Thousand assurait la première partie des Apartments lors de leur passage au Kalif (Rouen). Assurer une première partie de Peter Milton Walsh, c’est comme ouvrir pour les Guns N’ Roses ou Oasis… Le public est venu voir son Graal et n’a que faire de ce qui se passe avant ou après. Par chance, le public de Drift est un poil plus civilisé que celui qui vénère un disque comme Appetite for Destruction.
Et au delà de l’exploit d’avoir réussi à caser le leader des Apartments aux cotés de Noel Gallagher et d’Axl Rose dans une seule et même phrase, il faut saluer la prestation de ce garçon. Le concert de Thousand permis à Rouen de guincher sur une pop faussement joyeuse.


Si Thousand a mille visages comme le montre son disque, il a aussi eu neuf vies (notamment aux États-Unis). Sorte de couteau suisse artistique, il vient de publier un nouveau clip qu’il a lui même réalisé. Nous avons eu la chance de le croiser lors de son passage normand !

Tu as réalisé toi même ton dernier clip, la pochette de ton album… Tu ressens le besoin de tout contrôler ?

Thousand : Oui, malgré moi. J’élabore mes morceaux entiers, j’enregistre tous les instruments sur les maquettes, c’est la seule façon de procéder que je connaisse.
En studio, j’ai réussi à déléguer en un sens, avec des musiciens exceptionnels : Olivier Marguerit (O, My Girlfriend Is Better Than Yours, Syd Matters…) a fait les basses et Raphaël Séguinier la batterie.
Avec Emma, qui chante sur le disque et en live, on élabore les parties de voix ensemble. Olivier et elle sont les deux personnes avec qui je joue depuis le plus longtemps et je me sens à l’aise de leur laisser plus de liberté parce qu’ils ont vraiment compris le son du projet. Il y a un vrai rapport de complicité. On arrive à créer des accidents, c’est chouette et surtout rare.
Pour le clip de To Dance In A Circle Of Fire, j’ai failli travailler avec une amie réalisatrice. Mais au fur et à mesure, j’ai élaboré mon clip dans la tête. Je me suis senti de plus en plus poussé à réaliser ces images tout seul … Le résultat aurait été tout autre avec elle mais je suis content du processus, ça m’a appris beaucoup de choses.
Tout ce projet, Thousand, c’est mon moyen d’expression artistique au sens large. A coté, j’ai un métier alimentaire, donc je ne vise pas la réussite commerciale et professionnelle dans ce domaine.
C’est ma manière de m’exprimer. Les gens qui m’entourent (notamment le label) structurent tout ce projet et m’aident beaucoup à le faire continuer et avancer, ce qui est l’essentiel.

Thousand – To Dance in a Circle of Fire

Tiens comme tu en parles… J’avais envie de te demander comment tu as rencontré l’équipe de Talitres ?

Thousand : Oh la rencontre s’est faite sur le long terme. J’ai fait des premières parties pour des groupes signés sur Talitres. On a fait connaissance et il a écouté le 4 titres que j’avais sorti à l’époque (en distribution chez Fargo).
J’ai bien aimé son attitude, très honnête et sans détours. Ensuite l’album est venu.. Avec Frédéric Lo, nous avons regardé les propositions des différents labels.
La proposition de Sean collait parfaitement avec le projet. Il proposait des conditions et un cadre cohérents avec le processus de conception du disque, et avec ma vision. Ça s’est fait très naturellement, et ça se poursuit comme ça.

Tu es vraiment libre ?

Thousand : J’ai une liberté totale mais je ne fais pas n’importe quoi pour autant. Mais on est toujours contraint par notre environnement, qui nous influence malgré nous.
Je m’impose aussi des contraintes parce que j’ai des envies de direction, et de continuer à développer ce que j’ai commencé. Je me laisse guider par une image que je me fais du résultat final.

D’où ta méthode de travail…

Thousand : Oui j’établis une trame générale que je remplis de détails.
Je me laisse toujours plus de liberté dans les détails, là j’aime bien créer des erreurs ou improviser.
J’utilise cette méthode pour le dessin comme pour la musique.

Tu as été surpris du retour presse de Thousand ? Tu as été élu disque du mois dans Magic et les critiques ont été excellentes.

Thousand : Oui tout à fait. J’ai complétement halluciné.
C’était super chouette d’autant plus que je m’étais beaucoup investi dans les morceaux, avec les gens qui ont participé au disque on a vraiment travaillé beaucoup et dur. Je ne voulais pas prendre de raccourcis, laisser passer des choses dont je doutais. Aussi bien dans la musique que dans les paroles.
Le retour presse anglais m’ont beaucoup touché. Uncut nous a fait un chouette papier. Idem pour la BBC.
Les anglais ont compris le coté sarcastique et sombre de mes paroles. Le tout sur une musique dansante. Je tenais à l’ambivalence entre des propos très noirs sur une musique assez entraînante. Parler de mort, de folie… tout en dansant.

Tu as réécouté Thousand ?

Thousand : Pas trop.
Mais le travail réalisé avec Frédéric sur les structures et Yann sur le son et le mixage est super.
Je voulais quelque chose de très travaillé, avec beaucoup de reliefs et de détails. Où on peut découvrir des choses à la réécoute. Exactement comme la pochette, que j’ai dessinée à la même période que l’enregistrement.
C’était une époque de ma vie assez foisonnante.
Et nous n’avons rien bradé. C’est un travail sincère et on a toujours gardé le même cap.

Quels sont tes projets futurs ?

Thousand : J’ai des nouveaux morceaux. J’ai pris une direction radicalement différente. Ça viendra quand ça viendra.

Thousand - Thousand

TOP 10

1) Le meilleur disque de 2015 ?

Thousand : Le dernier Sufjan Stevens. J’ai tout d’abord bloqué sur les paroles. Avant je n’écoutais pas Sufjan Stevens, je connaissais très mal. Avec ce disque j’ai été vraiment impressionné. Il dit des choses très fortes de manière très candide. C’est très léger et à la fois très radical.
Je l’ai vu au Grand Rex. La claque.

2) Le disque que tu attends le plus ?

Thousand : Le prochain Silver Jews. Il parait qu’on les a aperçus en studio.

3) La meilleure salle pour faire un concert ?

Thousand : Le Trianon peut être.. Non La Gaîté Lyrique ? Hum non. Des plus petits lieux comme Le Citron à Lyon, Le Dock à Grenoble ou Le Pop In à Paris. Quoiqu’on en dise… chaque concert qu’on a fait là-bas s’est super bien passé, avec des ambiances super. Le système son n’est pas énorme, mais ça permet justement de jouer avec ton vrai son de groupe. Et c’est un lieu habité avec une vraie âme, qu’il a réussi à garder depuis toutes ces années.

4) La meilleure salle pour voir un concert ?

Thousand : Un endroit insolite, naturel. Comme une forêt, une carrière ou une grotte.

5) Ton disque préféré de Ministry ?

Thousand : The Land of Rape and Honey, ça groove à mort tout en restant très agressif.

6) Le créateur de mode qui aurait du chanter ?

Thousand : Aucune idée. Je n’y connais rien.

7) L’acteur qui aurait du chanter ?

Thousand : Martin Sheen dans Badlands. Mais du coup c’est peut-être Springsteen dans Nebraska.

8) Le métier de l’industrie musicale que tu ne comprends pas ?

Thousand : Directeur Artistique sur une major.

9) Ta B.O.F préférée ?

Thousand : Vu récemment, To Live And Die In L.A. de Wang Chung. Sinon Risky Business de Tangerine Dream.

10) Ton disque honteux ?

Thousand : Le mini CDR que j’avais fait pour un label grenoblois, Univers International sous le nom Iron Finger 1000. Ma première production rendue publique. Je devais avoir 19/20 ans. C’est un peu n’importe quoi je crois.

Thousand sera en concert les :

  • 26/09 à Toulouse (Le Metronum)
  • 23/10 à Arlon en Belgique (L’entrepôt)
  • 24/10 à Bruxelles (Beursschouwburg) avec Motorama
  • 26/10 à Paris (Café de la Danse) dans le cadre du MaMA 2015
  • 29/10 à St Avé (L’Echonova)
  • 30/10 à Angers (Un Brin Folk)