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Concerts (live reports)

Blind Boys of Alabama + Preservation Hall Jazz Band @ salle Pleyel

The Blind Boys of Alabama

Les Blind Boys of Alabama c’est à la base cinq jeunes garçons qui se sont rencontrés en 1937 à l’institut pour sourds et aveugles de Talladega en Alabama. Plus de soixante-dix années plus tard, les Blind Boys of Alabama ne sont plus que quatre, mais ont pas loin de trente albums à leur actif, ont été récompensés par cinq Grammy Awards et ont joué avec certains des plus grands tels que Bonnie Raitt, Ben Harper ou Lou Reed. Le Preservation Hall Jazz Band de la Nouvelle Orléans tourne avec eux depuis plus d’un an et demi maintenant. Le concert à la Salle Pleyel marquait le point final de leur tournée européenne.

Le Preservation Hall Jazz Band est le nom donné aux groupes de Jazz issus du prestigieux Preservation Hall à la Nouvelle Orléans. Sur scène, on compte sept des treize musiciens que compte le groupe à l’origine et ils mettent l’ambiance en quelques mesures à peine. Les cuivres me font vite vibrer, mes épaules bougent avec le tuba qui souligne la rythmique de la contrebasse. Quand le batteur part en solo, tous les musiciens se rassemblent autour de lui et on réalise rapidement que c’est un tout autre niveau que le rock.

Fondu au noir, roulement de tambour, le son de la trompette s’élève, elle a ce son nasillard de la sourdine apposée ; la clarinette ponctue la fin des phrases en envolée : c’est “Saint James Infirmary Blues”. Chaque cuivre chante à son tour, puis le contrebassiste laisse son instrument au tuba pour nous interpréter un titre de sa voix profonde et soul. La salle est déjà conquise quand Ben Moore, des Blind Boys of Alabama, vient pour chanter en guest sur une de leurs chansons avec son guitariste Joey Williams.

Ils font ensuite se lever la salle pour former une « second line ». Le principe est plus simple qu’il n’y paraît : les musiciens descendent dans l’orchestre et remontent l’allée en procession, le public les suit en tapant dans ses mains. Ils finissent en faisant monter tous ceux qui les ont suivis sur scène et jouent “Oh when the Saints”. Le solo de contrebasse, esquissant quelques notes de la Marseillaise au passage, vient à point pour parfaire le tableau. Un concert extrêmement émouvant.

Après le Preservation Hall Jazz Band, je me disais qu’il serait difficile de faire mieux que ce je venais de voir. Je n’étais pas préparée à ce qui m’attendait. Présentés comme la consécration du Gospel, les Blind Boys of Alabama arrivent sur scène, guidés par les seuls membres non-aveugles du groupe : Joey Williams à la guitare, Ben Odom à la basse et Rickie Monie à l’orgue – qui assurait le piano dans le Preservation Hall Jazz Band.

Jimmy Carter nous dresse tout de suite le tableau : ils n’aiment pas jouer devant une salle conservative, il nous faudra être bruyant nous annonce-t-il, la salle lui répond en clameur. La guitare débute et on reconnaît immédiatement “Up above my head” originellement en duo avec Randy Travis. La guitare me transporte et les chœurs, assurés par le guitariste et le bassiste, chantant « I believe » sont presque transcendants.

Le Preservation Hall Jazz Band vient interpréter quelques chansons, le batteur remplaçant Erick McKinnie. Ben Moore danse sans arrêt sur “Uncloudy day”, alors qu’on ressent la puissance de la voix de Billy Bowers sur “I will fly away” – j’en ai les larmes aux yeux. Et comme si c’était pas assez, ils enchaînent avec une chanson qui leur a fait gagner un grammy, en duo avec Ben Harper : “There will be a light” sur laquelle la voix de Ben Moore se fait pénétrante. Avec tous ces frissons, je vais attraper la crève.

Les Blind Boys surenchérissent avec “Amazing Grace”, qui même si elle figure au rang des classiques, ne prend pas une ride, mais au contraire prend tout son sens sur cette phrase : « I was blind but now I see ». Jimmy Carter sautille sur place d’entendre la foule réagir aussi chaleureusement, il effectue même un pirouette. Puis, sur “Look where he brought me from”, qui nous ramène aux origines du gospel religieux, son garde du corps le prend par la main pour lui faire traverser les allées de l’orchestre, pour ressentir la foule. Les deux balcons sont déjà debout, la salle se lève sur son passage.

Le plus dur est de le ramener sur scène, Jimmy continue de chanter, pendant que Billy et Ben lui répondent, il fait chanter la salle, mais ne veut pas remonter sur scène, il essaie de s’échapper pour rester plus longtemps au milieu du public. Sur scène, Billy cache son micro pour pouvoir continuer de chanter, c’est une rébellion en l’honneur de la musique. Ils saluent mais la salle les rappelle immédiatement sur scène.

Ils reviennent alors avec le Preservation Hall Jazz Band pour interpréter “Down by the riverside”, sur laquelle le saxophoniste s’invite au chant. Pour ceux qui s’étaient rassis, c’est en pure perte, nous revoilà debout en l’espace de quelques mesures. Après avoir salué la salle, un immense sourire sur le visage, la salle se rallume sur une image forte : le batteur, Erick McKinnie, aidé par le garde du corps pour donner ses baguettes à la foule.

Ce concert était un grand moment à vivre absolument !

Sur cette vidéo : Down by the riverside interprétée par les Blind Boys of Alabama avec le Preservation Hall Jazz Band – six minutes de bonheur dans ce monde en crise

http://vids.myspace.com/index.cfm?fuseaction=vids.individual&videoid=52957203

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4 réponses sur « Blind Boys of Alabama + Preservation Hall Jazz Band @ salle Pleyel »

Merci pour ces détails sur le concert ! Le programme de la première partie pour compléter ;) :
Bourbon Street
Short Dressed Gal
Les Oignons
St James Infirmary (slow no bass)
St James Infirmary (fast)
Sweet Substitute
Sister Kate
Gloryland (with the Blind Boys of Alabama)
El Manicero (second line)
Oh When the Saints

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