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Concerts (live reports)

Club Folamour #3 au Point FMR : Casiokids + Good Shoes + Tresors

Casiokids
Casiokids

Avant de commencer, un recadrage est nécessaire. Je suis le ciré breton de l’électro : comprenez quasiment imperméable à ce style (l’électro, pas le ciré) trop largement répandu à mon goût. En effet, je ne fais aucune confiance aux machines dont je n’arrive pas à comprendre d’où provient le son. Pour moi rien ne vaut une batterie, une guitare, un violon, tout ce que vous voulez, mais un instrument franc. D’électronique à fourbe il n’y a qu’un pas, que certains franchissent allègrement.

Bon je pousse un peu j’avoue, mais tout ça pour dire que malgré ce manque de réceptivité totalement assumé, je reste quand même coi devant tout ce qu’on peut faire avec un bouton. Enfin, ça a ses limites tout de même !

Trésors

Premiers à essuyer les planches de cette soirée Folamour : les « petits » frenchies de Trésors. Premier constat : ces deux gars ne jouent pas sur scène mais bel et bien au milieu de la salle, audacieux! Du coup, le public est massé en cercles concentriques autour des deux garçons qui se font face. Le tout a un vague air de concert d’appartement, mais la pleine vue sur le processus créatif a potentiellement quelque chose de fascinant.

Niveau son par contre, c’est pas encore ça… beaucoup de larsens, des pauses interminables entre chaque chanson, deux synthés un peu criards, et un léger goût de déjà-vu, mais pas de panique, les deux barbus n’en sont qu’à leur 4e concert ! Ce qui a le mérite de les rendre véritablement touchants: ils s’encouragent avant chaque chanson, échangent quelques coups d’œils mal assurés, et ont toujours un peu l’air de bidouiller dans leur chambre, comme si on était assis sur le canapé d’en face.
La base est certes électronique mais le chant se fait plus mélancolique, presque rock, lorgnant sur un Placebo de marché noir. L’assistance est plus intriguée qu’envoûtée mais ce côté démo a son charme pour un début de soirée, un peu comme les premiers pas d’un bébé manchot.

Au final, peut être un peu trop « waouh il y a plein d’effets sur mon synthé, c’est dingue », mais faire un concert d’appartement au Point FMR, c’est quand même bien tenté!

Good Shoes

Virage à 180° pour les suivants : les Good Shoes, groupe de geek rock londonien.

C’est sûr, ces quatre là n’ont rien inventé mais ils savent rudement bien se servir des « vieilles ficelles » : une bonne ligne de basse bien solide, des riffs de guitare bien ciselés et des refrains scandés et accrocheurs. Un rock british efficace, ultra direct et assez urgent, clairement descendu de l’arbre post-Strokes.

Le tout est assez commun il faut bien le reconnaître mais n’a rien de désagréable, somme toute un rock basique mais très bien emmené et qui sait faire opiner les têtes.
Une écoute un peu plus attentive permet de déceler un côté brut plus qu’appréciable, un son sale, londonien des bas-fonds qui donne un crédit immédiat à ce groupe de geeks, bien plus authentique qu’Hot Chip.

Du coup la sauce prend vite, le mérite en revient surtout au très bon batteur, et à la réactivité du groupe, très à l’aise sur les changements de rythme vertigineux (jusqu’à 8 ou 9 par chanson !)

Le chanteur a, quant à lui, intégré le principe de base du chant rock: ne pas chanter faux mais juste à côté du ton, voire complètement détaché de toute logique de justesse, quitte à passer pour un Mike Skinner à guitare !

Casiokids

Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre avec ceux-là, mais alors j’en ai eu pour mon grade !

Ils sont cinq (batteur, bassiste, guitariste, synthétisiériste, claviériste), ils sont norvégiens, et ils sont complètement barrés (j’avais toujours rêvé de faire une présentation à la Nikos, c’est donc chose faite).

Je pourrais dédier des paragraphes entiers à mon idole de la soirée: le synthétisiériste. Grand homme que ce norvégien au cheveux de jais: équivalent capillaire nordique de Philippe Katerine, il est surtout impressionnant pour ses qualités de mime, le situant quelque part entre Mariah Carey et une chef de choeur d’église très enjouée. Véritable chorégraphe du groupe, c’est lui qui donne le LA (comme une célèbre banque), à grand renfort de mouvements de doigt, d’épaules mais il est surtout héritier d’une longue tradition de lockers new yorkais.
Le chanteur porte, lui, un sublime trench à carreaux ET rayures verticales et salue pour dire au revoir à chaque fin de chanson.
Côté voix, c’est à croire que tous les nordiques ont une voix de fausset (voir Sigur Ros, Kings of Convenience, Royksopp…), ce qui laisse à penser qu’une étude devrait être menée sur l’effet direct du froid sur les attributs masculins.

Mais et le son dans tout ça? Le son? une tuerie. Ces cinq gars ont réussi à me faire croire à une fusion réussie du rock et de l’électro tout simplement en prenant le meilleur des deux styles: la batterie (une vraie) assure la base rythmique, pendant que la basse (vraie aussi) assure la base mélodique; viennent alors se greffer des distorsions sonores et des claviers histoire de broyer le tout dans un feu de joie à l’allégresse aussi déroutante qu’entraînante.

Tour à tour naïve, mirwaisienne, ultra catchy ou tropical 80s, leur musique se renouvelle sans cesse, gardant un effet immédiat et communicatif.
Un peu comme la bande son d’un de ces jeux easy life typiquement japonais où l’on vous propose de faire voler un pétale le plus longtemps possible ou d’élever de gentils animaux, le tout sur des pop songs improbables comme on en croise que trop rarement.

Tranformer le Point FMR en dancefloor ? pari réussi ! Et moi, j’en ai même secoué mes cheveux.

Date : 27 janvier 2010
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5 réponses sur « Club Folamour #3 au Point FMR : Casiokids + Good Shoes + Tresors »

Wow, pourtant ils partaient largement perdants le Casiokids, et vu l’article je m’attendais au pire à la fin :) A priori moins chiant qu’Ok Go (on aurait faire notre propre article en fait)

ouaip vraiment j’ai été bluffé et surpris! je pensais que le clou de ma soirée serait good shoes, en bon rockeux, mais jme suis laissé prendre au jeu sans aucun effort et pour le coup j’ai passé un putain de bon moment! bon de là à choper le vinyl j’avoue ya un fossé qd même…;)

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