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Concerts (live reports)

Elvis Perkins, un prince à la Marquise

Elvis Perkins a pris à l’abordage la péniche la Marquise sise sur les berges du Rhône jeudi dernier sur le coup des 22h30.

Lyon s’est transformée en terre promise pour cet artiste solaire qui tourne désormais avec son backing band Dearland, composé de hippies multi-instrumentistes comme Brigham Brough à la basse, la contrebasse, au saxophone, Wyndham Boylan-Garnett à l’orgue, l’harmonium, au trombone, à la guitare, et Nick Kinsey à la batterie et à la clarinette.

Lyon était pressée (!) de voir Elvis pour la première fois dans la capitale des Gaules et les 200 privilégiés ont vraiment pris leur pied dans un concert oscillant entre la douce mélancolie des titres d’Ash Wednesday et les titres rieurs, colorés et cuivrés de Dearland, pays fantasmé aux personnages tantôt graves, tantôt mutins qui flânent en ombre chinoise dans chacune des chansons.

Discographie

Elvis, sosie de John Lennon période Bed In ne s’endort pas sur les lauriers critiques qui lui ont été tressés à la sortie de son premier opus. Il va de l’avant avec des titres contenant toujours plus d’instruments, de sonorités à la fois bucoliques et féeriques. Avec son chapeau à plume et sa guitare à la table délicatement ouvragée, il est comme le joueur de flute de Hamelin, il nous invite à le suivre dans sa fête foraine personnelle et musicale où les émotions dévalent les montagnes russes. Le coeur se serre sur la simplissime et lumineuse While you were sleeping, s’embrase sur la somptueuse version épurée d’All the night without love dont les premiers accords ont fait frissonner le public dans la chaleur de l’été indien lyonnais ou se pelotonne dans les complaintes bouleversantes que sont Moon Woman II et Hours Last Stand.

Mais Elvis est aussi le roi des titres qui vous donnent envie de faire tanguer le frêle navire qui accueillait ce soir là ce joyeux bateleur et ses marins d’eau douce. Et le second album du funambule américain offre de jolis joyaux joyeux comme la procession vaudou sur I’ll Be Arriving et sa guitare grinçante, sa pluie métallique, son trombone démoniaque comme une nuit de sabbat sous la pleine lune, Send My Fond Regards to Lonelyville et son marching band façon New Orleans, Doomsday et sa grosse caisse au rythme endiablé où Elvis dos à dos avec son batteur Nick dansent et hurlent à tue tête, I Heard Your Voice in Dresden et ses choeurs à la Beachs Boys. Vient le désormais classique Shampoo qui transpire l’odeur du bayou, les voix s’emmêlent avec l’harmonica à la Ennio Moriconne, La Marquise chancèle et chavire…  Sweep up, little sweeper boy.

Enfin, Perkins et ses saltimbanques nous gratifient d’inédits présents sur le EP Doosmday dont un furieux rock and roll boogie (Stop drop rock and roll) qui fait tituber la péniche, un effrayant et séduisant Stay zombie stay et deux traditionnels, Gypsy Davy et un Weeping Mary en apesanteur avec une histoire de marins, de femmes et de port.

La boucle est bouclée, Perkins fraichement débarqué à Lyon remercie chaleureusement l’accueil du public auquel il ne s’attendait pas pour une première fois ; mais comment ne pas adhérer à cette musique populaire au sens noble du terme et au plaisir communicatif sur scène que ces histrions dégagent.

Elvis avait un nom et un prénom célèbres grâce à un père psychopathe et fan du King, désormais, il faudra compter sur EPID et son folk rock farceur et forain.
Elvis Perkins in Dearland – Chains, Chains, Chains

Elvis Perkins In Dearland en concert le 28 septembre à L’Alhambra Paris,  w /Dawn Landes & Mina Tindle.

Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...
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