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La tête à d’Anvers

Joseph d'Anvers - Les Matins Blancs

Joseph d’Anvers a sorti en février dernier son quatrième album, Les matins blancs, SK* l’avait rencontré dans les frimas de l’hiver dans son fief du 20ème arrondissement.

Il nous avait donné rendez-vous au café La Laverie, une antre fréquentée entre autres par les poteaux Albin de la Simone, Babx, Jeanne Cherhal, JP Nataf et donc depuis 3 ans par l’ex nivernais Joseph d’Anvers. Dès son entrée dans l’arrière salle de l’ancien lavomatique, on est séduit et mis en confiance par un sourire radieux et des yeux lapis lazuli. La voix cajoleuse de Rosemary Standley reprenant Enjoy the silence de Depeche Mode se diffuse langoureusement dans la salle et c’est parti pour une discussion quasi entre amis d’une heure et demi.

Commençons par la genèse de l’album. Tu as fait trois disques et pourtant c’est toujours difficile de faire des disques, tu as pourtant écrit pour des grands noms, Alain Bashung par exemple et tu as changé de label…

C’est un choix, une période où il n’y a plus vraiment de modèle idéal, avant le rêve d’un ado c’était de signer en artiste sur un label, ce que j’ai fait et puis voilà on se dit que l’on est pris en charge, que l’on ne pense qu’aux chansons, grosso modo ce que j’ai fait sur mon premier album en 2006 où cela se passait encore comme cela, ce qui est de moins en moins le cas, car même dans une maison de disques, on est amené à faire beaucoup plus de choses. Et puis j’ai eu avant quelques expériences d’autoproduction avec des groupes de rock dans lesquels j’ai joué, je savais donc que c’était possible. Et puis il y a plein de gens en ce moment qui ont fait cela comme Fauve qui mettent cela en avant même si eux c’est aussi autre chose, un premier album avec du buzz, moi c’est mon quatrième, donc cela ne peut fonctionner pareil et même eux cela sera dur par la suite. Avec les collègues du quartier on discute beaucoup de tout cela même s’il n’y a plus de modèle idéal. Et je me suis dit que la meilleure manière de faire, comme mon album était prêt et que la maison de disques retardait la sortie toujours avec une bonne raison, d’un commun accord avec ma manageuse j’ai tout récupéré. Avec les amis musiciens, on a tous un petit réseau et ce qui manque c’est le nerf de la guerre, l’argent, du coup on s’est dit que l’on pouvait s’arranger entre nous. Et revenir à un truc qui peut être était la base de la musique, en faire avec les moyens du bord. Pas besoin d’aller à New York ou ailleurs. Alors pourquoi ne pas faire simple, j’avais fait trois albums chez Atmosphériques, j’étais allé à Rio enregistrer, ne fallait-il pas tuer le personnage Joseph d’Anvers, 3 albums, un un peu métissé à la Beastie Boys, un un peu plus underground, noir comme Rouge Fer

Joseph interpelle la patronne du bistrot pour un verre, elle raconte son accident de trancheuse à pain qui a martyrisé son doigt… compliquant la troisième position de cette violoniste de ce chaleureux café comptoir. Joseph commande un thé à la menthe, pendant que l’on tourne à la pinte de blonde avant d’enchaîner sur du vin rouge.

Moins d’argent mais plus de temps, donc j’ai beaucoup réfléchi sur la direction, donc un nouveau départ, ii m’est arrivé plein de trucs personnels assez noirs, rupture du tendon d’Achille, la rupture avec Atmosphériques, des décès dans ma famille, et donc je me suis dit que de toute cette période de merde, il allait forcément jaillir quelque chose de beau, donc une nouvelle vie.

Je pensais que c’était quasi volontaire, entre le premier et le deuxième, 2 ans, entre le deuxième et le troisième 3 ans… et la quatre ans…

Je suis parti du label en très bon terme, et il y a Dominique A, Lescop, Christophe Miossec (j’ignore s’ils ont eu vent de mon départ du label) qui m’ont proposé de faire une chanson ensemble. Ce qui m’a interpellé ce sont les mots de Dominique A, j’étais un peu comme un gamin, il me dit, on fait une chanson ensemble, le mec que j’écoutais adolescent. C’est génial et en même temps cela fait un peu peur.

La jeune fille au doigt coupé revient en chantant…

C’est amusant car en venant te rencontrer, je me disais qu’il y a des gens qui impressionnent en interview du fait de leur carrière. Christophe (Miossec) en fait partie, je me souviens de ses débuts, des concerts houleux, de Dominique aussi. Bien sûr des gens infiniment sympathiques mais où l’on se sent tout petit. Alors quand je regarde ta « carrière », enfin tout ce que tu as fait, écrire pour Bashung, travailler avec Dominique et Christophe, les papes de la chanson française, écrire un roman, ce n’est pas tout le monde, même Dominique A se refuse à écrire un roman… Chloé (Robi) disait tout à l’heure que ce n’était pas grave si dans la rue une personne sur 50 connaissait Joseph D’Anvers ou Robi, mais tout de même pourquoi même si la notoriété ce n’est pas important, pourquoi on n’arrive pas à faire connaître au plus grand nombre votre talent.

J’ai un début de réponse, qui est finalement dans ce disque, qui est plus accessible, plus ouvert, j’ai eu une ligne directrice. Le premier, c’était 3 ans d’écriture sans savoir que cela allait devenir un album, c’est Jean Louis Pierrot mais qui me laisse un peu faire, mais qui est là en garde-fou, c’est un album que je revendique parce que c’est mon premier, mais qui est assez sage, on aurait pu aller plus loin, et ensuite j’ai voulu brouiller les pistes. Je ne suis pas un chanteur qui met des chemises blanches et qui a la mèche, et qui va arriver avec un bouquin de Rimbaud, j’avais un truc à prouver, que je venais du rock… je m’en rends compte maintenant, ce n’était pas conscient. Donc chacun des albums que j’ai faits, les Jours Sauvages et Rouge Fer, je pense que je me suis laissé porter par ce qui se passait sur le moment, telle guitare un peu électrique, ouah super, et là je me suis dit que je ne voulais pas céder aux trucs du moment, mon guitariste, François Poggio me propose des sons, un peu à la Kills, il sait que j’adore ça, mais ce n’est pas cet album. Et ça c’est très symptomatique, j’avais une vision précise de ce que je voulais faire, et je n’ai jamais passé autant de temps sur l’écriture des chansons en elles-mêmes. Les autres, quand j’avais 20 / 25 chansons, tac, je me disais on peut aller en studio. Là, j’en ai jetée plein, il y en a que j’ai repris, j’avais le temps du fait de la rupture avec Atmosphériques qui m’a pris presque 6 mois, de me focaliser sur une écriture plus simple, plus immédiate et qui pourtant n’a jamais été autant travaillée.

Mais pourtant 14 titres, c’est rare dans le paysage musical, à part Murat et son double album récent… Tu dis que tu en avais plus de cinquante…

La question s’est posée parce que je voulais un album court puisque les gens n’écoutent plus les albums. Mais ensuite quand tu arrives au moment de la sélection, je ne voulais pas renouveler la même erreur que pour les précédents, et que j’ai pourtant faite, il y a des titres dont je ne peux pas me séparer, d’autres en balance… Et à ce moment là de l’album, on avait besoin de titres un peu légers avec des cordes qui respiraient et je me suis dit ça s’articule bien, même si c’est un album de 50 minutes.

Joseph d’Anvers – Surexposé

A l’écoute du disque certes il y a une unité des 14 titres, mais il y a quand-même des chansons qui font des ruptures. Mais les cinq premières chansons jusqu’à mon ange, il y a vraiment une unité très forte. J’ai l’impression que par rapport aux autres disque tu as travaillé ta voix, et il y ‘a des mélodies qui restent vraiment, un réel sens mélodique…

J’aime mon album précédent Rouge Fer mais il est trop dense, en fait c’est exactement ça, j’ai vraiment mis l’accent sur les mélodies. Au niveau de la voix, oui, il y a eu une évolution. Il y a eu trois tournées dont une grosse tournée solo avec Miossec alors quand tu es tout seul devant 2500 personnes guitare /voix ; à un moment donné faut envoyer… Alors j’y allais. Et ça fonctionnait !

Il y avait un truc psychologique qu’il fallait que je dépasse. Avec les trois albums précédents, à chaque fois je me suis refusé à trop chanter ! Alors que dans mes groupes de rock d’avant, je chantais vraiment. Et là je me suis dit voilà, pour tout résumer, j’étais en train d’écrire, et je me suis dit mais est-ce que ce n’est pas trop ? Et puis…Trop quoi ? Je me mettais une pseudo censure sur les mélodies… Et tout ce temps de gestation que j’ai eu, immobile, à cause du tendon d’Achille rompu, tout ce temps, je l’ai utilisé à réfléchir. Parce que tu ne peux pas bouger et donc finalement tout cela fait que quand tu reprends ta guitare, tu as changé, t’es plus le même mec ! J’assume plus ! Et je me suis dit qu’il était il temps d’assumer, je ne suis plus obligé de prouver que je fais du rock’n’roll, j’assume que je fais de la chanson ! Produire cet album, le réaliser moi-même…C’est vraiment le point de départ de quelque chose de nouveau.

Le premier titre qui est sorti c’est Petite, avec beaucoup de cordes, alors pourquoi avoir choisi ce titre pour débuter l’album, pourquoi ces cordes ?

Petite n’est pas vraiment un single, le single qui est sorti c’est Surexposé, mais on voulait le mettre en radio et du coup on voulait faire de Petite un single zéro. Un morceau qui ne sera pas vraiment un single, mais qui fait le lien avec les albums d’avant.
Pour les cordes, à un moment donné mon vieux partenaire depuis le premier album et violoncelliste de Bashung, Jeff, a été partant et on y est allé. Et début janvier on entrait en studio.

Est-ce que tu as aussi des obsessions, des thématiques qui reviennent dans tes albums ?

Sûrement oui, mais tu vois, là je me suis dit, je ne vais surtout pas réfléchir à une thématique, je me suis laisser porter, je ne voulais pas d’album concept, je ne suis pas bon à ça. Sur les albums d’avant j’essayais souvent de détourner le propos. L’écriture sur Rouge fer est plus absconse, plus poétique. Là je me suis dit, je vais essayer de trouver des tournures de phrases plus simples mais pas dénuées ni de sens ni de beauté.

C’est pour ça que le titre de l’album a été compliqué à trouver parce que je ne voulais pas qu’il y ait de thème. Quand j’ai écouté les 14 titres dans l’ordre, je me suis rendu compte que malgré tout il y avait quand-même des choses qui revenait tout le temps, et en même temps on dit toujours le rock’n’roll ou les chansons c’est les femmes, l’amour, la mort. Moi j’essaie d’en sortir, d’écrire sur autre chose. Evidemment sans me comparer, je reviens à aimer des Nick Cave ou même Lou Reed.

C’est marrant sur le premier album, comme je joue en t -shirt noir on m’a dit souvent qu’il y avait un côté Lou Reed !
Moi je vois pas trop sauf peut-être avec le t-shirt noir. Et quand Daniel Darc est mort, Alain Bashung quelques années auparavant, Lou Reed dernièrement, je me suis dit, tous ces mecs viennent du rock mais ne font pas de rock, où alors dans ce qu’ils disent. Je disais à Philippe (Entressangle), voilà, j’aimerai toute proportion gardée, car je ne suis pas ces mecs là, je voudrais que ça tourne comme Nick Cave avec les Bad Seeds, ou Lou Reed avec Perfect Day. Si on met des cordes, on met des cordes, mais il faut qu’il y ait une unité dans le morceau, piano guitare, basse, batterie, voix.

Joseph D'anvers © Renaud Monfourny
Joseph D’anvers © Renaud Monfourny

Sur les trois titres écrits par d’autres, Dominique A, Lescop, et Miossec, je me suis dit je vais essayer de trouver qui a écrit quoi ! Et mis à part celle de Dominique A qui a vraiment une écriture particulière je n’ai pas forcément reconnu tout de suite Miossec et Lescop ! La nuit je t’aime quand-même, avec les histoires de citations de films est aussi un titre très sympa !

Oui, il y a quatre extraits de films, A bout de souffle de Godard, La maman et la putain avec Jean pierre Léaud d’Eustache, Mauvais sang avec le « tu crois qu’il existe l’amour qui va vite qui va vite et qui dure longtemps » et, un monde sans pitié avec Hippolyte Girardot et son « et merde c’est pas nous les bandits, putain, nous on est des nuls! » Alors tout ça ce sont des clins d’œil, et le but était un peu de brouiller les pistes…
Pour Marie, quand Lescop m’a envoyé son texte, je l’ai lu, je l’ai trouvé super mais sans doute dur à chanter car le texte de Mathieu était très ciselé. Et le jour ou Daniel Darc décède, on s’envoie des textos avec Mathieu, l’ayant bien connu tout les deux, en gros il y avait deux maîtres, Alain et Daniel, on m’avait même demandé au début de ma carrière, entre qui tu te verrais dans 10 ans dans les bacs à disques à la Fnac et sans que cela soit pompeux bien sûr j’avais répondu entre Bashung et Darc. ET huit ans plus tard, il n’y a plus de Fnac, plus de Bashung et plus de Daniel. Et comme j’avais eu beaucoup de décès dans ma famille, et je ne sais pas pourquoi, j’ai pris la guitare et le texte de Mathieu et avec quatre accords j’ai fait la chanson, d’ailleurs je me suis rendu compte après que c’était les mêmes qu’une chanson de Daniel, Je suis déjà parti. Et la manière de chanter est venue naturellement, j’ai envoyé un texto a Mathieu en lui disant écoute je crois que j’ai écris la chanson ce soir. Et du coup elle ne sonne pas comme du Lescop et pourtant je n’ai changé que deux phrases alors que Dominique A et Christophe Miossec m’ont envoyé des pavés où il a fallu que je retaille et c’était chouette de retravailler d’avoir de la matière aussi.

Parlons de la vie à présent, une chanson qui m’a tout de suite beaucoup touchée même si maintenant je suis contaminée par les autres !

Pour la petite histoire, la vie à présent c’est la seule que je n’ai pas écrite pour cet album ! C’est une chanson que je n’avais pas encore réussie à mettre en forme. (en même temps passe en fond sonore <pendant que les champs brûlent de Niagara, reprise en concert par Lescop). La vie à présent c’était le premier album. On avait fait un truc un peu bizarre, bancal. Un peu à la Tom Waits et puis ça n’allait pas. Comme elle est quand-même assez chantée, pour le premier album je n’osais pas ! Et à un moment donné j’ai trouvé qu’il manquait une chanson guitare / voix et ça m’ennuyait que Petite soit guitare / voix par exemple. Alors je cherche dans mes Moleskine qui sont remplis de textes, et je retombe sur le texte de la vie à présent, je relis et je réalise que ce texte assez simple et court me parle plus aujourd’hui qu’avant. Et j’ai réessayé avec ma « nouvelle » voix en baissant un peu la tonalité. Et très vite on a essayé des trucs, mais j’ai voulu que cela reste simple. On a même essayé des crépitements mais cela faisait un peu trop et donc on a fait cette « chanson de plage ». Mon ingénieur son m’a dit c’est une chanson de plage. Le gimmick était au piano. Mais il me fait remarquer que sur une plage, on n’a pas de piano… Je me suis senti con mais j’ai réalisé qu’il avait raison. Et François Poggio me dit, et si je fais une petite guitare comme sur le premier album d’Oasis avec Married With Children, une guitare sans tonalité. Pour moi c’était ça. On est au coin du feu, et la nuit tombe, les bières ont coulée, les joints ont tourné, et on chante ce truc qui est un peu triste finalement mais en même temps qui a cette mélodie enlevée. Et ensuite on repart sur Sally qui a une plus grosse prod, tout cela est un puzzle mais comme j’étais seul maître a bord…

Est-ce que le fait d’avoir eu trois chansons écrites par d’autres même si ce sont tes chansons ne fait pas beaucoup pour un seul album ? Tu n’as pas peur que ces chansons deviennent les singles ?

Non, j’ai tellement écrit pour d’autres, je suis presque assimilés à un mec qui écrit pour d’autres. Et à un moment donné je me suis dit moi aussi je veux bien qu’on écrive pour moi, chanter d’autres mots même si c’était un peu dur au début car on peu être déçu par un texte de quelqu’un que l’on apprécie. Et puis je ne suis pas une major pour leur filer du blé pour écrire ! Et puis quand les textes sont arrivés, j’ai adoré ! Sauf Dominique car je me suis rendu compte que mes chansons sont souvent sur l’amour déçu alors je lui ai demandé un truc plus sexe, comme La Peau et il m’envoie Tremble, en me disant qu’il est désolé que c’est encore une histoire d’amour et de déception.

La nuit je t’aime quand-même la chanson écrite par Miossec est sublime.

Oui c’est ça qui est super aussi c’est de chanter des mots que je n’aurais pas écrits. Fissure pour Dominqiue A, et là pour cette chanson ; « je suis lourd de mes conneries », ce n’est pas une tournure de phrase que j’aurais pu écrire. « Je t’aime parce car tu n’es plus dans les orties », je n’aurais jamais pu écrire ça ! J’ai d’ailleurs beaucoup retravaillé cette chanson. Et pour la petite histoire, celle là on a vachement tourné autour, on a voulu faire un truc à la Baxter Dury, très rythmée, un peu électro, sec et pop et on n’y arrivait pas. Et finalement le dernier jour on a fait la nuit je t’aime quand-même, regarde les hommes tomber et la vie à présent, je les ai chantées en même temps que les gars jouaient, je n’ai pas fait la guitare, je me suis concentré sur le chant et il y a plus d’émotion, même des petites imperfections.

Joseph d’Anvers – Petite

Qui fait la voix féminine sur le disque ?

C’est Marie Herbaut que m’a fait découvrir mon ingénieur du son. Et la personne qui parle c’est ma douce et tendre qui a aussi fait la photo de la pochette.

Joseph je te trouve super lumineux, enjoué malgré l’enjeu du nouveau disque, alors dans tant de blancheur où se cache la noirceur, comme dirait Franck Loriou qui a fait ta pochette ?!

Dans les chansons, ce que je voulais c’est aller vers plus de légèreté. Et du coup j’ai essayé de tout mener malgré le fait que lorsque tu fais un album dans une maison de disques tu te heurtes à beaucoup de choses. Quand tu arrives au bout d’un chemin où tu t’es heurté souvent, tu as mal. Là, c’est différent, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Je ne me suis pas heurté. Si je me heurtais et bien j’évitais. Si quelqu’un ne voulait pas bosser avec moi et bien tant pis, bon cela ne m’est pas arrivé. Et puis la vie est tellement dure, et ce que j’ai vécu pour écrire ça était tellement compliqué et pénible que maintenant j’avais envie de ce titre d’album a plusieurs lectures. J’aimais ce côté blanc. Les matins blancs, une espèce de légèreté et puis la consonance. Soit c’est un matin après une nuit blanche, soit c’est un matin qui lave de tout, une nuit d’amour éphémère, le jour qui se lève, c’est léger. C’est sans doute la première fois que je suis autant raccord avec ce que je propose.

Qu’attends-tu alors de cet album ?

Ma tranquillité vient du fait que je n’attends plus rien ! Quand tu es en maison de disques, on te fixe des objectifs. Quand tout va bien tu es la huitième merveille du monde et le lendemain tu es la pire des merdes. Au tout début quand je suis arrivé dans le milieu, en fait je bossais dans le cinéma, je ne connaissais rien à la musique. Mon premier album, je faisais du rock mais c’était underground, je tournais en J5 avec le groupe, on dormait dans le camion. j’étais étranger à tout ce milieu. J’ai appris et il faut du temps pour apprendre. Tu me demandais tout à l’heure si j’avais des obsessions. Le temps me fait peur ! Cela en est une, comme pour beaucoup de gens. Je suis un boulimique, j’ai plein de projets dont un autre roman. Je pense qu’il m’a fallu trois albums pour apprendre et je me rends compte que ce temps que j’ai toujours vu comme un ennemi peut être en fait un ami. Soit je me dis ce putain de temps me fais chier, soit je me dis comment rendre tout ça positif. Alors qu’est ce que j’attends ? J’ai décidé de ne plus rien attendre. Je suis débarrassé de cette espèce de pression. J’ai l’impression que les choses arrivent de manière naturelle. Mais bien sûr j’ai l’envie que cet album marche, de faire pas mal de dates. Alors oui j’ai envie que ces chansons vivent. Et puis cela devient compliqué car on est en 2015 et les gens ne veulent plus d’album. On en parlait il y a peu, aujourd’hui il n’y aurait pas Thriller de Mickael Jackson car c’est plus de deux ans de studio. Et puis de l’autre côté je ne veux pas jouer à cette course à la hype, faire du rock quand c’est la mode, à faire de l’électro, quand ça marche. J’écris des chansons pour des gens mais je ne cherche pas ça, la matière première ce sont des chansons que j’ai envie d’écrire mais bien sûr une fois qu’elles existent, j’ai envie d’en parler. Après je ne suis pas cynique comme Gainsbourg qui disait j’ai retourné ma veste quand j’ai vu que la doublure était en vison. J’écris aussi pour de jeunes artistes, je veux fonctionner dorénavant par le bouche à oreille, j’ai monté mon spectacle de lecture musicale, <Dead Boys, un truc hybride, une forme affranchie de tout, ce n’est pas de la chanson, de la lecture, du théâtre. Une forme d’une heure dix où le public ne sait pas s’il doit applaudir entre les morceaux, ce qui montre le conditionnement au sacro-saint rappel par exemple. Sans vouloir tout révolutionner, peut être qu’il faut passer par autre chose. Ok on fait de la promo, mais quand on me compare à Daho ou Bashung, je réponds de suite que je ne suis pas ces mecs là que l’on verra éventuellement dans 30 ans si je suis encore là. Je suis un petit artisan au sens noble du terme, je façonne mes chansons, ce sont de pièces uniques et je dis à la fin de chaque concert, parlez-en autour de vous et c’est ce qui me permet sans promo, sans vidéo de me faire programmer par les salles.

Tu envisages aussi une BD ?

Oui, j’ai reçu via facebook un message de quelqu’un qui me propose d’adapter certaines de mes chansons en bande dessinée, il me dit qu’il aimerait savoir ce qui se passe avant et après. On a trouvé une jeune dessinatrice espagnole qui est la fille de Ruben Pellejero, un maître de la BD espagnole qui reprend Corto Maltese. On essaye de créer un bel objet, encore une fois hybride, mélange de BD, de nouvelles, de chansons, la première c’est Tremble, on voudrait aussi créer un objet sonore, on pense aussi à un spectacle mêlant chansons et dessins.

Qu’est ce que tu écoutes en ce moment, qui aimerais-tu faire découvrir ?

Je n’ai pas trop le temps mais là il y a un jeune groupe qui s’appelle Format radio. C’est deux ex mecs de la nouvelle star qui ont décidé de monter un projet à deux. Je co-écrits d’ailleurs certains des textes, donc c’est un projet qui est un peu long car ils écrivent avec frénésie et de mon côté j’essaie d’amener un peu de méthode. J’ai découvert aussi une nana qui bosse au studio de l’ermitage avec son groupe qui s’appelle Kast. Vraiment bien !

Joseph d'Anvers - Les matins blancs

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