Les aventures sonores de Niki DeMiller

Niki DeMillerCrédit : G. Brigaudiot
Louis 19/11/2018

Niki DeMiller a tout plaqué pour revenir avec un EP et faire chavirer les filles et les cols-blancs de La Défense avec sa pop branchée sixties. Entretien avec un garçon qui a touché l’enfer mais vient de s’assurer une place au paradis avec ses morceaux.

Quel a été l’élément déclencheur qui a entraîné la naissance de cet EP ?

Niki Demiller : En 2015 je travaillais dans le tertiaire, le service. J’étais VRP. Je sillonnais l’île de France en Autolib pour tenter des ventes. J’avais mi ma carrière musicale de côté… j’ai fait un burn-out. J’ai tellement touché le fond dans ma vie privée et professionnelle que je me suis dit que je n’avais rien à perdre à essayer de faire un projet musical. C’est ce qui m’a permis d’écrire l’aventure. C’est une chanson qui parle des rêves d’évasion des cadres, et de la solitude. J’ai arrêté mon job et j’ai repris une formation grâce au Fongecif. C’est ça l’aventure.

Niki Demiller – L’Aventure

Tu reviens vraiment ? Tu avais publié un titre en 2017… Et tu étais actif en 2007/2008

J’ai sorti l’Aventure il y a presque deux ans, en 2017. C’était surtout pour sortir le clip car à ce moment j’ai eu l’occasion de tourner avec Alexis Barbosa, qui a réalisé ce western pour trader très graphique et visuel. C’était un échange de bons procédés, car je venais de signer la musique de son film Pacific Mermaid. Mais le disque et le répertoire n’était pas prêts à ce moment. J’avais besoin de travailler, d’affiner le son. Et puis je venais de reprendre les études. J’étudiais l’arrangement et l’orchestration avec Thibault Renard. Je sentais qu’il fallait que je prenne le temps des études. J’avais envie de mieux connaître la musique pour développer mes ambitions. 2007/2008 c’est loin… presque une autre vie. À l’époque j’étais le chanteur des Brats. J’ai eu un groupe de rock de mes 14 à 19 ans. C’est une belle expérience, très enrichissante, et en même temps un peu traumatisante. À l’époque je n’étais pas prêt à fournir un discourt artistique abouti. On avait beau répéter tous les jours, on ne se sentait jamais au niveau.

Comment s’est passé l’enregistrement de cet EP ? Avec qui as-tu travaillé ?

Grâce à la formation que j’ai suivi ces deux dernières années en arrangement, j’ai pu réaliser moi même mon disque. Dans ma chambre. Entre le piano et le lit. C’était chouette. Je recevais Baptiste Dosdat, mon guitariste et Remi Faure. On faisait des sessions d’enregistrement à la cool. Maintenant on peut faire de belles prises à domicile avec une carte son et un peu d’expérience…
Je voulais qu’il y ait une rencontre entre des timbres acoustiques, guitares, pianos, mais aussi cordes, et des timbres synthétiques. De l’analogique.. Des synthés à la Kraftwerk. Pour les cordes, et les Rhodes j’ai été aidé par un ingénieur du son, Steve Surmely. Il m’a beaucoup aidé pour les prises. Difficile de bien enregistrer des cordes. J’écris des partitions, mais je ne suis pas technicien.
C’est La Tebwa qui sort mon disque. Je suis très content de bosser avec eux.

Qui est Victorine qui chante avec toi sur Silicon Valley ? Et comment as-tu rencontré Romain Guerret (Aline) qui joue dans le clip ?

Victorine c’est Iggy Pop version manga. Elle est épatante. Je l’ai connue par le biais de Gaël Étienne qui joue de la basse dans mon groupe, qui est son arrangeur. Elle, comme moi, on aime bien monter aux rideaux et faire n’importe quoi sur scène, il a glissé l’idée d’un duo. Nous avons fait connaissance comme cela. On a coécrit Silicon Valley, que j’ai réalisé. Elle a amené plein d’idées, je voulais rester dans le thème du tertiaire. Elle a proposé que l’on parle d’un entretien d’embauche. Avec une nana à la ramasse, qui est dépassée par les révolutions technologiques.
Sur le plan réalisation, ce titre est né d’une recherche de timbre. J’avais envie de faire un arrangement pour une « petite voix ». Un timbre précis, un petit spectre. Un truc qui se place tout de suite dans le mix. La voix de Victorine permettait cela. Du coup je pouvais être assez libre sur l’habillage derrière. Mettre des cordes bien barrées, sur des arpégiateurs analogiques. Un peu façon groupe discoïde punk : Casino Music « Faites le Proton ».

Niki Demiller & Victorine – Silicon Valley

Concernant Romain Guerret, nous nous sommes plus ou moins rencontrés sur le tournage. Il est pote avec Victorine. Elle l’avait invité pour le tournage de Silicon Valley, on avait besoin de figurants pour jouer des cadres supérieurs, dans une chorégraphie ubuesque. (Heureux d’avoir placé le terme ubuesque au sein de cet entretien). Il a vachement assuré. Le mec est un acteur né. Il jouait ce vieux briscard, ce crocodile du commerce hyper bien. Il y avait pas mal de chanteurs de haute volée en fait sur le set, Kim Giani, Remi Foucard de Neonflake, Lise Meye… c’était impressionnant.

Et cette pochette.. Tu peux m’en dire plus ?

Elle a été réalisée par Virginie Teinturier. Nous avons fait un long travail de recherche avec elle, ça s’est étalé sur six mois d’échanges. Cette pochette est inspirée du courant constructiviste russe du début XXème. L’idée était de rechercher une représentation de l’absurdité de la fusion dans les boites entre l’homme, l’individu, et sa fonction. De la même façon que David Byrne des Talking Heads chantait « well, how did I get here ». Comment j’en suis arrivé là ? À avoir une tête plus grosse que mon corps. Que je néglige complètement. C’est sur les petits chefs. Les gens qui ont la grosse tête.

Comment définirais-tu ton EP en un seul mot ?

À L’aventure.

TOP 5

1) Ton morceau préféré d’Aline ?

Deux Hirondelles. Sans hésiter. Cette approche du thème de la parentalité avec beaucoup de classe et de poésie, sur fond de rock. C’est couillu.

2) Ton disque préféré de 2018 ?

Le disque perdu de John Coltrane avec des inédits : Both Directions at Once – The Lost Album.

3) Ta bande originale de film préférée ?

La Revanche du serpent à Plume de Polnareff.

4) Le chanteur mort avec qui tu aurais aimé boire un verre ?

Michel Delpech.

5) CD ou Vinyle ?

Vinyle. J’ai commencé à écouter de la musique avec des MP3. Et des CD gravés que l’on se passait à la cantine du lycée. Quand j’ai eu ma première platine vinyle à 22 ans, j’ai eut la sensation de redécouvrir la musique. ça respirait. ça vivait chez moi. C’était dingue. J’avais l’impression d’être avec les mecs en studio.

L’Aventure de Niki DeMiller sera publié le 29 novembre 2019 chez Tebwa.

Niki DeMiller - L'aventure

Tracklist : Niki DeMiller - L'Aventure
  1. Ça monte
  2. L'Aventure
  3. Cœur Défense
  4. Silicone Valley (feat. Victorine)

Pouet? Tsoin. Évidemment.

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