Alice in Chains, Black gives way blue

Alice in Chains, Black gives way blue - Chronique CD
Alice in Chains sort un disque en 2009. Bien. Mais un problème de taille surgit de suite et tient en quelques mots: la mort de Layne Staley. Inévitable.

Alice in Chains était une dyarchie : d’un coté Cantrell, guitariste assez inspiré mêlant héritage glam et hard rock, de l’autre Staley, chanteur toxique et charismatique. Continuer l’aventure en se passant de cette voix singulière a t-elle un sens?
Ce dernier n’a eu de cesse de plomber la carrière du groupe au cours des années 90 en forçant son compagnon à rester chez lui : Staley alternait entre cure de désintox’ et cure de désintox’. Malgré cela, le groupe a réussi à décrocher la timballe dans les charts U.S. à chaque sortie au cours des années 90.

Autre problème de taille pour Cantrell, qui avait accouché dans la douleur d’albums solos relativement médiocres ces dernières années: les deux dernières livraisons du groupe étaient et sont toujours tout simplement prodigieuses. Et notamment le fameux M.T.V. Unplugged. Staley était sorti de sa forêt de seringues pour une soirée au coin du feu monumentale. Chant du cygne, cette prestation avait montré toute la force des compositions du groupe, débarrassées pour une fois de la pluie habituelle de décibels. Sans compter sur le nouveau chanteur, qui ne fait guère l’affaire. Mais c’est un autre débat.

Bref, une sacrée prise de tête ce disque. Et ce disque, qu’en est il?

Pas con, Cantrell reprend la formule qui a fait le succès de son groupe dès le départ. Riffs poisseux et envoutants portés par la section rythmique malsaine (Kinney et ses cymbales sonnent comme au bon vieux temps), le compte pourrait y être. Cantrell et ses sbires paraissent drôlement essoufflés en si peu de temps. Refrain évident et pathétique sur Check my Brain, mélodie rapiécée et pénible sur le premier titre : évidemment il manque quelque chose. Il ne faut pas aller chercher bien loin. Qui a dit Staley ? Evidemment. Si ce dernier rentrait assez peu dans le processus d’écriture des musiques du groupe, Cantrell lui taillait un costume à chaque chanson. Chanson que seul Staley pouvait chanter.
Si le problème se pose tout au long des 11 chansons de l’album, Cantrell arrive à contourner le problème pendant quelques minutes.
Your Decision et ses premières notes nous replongent dans l’univers cradingue de Jar Of Flies. Premier intermède accoustique, Cantrell arrive à faire vibrer ses orphelins comme jamais. Et ce n’est qu’un début. Mais l’album rechute dans l’auto-parodie, la caricature ou la blague de mauvais goût (au choix) quand le groupe veut jouer les gros bras. Chaque morceau un peu bruyant singe AIC première mouture. A looking in view est une pâle imitation des morceaux dès débuts du groupe : ces riffs dégoulinants et cette batterie tout droit venue de l’au delà. Pour le moment, c’est Staley qui a cassé sa pipe. Et la machine tourne à vide.

Par contre le capitaine Cantrell assure et rassure quand il débranche les micros. Le dernier morceau du groupe lors de la prestation pour la grande lessiveuse M.T.V. était Killer is me, uniquement chanté par Cantrell. Prémonitoire. Cantrell fouille le fantôme de Staley avec ses riffs imposants et paraît ridicule. Par contre, une fois qu’il reprend les choses sous l’angle de ce titre vieux de 13 ans, il assure le chevelu. When the sun rose again est assez touchant et bien ficelé.

Mais il temps d’arriver au seul morceau qui justifie l’achat de cet album: Black Gives Way To Blue. Elton John au piano (!!!), Cantrell écrit peut être sa plus belle chanson depuis l’album éponyme. Directement visé, Staley. Et ce dernier, malgré son absence, n’a jamais été aussi présent sur cet album. Et c’est évidemment le meilleur morceau de Black gives way blue. CQFD.

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