La double vie de Dominique

Dominique A © Dan Ramean© Dan Ramean
Guimauve 13/12/2017

On avait laissé Dominique A à Eléor, ville d’abandon de bord de mer. On le retrouvera doublement en 2018 avec deux disques, Toute latitude, électrique et électronique en groupe le 9 mars et La fragilité en octobre, davantage acoustique et en solo.

Une double rasade de Dominique A en 2018 ne peut que nous ravir. Il poursuit sa quête du beau avec deux disques aux inspirations et aspirations différentes qu’il décrit mieux que quiconque.

« A la question qui taraude les artistes installés : « Pourquoi faire un album de plus ? », une réponse possible : « Et pourquoi pas deux ? ».
Au-delà de la boutade, posons les choses en ces termes : après 10 albums, livrés avec régularité, et dont le dernier en date, Eleor (2015), fut très bien accueilli, l’envie d’une longue pause eût pu se faire sentir. Il n’en fût rien. Au contraire.

La raison ? L’insatisfaction, le sentiment, difficilement explicable, qu’« on n’y est pas », et qu’il faut s’y recoller pour tenter d’arriver « quelque part », à un endroit auquel on rêve, artistiquement parlant, d’accéder. Pour ce faire, il faut sentir qu’une direction se dessine. En ce qui me concerne, généralement, ça se produit en tournée ; à force de jouer le même répertoire avec un même son, la nécessité d’un autre son apparait. C’est le point de départ, l’idée sur laquelle l’écriture des chansons à venir va s’appuyer.

A l’issue de la belle et longue tournée d’un an autour d’Eléor, je me suis toutefois retrouvé à nourrir des envies de son et d’écriture contradictoires : certaines versions très rythmiques et répétitives de morceaux anciens me persuadaient de creuser dans cette direction, et l’ambiance très électrique des concerts que nous venions de donner me donnait par contrecoup le désir de chansons mélodiques et acoustiques.

Dans le même temps, l’idée de ne plus jouer avec un son rock dans les théâtres et centres culturels s’est imposée ; idée motivée par l’impression de plus en plus forte au fil des tournées qu’il y a une rencontre qui ne peut pas pleinement advenir entre un public assis et un groupe qui joue tendu, avec un volume sonore substantiel, induit par l’énergie.

Dominique A - Toute latitude

Quelles conclusions pouvais-je tirer de tout ça pour imaginer la suite ? Que faute de pouvoir trancher entre deux envies antagonistes, j’allais satisfaire l’une et l’autre au cours d’une période resserrée. Et que cela donnerait lieu à deux disques, l’un au printemps, l’autre à l’automne, et à deux tournées correspondantes : la première en groupe pour l’album électrique, Toute latitude, et l’autre en solo pour l’album à dominante acoustique, La fragilité. Une façon, finalement, de faire un sort à cette créature aux aguets, au nom terrible, la routine.

Il y a bien entendu une part de hasard qui intervient dans la conception d’un disque, indépendamment des intentions initiales. Pour Toute latitude, c’est l’achat imprévu d’une boite à rythme analogique, au son spécifique, qui a été déterminant : l’écriture des morceaux s’est articulée autour de rythmes élaborés sur cet instrument, dont le son colore finalement tout l’album.

Sur cette base, deux batteurs ont officié dans un studio breton (le Near Deaf Experience) pour étoffer et faire vivre les rythmiques : les inventifs Sacha Toorop, complice de longue date, et Etienne Bonhomme, longtemps collaborateur de Claire Diterzi. La couleur rythmique prédominante de l’album est issue de ce travail, auquel se sont adjoints deux autres fines lames, Jeff Hallam à la basse, et Thomas Poli, aux claviers et guitares, tous deux déjà présents sur l’album et la tournée de Vers les lueurs (2012). Derrière la console, le ping pong sonore s’est poursuivi avec le binôme Dominique Brusson / Géraldine Capart : depuis L’horizon (2006), j’ai la sensation avec eux d’un work in progress permanent, un dialogue musical longue durée où nous faisons en sorte de modifier à chaque fois la méthode de travail pour couper court à toute redite.

Suivant un mouvement de balancier habituel, chaque nouvel album est comme une réponse au précédent : à la douceur et la suavité revendiquées d’ Eléor, répond ainsi l’énergie et le côté up-tempo de Toute latitude, qui s’aventure sur des terrains plus électro et électriques, avec une production plus dense, davantage tournée vers les détails et les effets. Mais l’objectif est le même : proposer des chansons, si possibles marquantes et mélodiques. Avec des textes globalement plus explicites que par le passé, comme en attestent des titres comme Désert d’hiver , Lorsque nous vivions ensemble ou Se décentrer. D’autres morceaux, en mode parlé chanté, s’inscrivent dans une veine plus narrative, et privilégient une forme de tension allant crescendo, tels Les deux côtés d’une ombre et Corps de ferme à l’abandon. En fermeture de ban, le plus apaisé Reflet, emmené par une guitare acoustique, opère un lien avec l’album qui va suivre La fragilité.

Jusqu’alors, suivant les albums et les tournées, j’ai oscillé entre intimisme et maximalisme sonore, entre travaux solo et projets collectifs, les uns me renvoyant aux autres et se nourrissant mutuellement. Cette fois, par volonté de ne pas choisir, l’occasion m’a été donnée de jouer simultanément sur les deux tableaux. Comme si, enfin, les deux côtés d’une même pièce se rejoignaient.»

Dominique A sera en concert les 14 et 15 avril à la Philharmonie de Paris avec My Brightest Diamond en première partie le samedi pour une soirée baptisée « rive électrique » et le dimanche avec en ouverture de sa balade sur la « rive solitaire » Mermonte, Laura Cahen, Facteurs Chevaux et Lætitia Velma.

Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...

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