Interview de Dee Dee des Dum Dum Girls

Dee Dee des Dum Dum Girls © Alain G.

Le nom de Dum Dum Girls vient d’un mix entre l’album Dum-Dum des Vaselines, et la chanson Dum Dum Boys de Iggy Pop. Derrière ce projet, c’est Dee Dee qui avait lancé son projet solo dans sa chambre. Décrite en live comme impassible, j’ai rencontré ce bout de femme tout timide qui n’aime pas se mettre en avant. Le premier album, I Will Be, sort le 29 mars 2010.

Dum Dum Girls

Nous revenons tout d’abord sur les origines de cette aventure : « J’ai grandi avec l’idée que j’allais devenir écrivain, jusqu’à ce que j’apprenne à jouer de la guitare et que je me mette à écrire des chansons. C’était en deuxième année de fac, j’avais vingt ans, par là. J’avais toujours voulu être musicienne, j’avais toujours chanté, mais je savais pas comment m’y prendre pour intégrer un groupe. En attendant, j’écrivais dans un carnet, c’était quelque chose que je pouvais faire seule.
J’avais eu pas mal de difficultés à apprendre la guitare : j’avais essayé au lycée, et même plus tôt, mais à l’époque, si j’arrivais pas à faire un truc instantanément, je me sentais frustrée, j’avais l’impression d’être nulle, et donc j’arrêtais – c’est mon côté perfectionniste. Puis je me suis mise à apprendre avec les chansons de Bob Dylan et des Beatles, et c’était beaucoup plus simple. Avec les accords de base, je pouvais transposer mes paroles. J’ai enregistré l’EP, chez moi, pour moi sur mon ordi. »

Dum Dum Girls - I Will Be

Mon père trouve que mon album, c’est du bruit

Discographie

Quand j’ai écouté l’album I Will Be, ça sonnait comme un vieil album qu’on retrouve au grenier, que l’on doit dépoussiérer. « Ces influences sixties viennent de ma maman, c’est elle sur la pochette. Mes parents avaient presque quinze ans d’écart, donc ils ont connu des enfances très différentes. Il est né à la fin des années trente, il était ado dans les années cinquante. Sa collection c’est plutôt Frank Sinatra et Billie Holiday… il trouve que mon album c’est du bruit. Mais ma mère était ado dans les années soixante, donc bien entendu Jefferson Airplane, les Beatles, les Rolling Stones, tous ces trucs. Je me suis orienté vers les Shangri-Las, je suis un peu plus rock que mon père. »

Lors de notre tout premier concert, je n’ai pas joué de guitare parce que j’étais trop nerveuse

Comment s’est déroulé le passage de sa chambre à la scène ? « J’avais pas dans l’idée de monter un groupe quand j’ai commencé à enregistré, je voulais juste enregistrer des chansons que j’avais écrites. Et puis Mike Sniper (Blank Dogs) de Capture Tracks a sorti l’EP et il a organise une sorte de festival pour le 4 juillet. J’étais le premier artiste signé sur son label, donc c’était normal que je tente de monter un truc pour jouer. Mike a pris la basse, mon mari (Brandon Welchez de Crocodiles) à la guitare et Frankie Rose à la batterie – je jouais pas de guitare, j’étais trop nerveuse. »

Je me risque à demander si c’était le groupe Grand Ole Party, un projet avorté apparemment puisque qu’elle refuse d’en parler. « Non c’était les Dum Dum Girls, mais avant que je trouve mes musiciens – on se marrait bien mais c’est pas le son que je recherchais, sûrement parce qu’ils ont appris les morceaux dans la journée. Quand j’ai réuni les quatre filles et qu’on a eu notre première répèt’, j’était soulagée, parce qu’on pouvait enfin avoir des harmonies à trois voix quand on voulait. »

Elle parle de ses musiciennes comme lui faisant toutes une fleur, mais s’attarde un peu plus sur Frankie Rose : « J’adorais les Vivian Girls, mais elle avait déjà quitté le groupe quand je les avais vues en live. Elle jouait avec les Crystal Stilts quand je l’ai rencontrée. Mais elle a son propre groupe maintenant, Frankie and the Outs et c’est sa priorité : elle est sur le point de sortir un album. Elle me rend un super service et je l’adore. Elle est géniale et elle a beaucoup plus à offrir que les Dum Dum Girls. C’est une super batteuse mais aussi une super chanteuse et compositrice. » Quand aux invités sur l’album, aucune surprise, il s’agit de son mari Brandon Welchez (de Crocodiles), Nick Zinner (des Yeah Yeah Yeahs) et Andrew Miller qui contribue sur beaucoup de chansons, pourquoi ? « C’est parce que je suis pas très douée en guitare, c’est mon guitar hero! »

Interview des Dum Dum Girls
Dee Dee - Dum Dum Girls

J’aime cette énergie qui se dégage des groupes féminins

Pourquoi avoir décidé de ne choisir que des femmes pour composer le groupe ? « C’est en partie pour représenter quelque chose que je ne vois pas souvent, et aussi parce que j’aime cette énergie qui se dégage des groupe féminins. Il y a quelque chose complètement différent sur scène qu’un groupe de mecs – peut-être simplement parce que c’est moins commun, ou parce qu’il y a moins de chimie entre eux, j’en ai aucune idée. Mais j’avais envie de voir par moi-même. »
Cela dit, ça attire plus l’attention sur la formation que sur la musique. « C’est bizarre, surtout si on a le malheur de faire attention à notre apparence – tout ça parce qu’on porte des robes courtes. Pour moi, c’est juste notre style, ça n’a rien à voir avec la musique, mais ça fait partie de notre look et y’a rien de mal à ça – ça fait partie du rock’n’roll depuis sa conception. On doit gérer avec le côté sexiste qui vient avec le fait d’attirer l’attention en étant un groupe de nanas, mais en même temps, rien ne change vraiment si on n’attire pas l’attention dessus… »

Elle n’a donc pas peur d’une compétition féroce au sein d’un groupe composé entièrement de femmes ? « J’ai mûrement réfléchi cette décision, étudié chacune des personnalités, et on a chacune une vibration sereine et positive. Parce que quand on commence les tournées, la tension peut monter rapidement avec le stress, ou juste les déplacements constants, il faut vraiment avoir le sentiment qu’on peut compter sur chacun des membres pour garder la tête froide. »
Pourtant elle a écrit « Lines Her Eyes » qui traite de la compétition entre filles. « Je connais bien ça, même si je n’ai eu que quelques amies très proches. Je sais pas si c’est à cause des milieux dans lesquels j’évolue, mais je sais que toutes les femmes peuvent se référer à une situation similaire. Je pense pas que ce soit si courant, mais le sujet m’a frappée pour une chanson, je n’allais pas le rejeter, j’ai suivi le fil de ma pensée. »

j’essaie de traduire une émotion importante dans un condensé de deux minutes

Cela signifie que les chansons ne sont pas d’inspiration personnelle ? « Je peux me mettre dans un état d’esprit même sans l’avoir vécu par moi-même, mais d’habitude, il y a des points de départ qui facilitent le récit de la chanson. C’est la même énergie que tu ressens quand tu es ado, et que tout est intense et sérieux, et dramatique, comme si c’était la fin du monde. Même si les sujets abordés ne sont pas complètement adolescents, ça en donne l’impression parce que j’essaie de traduire une émotion importante dans un condensé de deux minutes. »

On parle d’un retour à la twee pop : « C’est de nouveau à la mode de se concentrer sur l’écriture de mélodies accrocheuses. Les artistes mainstream ont toujours été considérés comme de la musique pop. Je pense qu’il est de nouveau acceptable d’avoir comme mine d’or d’écrite des mélodies très catchy, un peu bubblegum – c’est comme si les groupes se remettaient à courir après les douces mélodies.
C’est quelque chose que j’ai toujours cherché à écrire, parce que j’ai grandi en écoutant des oldies et je me souviens de chaque chanson par cœur, tout simplement parce qu’elles sont contagieuses. Pour moi ce serait extraordinaire de réussir à ce que cinq ans après sa sortie, quelqu’un puisse chantonner une de mes chansons. Les chansons sont vraiment simples et les mélodies sont vraiment les seuls éléments que je trouve décents. En tous cas, j’essaye toujours d’écrire des chansons mémorables. »

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1 réponse sur « Interview de Dee Dee des Dum Dum Girls »

Oh purée comment il fait vintage ce peu-cli !!! Moi qui croyais à la lecture de l’interview, malgré les influences 50s/60s, que j’allais avoir du rêve en barre made in 2010… ;-)

Les commentaires sont fermés.

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