnel dans le son en résultant, mais tout en utilisant un vocabulaire plus restreint pour qu’il soit meilleur.
Le son d’Outfit doit être celui d’un groupe. Pas celui de deux types derrière un ordinateur.

Outfit – Genderless

Slowness est très homogène. Comment ont été écrites les chansons ? Quand les avez-vous composées ?

Andrew P M Hunt : Toutes les chansons ont été écrites au piano, la plupart d’entre elles quand ma femme me rendait visite à New York. J’ai passé beaucoup de temps à réfléchir sur les accords et les arrangements, mais je ne vais pas vous ennuyer avec cela. Il y avait quelques chansons où nous avons commencé avec peut-être juste un son sur une boucle. Nous étions assis dans une pièce et nous avons construit le reste ensemble. New Air a été réalisée ainsi.
Nous avons moins joué et laissé plus d’espace aux chansons.

Vous êtes de Liverpool. Cela veut dire quelque chose pour vous ?

Andrew P M Hunt : C’est une petite ville où vous pouvez vraiment connaître les gens. Pour le pire et le meilleur. Il y a une forte tradition psychédélique à Liverpool et je pense que nous nous situons dans celle-ci avec un désir d’évasion par le son. Kepla fait un peu d’électro en ce moment sur Liverpool. Il fait partie du réseau Deep Hedonia qui organise de nombreux événements. C’est vraiment intéressant.

Qui a produit Slowness ?

Andrew P M Hunt : Notre batteur David et moi même. C’est Tom Morris, qui avait déjà travaillé avec nous pour le premier album, qui a fait le mix.
Au-delà du fait de jouer dans Outfit, David et moi avons développé une façon très personnelle de parler de la musique : d’un côté c’est très technique, de l’autre c’est plus du bavardage psychédélique. Il a fallu un certain temps, mais nous nous comprenons très bien maintenant et je pense que vous pouvez entendre cette vision partagée dans les enregistrements. Cela sonne bien, mais pas TROP bien !

Tout le monde s’entend bien dans le groupe ?

Andrew P M Hunt : Il n’y a pas de groupe dans lequel les gens ne s’entendent pas.

Lucy Hardcastle a réalisé le clip de New Air et la pochette de Slowness. Comment l’avez vous rencontrée ?

Andrew P M Hunt : Hari, mon ami qui est le manager d’Outfit m’a présenté son travail et j’ai tout de suite adoré. Elle a une esthétique très contemporaine, mais ses images ne sont ni trop froides ni trop cliniques.
Il y a aussi une ambiguïté et une intimité liées aux images qui collent à la vie. Nous avons beaucoup de chance de travailler avec elle.

Wind or Vertigo est ma chanson préférée de votre disque. Quelle est son histoire ?

Andrew P M Hunt : J’adore cette chanson.
Son titre m’a été inspiré par le titre d’un chapitre de Si par une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino. Chaque chapitre est le début d’un nouveau livre que vous ne recevez jamais à la fin, je pense que la piste ressemble à un aperçu de quelque chose de beau qui est presque hors de vue. Notre bassiste Chris est un joueur très talentueux et donc je pense qu’il serait tout à fait drôle d’écrire un solo de basse pour lui pour l’album. C’est très cool d’avoir un solo de basse sur un album, et c’est très cool d’avoir une réverbération océanique à la basse. Ce morceau est du pur bonheur. Comme vous pouvez le voir, on se fout des conventions.

Outfit – New Air

Swam Out est une magnifique fin. C’est vraiment un très grand morceau de pop. Qui est responsable de ce petit chef d’oeuvre ?

Andrew P M Hunt : C’est une chanson qui se compose en deux parties.
J’ai écrit la première partie sur un piano en plein milieu de la nuit après avoir été réveillé par un rêve étrange. La fin a été écrite par Tom, elle provient d’un morceau qu’il a joué pendant des années lors de nos balances. Quelques accords et quelques heures de répétition et la voilà. Après un texte plutôt morne et pensif dans la première moitié, on a une impression de rédemption quand ça s’accélère à la fin, une véritable catharsis.

TOP 10

1) Le meilleur album de 2014 ?

Thomas Gorton : C’est To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar. Tous les autres artistes cherchent plutôt une production minimale en ce moment, et Kendrick envoie un truc qui sonne comme un album de G-funk/Parliament avec un message fort autour de l’identité noire américaine qui court dans ses veines. Un chef d’œuvre.

2) L’album que tu attends le plus cette année ?

Thomas Gorton : Pour moi Konnichiwa de Skepta. Snakes and Ladders de Wiley est probablement mon disque préféré de 2014. Je connais bien le grime, non pas que je sois un expert, mais il y a quelque chose d’indéniable dans la trajectoire que suivent les gens comme Skepta actuellement. Il travaille avec Kanye et ASAP Mob, c’est bien pour lui. Et puis Shutdown est un disque exceptionnel.

3) Le producteur de tes rêves ?

Thomas Gorton : Je ne sais pas si je rêve d’enregistrer un disque avec quelqu’un mais être dans la même pièce que Brian Eno serait un rêve qui deviendrait réalité. Ce mec a tellement fait dans l’expérimental. Je n’en reviens toujours pas. Je vais donc dire Eno.

4) La meilleure salle pour faire un concert ?

Thomas Gorton : Le Kazimier à Liverpool. C’est la meilleure salle de Liverpool et on s’y sent comme à la maison. Je ne dis pas que c’est la meilleure salle pour des raisons sentimentales. C’est juste que c’est un endroit magnifique. Grâce aux balcons, tout le monde peut voir la scène.

5) La meilleure salle pour voir un concert ?

Thomas Gorton : Pour l’instant j’aime beaucoup The Waiting Room à Stoke Newington. Nous y avons joué l’année dernière et c’était cool. J’y suis retourné pour différentes soirées et c’était formidable. Ce soir je vais à une ghetto-tech, ça va être un truc de malade.

6) Ton plaisir coupable en musique ?

Thomas Gorton : Il n’y a pas de honte à avoir en musique. Tu aimes ou tu n’aimes pas.
J’ai envie de te répondre Placebo. Même si je préfèrerais manger des clous plutôt que d’aller au restaurant avec Brian Molko.

7) Liverpool FC ou Everton FC

Thomas Gorton : Aucun des deux. Je suis un supporter de Manchester United. Mon père m’emmenait au stade quand j’étais gosse et il m’a contaminé. Je suis le seul à m’intéresser au football dans le groupe. Chris un peu. Mais moi dès que je peux y jouer, je fonce…

8) Blur ou Oasis

Thomas Gorton : Blur. Mais ils vieillissent mal.

9) Ton artiste français préféré ?

Thomas Gorton : Melody’s Echo Chamber. Cette année, I Follow You ne m’a pas quitté. Certes je l’ai découvert un peu tard mais il ne me quitte plus. C’est un disque que ma copine aime aussi. Disons qu’elle est beaucoup plus à cran quand j’écoute des émissions de sitar sur le câble.

10) Le refrain ultime ?

Thomas Gorton : Whole Of The Moon des Waterboys. Le nombre de fois où j’ai hurlé ce refrain à 4 heures du matin… « Too high, too far, too soon » pourrait être mon épitaphe.

The Waterboys – The Whole of the Moon (live @ the Isle of Wight Festival 2014)

Outfit - Slowness
Outfit – Slowness
Tracklist : Outfit - Slowness
  1. New air
  2. Slowness
  3. Smart thing
  4. Boy
  5. Happy birthday
  6. Wind or vertigo
  7. Genderless
  8. Framed
  9. On the water; on the way
  10. Cold light home
    Swam out

Slowness sera publié le 15 juin 2015 (Memphis Industries).

Pouet? Tsoin. Évidemment.

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