Morrissey + Doll & the Kicks @ Zénith, Paris


Morrissey est une figure emblématique du rock anglais. Ex-chanteur et auteur des Smiths, il commence une carrière solo quand le groupe se sépare, après quatre albums, aux suites de désaccords avec le guitariste Johnny Marr en 1987. Après une quinzaine d’albums solo (en comptant les best-of et les live), Morrissey vient de sortir un album compilation des B-sides des trois derniers albums studio : You Are the Quarry, Ringleader of the Tormentors et Years of Refusal. Swords est sorti le 26 octobre dernier accompagné en série limitée d’un CD live enregistré à Varsovie l’été dernier. Doll & the Kicks assuraient la première partie.

Doll & the Kicks

Doll & the kicks c’est une fille, Doll, entourée de trois garcons, son groupe, un trio classique avec Matt à la guitare, Olivier à la basse et Chris à la batterie. Classique ? Pas vraiment. Doll a tout d’une Gwen Stefani: la voix et l’attitude du temps de No Doubt avec la garde robe de sa dernière ligne LAMB. C’est un peu ce qu’on attend de la reformation de No Doubt sauf qu’ici, Doll assure le rôle des quatre Harajuku girls à elle toute seule. Un petit côté rock-ska-punk tout en gardant le style léger et pop-accessible, une batterie au rythme soutenu, quelques effets de voix biens placés, une prestance sur scène : les britanniques de Doll & the Kicks nous offrent un show haut en couleur pour tenter de chauffer un petit Zénith à moitié vide.

Morrissey


Pendant l’entracte, une sélection de clips est projetée sur grand écran, avec en vrac les Shocking Blues avec “Mighty Joe”, Alan Price Set avec “Simon Smith And The Amazing Dancing Bear”, une interview de Lou Reed où il prouve son arrogance, Joe Dolan avec “You’re such a good looking woman”, les New York Dolls avec “Looking for a Kiss” … jusqu’à ce que les lumières s’éteignent enfin.

Morrissey démarre fort avec une reprise des Smiths, “This Charming Man”, puis on entre dans le vif du sujet, le guitariste s’avance pour l’intro de “Black Cloud”. On reconnaît ensuite “When I last spoke to Carol” sur laquelle les guitares se font acoustiques et le solo prend des airs d’Andalousie. Mais la salle se lâche surtout sur les titres des Smiths comme sur “Is it really so strange ».

Morrissey a une voix de crooner, un déhanché de dandy et joue avec le fil de son micro comme d’un lasso. Il se penche dangereusement au dessus de la fosse pour toucher les mains désespérément tendues du premier rang, il leur passe même le micro pour qu’ils s’expriment. On sent néanmoins le poids des années, les 50 ans du compteur pesant sur le jeu de scène, et l’embonpoint du confort des rock stars – lui conférant un profil plus proche d’Aznavour que d’Iggy Pop.

Après “Cemetry Gate” des Smiths, il enchaîne sur un “One Day Goodbye Will Be Farewell” des plus rock. Sur scène, les musiciens se lâchent, on ne compte pas moins de quatre guitaristes sur scène, dont un bassiste et un multi-instrumentiste – clavier et accordéon entre autres – et au milieu, sous les feux des projecteurs, trône le batteur, perdu dans une marée de toms et de crashs. Les musiciens sont de vrais professionnels, mais parfois le côté pro enlève à la spontanéité nécessaire à un bon concert.

Pour “The Loop”, la basse se transforme en contrebasse que le musicien fait swinguer avec une aisance peu commune au gabarit de l’instrument. Après “Death At One’s Elbow” des Smiths encore, il déchaîne la foule sur “Irish Blood, English Heart”. Les musiciens montent une fois de plus sur le devant de la scène donnant l’impression de quatre étalons chevauchant la cavalcade de la batterie.

A la fin de “The World Is Full Of Crashing Bores”, Morrissey nous fait une frayeur: il tombe à terre. Il faut garder en tête que sa tournée a été chaotique : il avait quitté la scène après deux titres lors de son concert à Liverpool, le 7 novembre dernier, après s’est pris une bière en plein visage ; alors que, quelques jours à peine auparavant, il avait fait un malaise sur scène lors de son concert à Swindon le 25 octobre. Mais il se relève aussitôt, la salle est soulagée.

Après “How Soon Is Now?” des Smiths, sur laquelle le batteur sonne le gong, Morrissey finit sur “I’m ok by myself” où il part en solo vocal. Il réapparaîtra en chemise fushia pour le rappel, faisant fit des moqueries du public. Nous n’auront droit qu’à une chanson de plus : “Something Is Squeezing My Skull”, à la fin de laquelle il enlèvera sa chemise pour se montrer torse nu avant de courir en backstage, laissant aux musiciens le soin de finir le concert.

Setlist : This Charming Man [The Smiths] / Black Cloud / When I last spoke to Carol / Is it really so strange [The Smiths] / I’m Throwing My Arms Around Paris / Ganglord / Cemetry Gates [The Smiths] / One Day Goodbye Will Be Farewell / The Loop / Teenage Dad On His Estate / Death At One’s Elbow [The Smiths] / Irish Blood, English Heart / The World Is Full Of Crashing Bores / Why don’t you find out by yourself / Ask [The Smiths] / Don’t make fun of daddy’s voice / How Soon Is Now? [The Smiths] / I’m OK By Myself
Rappel: Something Is Squeezing My Skull

Date : 12 novembre 2009

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