Bavardages avec Alb

SK* a rencontré le chouette duo Alb composé de Clément et Raphael à l'occasion de la sortie de Deux, leur nouvel album le 29 septembre et de leur date à la Cigale le 19 octobre prochain. Clément s'est essayé aux questions, Raph au "Top 10", et on en apprend beaucoup sur ce groupe intrigant !

Alb, ça a commencé comment, et ça en est où aujourd’hui ?

Alb, ça a commencé seul dans une cave, en 2003, avec des instruments chinés en brocante que j’apprenais à maîtriser en même temps que j’apprenais a les enregistrer. Après plusieurs expérimentations de groupe, aujourd’hui on est deux, formule ultime, toujours dans une cave, toujours occupés à expérimenter dans des domaines que l’on ne maîtrise pas. On va juste beaucoup plus loin, c’est le champ des possible qui a évolué, mais le fond n’a pas trop changé. L’expérimentation en studio, porter plusieurs casquettes…ce sont les caractéristiques immuables du projet.

Discographie

Quelles sont vos influences principales ?

La musique au sens large du terme. C’est la question la plus difficile ! Je n’ai pas vraiment de chapelle dans laquelle je cherche à m’insérer, ni une famille musicale dans laquelle je me reconnais particulièrement. je peux être influencé par un son, un mood, un film, la production d’un album, un morceau entendu dans un magasin ; ça se mélange dans ma tête pendant la nuit et parfois, il en sort une chanson. J’aime faire des chansons, raconter des histoires. L’enrobage prend ensuite la forme du contenu, avec peu d’interdits dans la direction artistique, encore moins depuis qu’on est deux.

Comment définiriez-vous ce nouvel album, le thème, l’univers, et comment s’est passé le processus créatif ?

Il s’est écoulé à peine plus d’un an entre la fin de la précédente tournée, et le mixage final de l’album. Je n’avais quasiment rien composé entre l’album précédent et les dernières dates, et si on voulait éviter de disparaitre des radars pendant 5 ans, il fallait s’y mettre tout de suite. Le processus créatif a donc été à l’opposé de ma façon de travailler jusqu’alors. J’ai toujours pris mon temps avec l’écriture, les arrangements, laissé reposer les morceaux en attendant de leur trouver leur forme définitive, pour cet album ça a été tout l’inverse. Il fallait prendre des décisions rapidement, savoir s’arrêter quand le morceau était terminé. L’omniprésence de Raphaël durant l’enregistrement et la production a été déterminante. On est vraiment complémentaires, il a un esprit de synthèse alors que j’ai tendance à m’éparpiller, ou me focaliser sur des détails qui ont peu d’importance a part pour moi. je me suis concentré sur le processus, et lui sur le résultat qui, sans être moins arrangé qu’auparavant, l’a été de manière plus spontanée, instinctive.

Alb – Scar Cycles

De la même manière, les thèmes abordés ont été guidés par l’impulsion du moment ou par l’actualité, toujours de mon point de vue. La croissance exponentielle de l’intelligence artificielle pour Endless Together, les attentats de Paris et le climat qui en résulte dans The Less I Know, mon éternelle attraction-répulsion avec les substances illicites pour I Keep On Running » ou les rapports de couple musclés synthétisés en match de boxe dans IDIDUDID. Toutes les paroles de cet album ont été co-écrites avec Mickaël Giffts qui officie dans Tristesse Contemporaine et Camp Claude, et qui avait déjà corrigé les textes du précédent album. A l’instar de Raphaël pour la musique, il a mis les mains dans le cambouis dès mes premiers brouillons/idées, et on a procédé à un vrai échange pendant toute l’année, c’était très productif.

Enfin, Stéphane-ALF-Briat, qui avait déjà mixé le précédent album est passé régulièrement au studio pour distiller des conseils et avis, pas toujours tendres, mais toujours dans le sens de la musique, et en vue de faciliter la transition des morceaux de notre studio vers le sien.

C’est peut-être une question qu’on vous a déjà posée, mais ce dernier single, The Less I Know (The Better), est-ce une référence au titre phare du dernier album de Tame Impala, ou absolument pas ?

Absolument pas ! J’avais entendu ce morceau, mais je ne savais pas qu’il s’appelait comme ça, quelqu’un m’a fait la remarque très tard, une fois l’album terminé. Peut-être que si je l’avais su avant, je l’aurais appelé autrement. Mais uniquement pour parer à ce genre de questions, et faciliter les recherches google, parce que sinon dans l’absolu on s’en fout, The less I know the better est une expression consacrée (moins j’en sais mieux je me porte) et c’est le gimmick de la chanson. je pense que si on cherche bien il y a plus de deux chansons qui portent ce nom !

Alb – The Less I Know (The better)

Alb en live aujourd’hui ça donne quoi ? Avez-vous beaucoup fait évoluer votre live entre vos deux albums ?

Enormément. Le live a été intégralement repensé. On est toujours deux sur scène, et notre façon de concevoir la musique en live et de jouer avec les machines reste la même, mais on a changé tout le reste. On utilise pas d’ordinateur, uniquement un assemblage de technologies dédiées à la musique, une sorte de vaisseau spatial conçu pour faire du Alb. Un peu comme si pour chaque morceau, en appuyant sur une pédale comme on tournerait une page, on se retrouvait au milieu du studio avec toutes les machines et instruments tels qu’ils ont été réglés pour l’enregistrer, prêt à jouer. rien n’est figé, ça nous permet de faire évoluer les morceaux comme on l’entend sur le moment, de les faire durer, ou non. Le fait d’être face à face facilite la communication. Notre set live s’apparente plus à un live de musique électronique que de chansons pop.

Avec un travail fastidieux de programmation en amont, on peut s’affranchir sur scène de toutes les tâches inutiles a la musique, à savoir changer de son, ou faire des réglages chronophages avant chaque morceau, pour ne garder que le plaisir du jeu et de l’interprétation. C’est un live d’humains augmentés, en quelque sorte. On fonctionnait déjà sur le même principe sur la précédente tournée, mais on avait envie d’aller plus loin, au-delà de la musique, pouvoir embarquer notre univers global sous forme d’un spectacle, son et images.

Alb – IDIDUDID

Le vrai écueil selon nous quand tu commences à vouloir intégrer de la vidéo, c’est que d’une part, le simple fait d’avoir un mur de led derrière toi t’oblige à l’utiliser tout le temps, parce que quand il est éteint, tu te retrouves avec un mur tout noir très moche derrière toi, mais surtout, pour des histoires de synchronisation, c’est souvent la vidéo qui guide la musique, et non l’inverse. On assiste donc à des ciné-concerts, ou les musiciens suivent le tempo ordonné par la vidéo, sans possibilité d’évolution, de changement de set-list à la volée ou autre folie passagère.

Pour répondre à nos besoins, on a donc fait construire un écran sur mesure, transparent quand il est éteint pour pouvoir éclairer au travers, que l’on pilote intégralement nous-même, de la même manière que nos machines. Ainsi, on joue avec les images comme on joue avec la musique, et c’est l’écran qui s’adapte à notre rythme de jeu et non l’inverse. La video qui nous accompagne est constituée de programmes, parfois interactifs, parfois dictés par la musique en temps réel, de manière à rendre la prestation la plus singulière et personnelle possible chaque soir . C’était un beau casse-tête à concevoir, mais maintenant que c’est fait, on a plus qu’à s’amuser.

Alb © Wallendorf

Top 10

1) Le meilleur endroit pour faire un concert ?

Une salle de 100 personnes, ou un stade.

2) Le meilleur endroit pour voir un concert ?

Un stade où une salle de 100 personnes.

3) Quelque chose qui vous a inspirés récemment ?

La Retrospective Hockney à Beaubourg.

4) Une collaboration artistique qui vous ferait rêver ?

Arcade Fire & Kanye West.

5) Un artiste que tout le monde a écouté sauf vous ?

Luis Fonzi (Despacito).

6) Beatles ou Doors ?

Beatles.

7) Jaune ou bleu ?

Bleu roi

8) Une sortie que vous attendez particulièrement ?

Le prochain Timberlake.

9) Un truc à faire avant la fin de l’année ?

Gagner à l’euro million.

10) Un truc à ajouter ?

On joue à la cigale le 19 octobre, venez nombreux !

Alb - Deux

Batteuse et passionnée de musique depuis toujours, constamment à la recherche de nouvelles pépites. Un penchant particulier pour les sonorités rocks /indies /psychés et autre dreampop électronique et bizarroïde.

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