Inna de Yard of de Wild Cabaret

Good vibrations du collectif Inna De Yard pour la première, hier soir, de leurs deux dates au Cabaret Sauvage, dans le cadre du 20ème Festival d’été. Amateurs de Reggae Roots : à consommer sans modération !

A mesure que la météo se dégrade à l’extérieur, l’atmosphère s’échauffe sous le chapiteau villettois : les jamaïcains sont de retour à Paris après trois ans, et la salle se met vite au diapason tropical. Les légendes sont là, de chair et d’os fatigués certes, mais néanmoins inlassablement énergisés par le souffle de la musique et de la danse, qui les traverse, et brise bientôt la glace de la scène à la salle. Les titres de leur dernier album Family affair s’enchaînent, comme les chanteurs se relaient derrière le micro, faisant surgir autant d’univers, car la voix humaine est à la fois notre signature génétique et le vecteur de notre bibliothèque intérieure. Titres mythiques ou compo originales, voix originelles ou nouvelles recrues se succèdent : le crew Inna de Yard est un festival à lui tout seul, un melting pot sauce Kingston, étranger au star-system. Petit flash-back ? Feu le french label Makasound, crée l’aventure Inna de Yard, à la façon d’un Buena Vista social club du reggae jamaïcain dans les années 2000 (ils ont eux aussi leur film : Inna de Yard the soul of Jamaica, Peter Webber, 2019). Une décennie plus tard, le label-phénix, bien nommé Chapter Two permet à l’histoire de se poursuivre.

Retour au 4 juillet 2023 : Cedric Myton, ex-leader des Congos (trio roots des années 70, mondialement salué pour son album Heart of the Congos, produit par Lee Perry) n’a pas perdu son falsetto, ni son skanking malgré ses 75 ans. De plus en plus chaud, et toujours aussi rastafarien, il entonnera ses tubes, dont, en rappel, le fameux Row Fisherman, repris en chœur par une salle surchauffée (« Lots of hungry belly pickney they ashore ! »). Winston McAnuff, le plus connu par chez nous, puisque redécouvert par le label hexagonal précédemment cité, et relancé par les musiciens Camille Bazbaz et le groupe Java (de la rencontre avec lesquels sont nés les albums A Drop et Paris Rockin’) fait une entrée remarquée sur scène, avec sa casquette d’officier et sa gestuelle habitée, voix tout à la fois chaude et rauque. Keith and Tex, duo rocksteady, dont le leader possède un magnifique vibrato, et qui a rejoint le collectif sur le dernier album, nous chantent, entre autres, le mythique Stop that train (attention, titre de 67 !). Lui aussi nouveau sur le label, Steve Newlan, le jeunot de la bande, aux dreads paradoxalement les plus longues, les fait tournoyer mode communion rasta, avant de sauter dans la fosse pour joindre l’action aux paroles de son morceau Touch me. Enfin, Kiddus I , chanteur aussi célèbre pour son apparition dans le film culte Rockers (Ted Bafaloukos, 1978), que respecté en Jamaïque pour ne s’être jamais compromis, ni soumis aux studios en édulcorant des textes jugés trop politiques, s’avance pour chanter Fire Burn. Pour la petite histoire, Bunny Wailer aurait tout bonnement piqué la ligne de basse du morceau, dont l’enregistrement s’était perdu, pour son propre titre Armagideon.

Discographie

The Congos – Heart Of The Congos – 01 – Fisherman

Keith & Tex – Stop That Train

Groupe à géométie variable, les reggaemen n’ont pas ramené tout le monde à Paris : Ken Boothe n’est pas de la soirée, mais on donne quand même de la voix à ses tracks. Johnny Osbourne invité sur l’album n’est pas là non plus, mais on le retrouve en solo dans la programmation du même Festival d’été le 29 juillet. En revanche, le guitariste sans qui Inna de Yard n’existerait pas : Earl « Chinna » Smith, est bel et bien avec nous ce soir, ainsi que les pianistes, guitaristes, bassistes, percussionnistes, cuivres : Franklyn « Bubbler » Waul, Dwight Pinkney, Delroy « Worm » Neville, Alphonso Craig, Guillaume « Stepper » Briard, Everals Gayle, pardon si j’en oublie. Enfin, surgi des coulisses à l’occasion d’un des rappels, c’est Kush McAnuff, fils de Winston, qui vient jammer avec Cedric Myton.

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On est dans le plus simple appareil musical, le principe du collectif est de revenir à l’enregistrement presque artisanal et d’éviter l’artifice des studios. On retrouve aussi cette authenticité dans les corps-mêmes des vieux chanteurs, plutôt ascétiques, ainsi que dans leur scénographie, réduite à une disposition de chaises en arc de cercle. Ignorant leur célébrité, certains sont habillés sur scène comme on imagine qu’on pourrait les croiser dans la rue. Il y a un échange entre pairs, entre cultures et entre générations (à cet égard, la petite fille invitée à monter sur scène était un super symbole) : la musique et la danse circulent, tout autant que les valeurs de paix, d’amour et d’écologie du rastafarisme. Et qu’est-ce qu’on se réjouit de voir vieillir les artistes qu’on aime ! Ils nous prouvent que c’est dans les vieilles peaux qu’on fait les meilleurs tambours.

Après, on est reparti vers Babylone sous une pluie battante, mais le cœur meilleur.

Inna De Yard - Family Affair
Inna De Yard - Family Affair
  1. Humanity
  2. Tonight
  3. Baltimore
  4. Down the Street
  5. Truth & Rights
  6. Fire Burn
  7. Touch Me
  8. Africa
  9. Days Chasing Days
  10. Stop that Train
  11. Sun Is Setting in the Sea
  12. Come Away Jah Jah Children
  13. Groovy Situation

1 réponse sur « Inna de Yard of de Wild Cabaret »

Bravo pour ce chaleureux billet, en parfaite adéquation avec cette époustouflante soirée de liesse, qui nous a fait du bien au ventre et au coeur.

Les commentaires sont fermés.

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