Musilac a fêté ses 10 ans

Musilac a fêté ses 10 ans
Guimauve 19/07/2011
Eels @ Musilac 2011
Eels @ Musilac 2011

Musilac fêtait ses 10 ans avec pour parrain cette année, Luc Barruet, fondateur de l’association Solidarité Sida et du Solidays.

Musilac 2011 aurait pu être Musiflop ou Musiflaque avec une météo peu clémente à quelques heures de l’ouverture le jeudi 14 juillet du désormais plus gros festival généraliste Rhône alpin. Il n’en a rien été, quelques gouttes seulement de l’ouverture avec Agitate Lips au show final de Vitalic, soit 33 groupes programmés sur 3 jours et 82 000 spectateurs sur l’esplanade du lac du Bourget. Année donc anniversaire mais aussi année record, 90 000 litres de bières consommés soit plus d’un litre par personne en moyenne pour ce festival familial.

Alors côté scène que reste t-il de ce cru 2011 ? Un peu à la manière d’un volatile palmipède bien connu sortant le mercredi, petite revue d’effectif d’un festival patchwork où se mêlent les pointures et les petits pieds.

Les artistes qu’on pouvait ne pas voir

Que dire de Ben L’Oncle Soul si ce n’est que c’est l’overdose de l’année mais sans hallucinations, de Lilly Wood and The Prick qui ne sort guère du bois de la pop gentillette pour radio périphérique privée, de Nouvelle Vague dont les minauderies font splash avec leurs reprises molles de la cuisse sur cette immense scène en plein soleil, de Puggy, boysband des années 3000 et son leader sosie de Jared Leto à transformer les abricots en marmelade ou encore Kasabian, bonimenteur de stade préféré de Sharon Tate, spécialiste du lalala et du ouhouhouh, familier du hands up, sensation efficace de gueule de bois avec une cure de vodka frelatée.

Les artistes qu’on pouvait voir à la rigueur

On pouvait se laisser séduire par la pop expérimentale et éthérée de Morcheeba et le retour attendu au chant de Skye Edwards, par les gravures de mode Angus & Julia Stone en tournée barnum à bord de leur big jet plane, par le régime crétois de papy Santana à base de soli de sa guitare légendaire et dégoulinante, par l’immanquable Gaetan – je suis partout – Roussel et son gang échappé de la Mano Negra (Joseph Dahan & Daniel Jamet), par l’électro pop d’AaRon dont le sourire fait fondre toute les Lilly midinettes même en continuant à gesticuler désarticulé quand la sono saute, par le groove rap de Selah Sue dont la voix est comme une rasade de Jack Daniels qui finit par saouler par tant de ‘Joplinerie’, par le roc Bernard Lavilliers, couteau suisse de la chanson française, que l’on appelle quand il y a « une avalanche en Haute Savoie et un barrage qui vient de craquer » dixit les Fatals Picards, fidèle à Musilac, par la disco pop glam très gaie des bioman Scissor Sisters, ou encore par le capt’ain Mark et la fée Morgane de Cocoon et leur animalerie pop folk, « il n’y a pas que le rock » pour faire bouger les bras.

stage diving

Les artistes qu’on pouvait voir

Les bonnes surprises sont venues des vieux pots dans lesquels la soupe a mijoté depuis belle lurette. La plus toute « young team » des écossais de Mogwai a prouvé une fois de plus que « Hardcore will never die, but you will« , sous une pluie de larsen est un grand disque, les maraîchers masqués italiens de The Bloody Beetroots Death Crew 77 sont indubitablement une tuerie en fin de soirée, défouraillant leur New Noise, les Concrete Knives et leur électro pop dansante jubilatoire peut faire rebondir jusqu’en Californie avec un gros potentiel, le gang des non postiches Eels sait mettre le public français dans la poche de leurs redingotes en débutant par une Marseillaise cuivrée et en revisitant un catalogue de chansons pléthorique avec parfois un son crade mais jouissif en plein cagnard. Les vétérans de la scène belge, Deus proposent un rock teinté d’électro bruitiste, avant goût de leur prochain album Keep you close à paraître en septembre, ce n’est pas le groupe le plus sexy de la planète mais ça envoie du gros ! Mademoiselle K affirme que « dans les festivals, il y a un côté warrior que j’aime bien […], ce sont des moments où vous avez tout à prouver. » Et elle y arrive tel un coq dans une basse-cour avec sa crête rougeoyante, elle harangue, vitupère, tempête, ne laissant la place qu’à une petite balade pour ne pas perdre l’énergie.

Que dire de la reine de la nuit PJ Harvey, pythie à l’autoharpe en robe blanche immaculée, coiffe indienne à plume, Barbara du 21ème siècle, entourée du fidèle John Parish, de l’ancienne mauvaise graine Mick Harvey et du frenchie Jean Marc Butty qui officiait dans l’excellent groupe Venus : juste de la classe et de la sobriété, point de light show démesuré, de décor surchargé, juste la divine diva Polly Jean qui déchire le ciel d’aigus sur On battleship hill ou de riffs métalliques sur The Glorious Land avec sa Kalashnikov, non son opalescente Valco fifties.
Quelle grande petite dame malgré de temps en temps la voix qui se perd dans les basses du clavier. Let England Shake est à l’honneur mais elle n’oublie pas sur un set court de festival de régaler avec C’mon Billy, Down By the Water ou Meet Ze Monsta.

Autre belle surprise du festival, les rares et précurseurs The Chemical Brothers et leur cathédrale de lumière. Un show ultra puissant pour les oreilles, un spectacle visuel énorme, hypnotique, une transe sans extasy, répétitif et roboratif, aux messages subliminaux minimalistes, Don’t think ou Love il All. Les corps bougent tout seuls à l’image des personnages de synthèse sur l’écran, DJ Shadow était dans une sphère, les bro’ sont dans un tube vert émeraude et font une petite crise mystique avec des images de plans de cathédrales. Un déluge visuel et sonore que l’anomalie Philippe Katerine aura du mal à faire oublier avec son pseudo second degré, son escouade de danseurs façon frères Jacques et son humour cacaprout.

Autre rareté qui n’écume pas les festivals de l’été, Ben Harper, melting pot musical à lui tout seul, Barack Obama du rock, de la soul, du blues, du folk, du gospel… Un set très varié, des tubes (Diamonds On The Inside, Better Way, Both Sides Of The Gun), électriques, acoustiques, avec ou sans guitare lap-steel. Une humilité incroyable pour présenter quelques nouveaux titres à paraître sur Give Till It’s Gone à la rentrée comme cette sublime balade déclaration, Lovin’ you is my masterpiece. Alors c’est clair, ici c’est de la musique, pas de mains en l’air, de ‘je saute en rythme’, de ‘je mets ou coupe le son’, de putassier ‘vous êtes le meilleur public’ jusqu’au festival du lendemain. Un moment simple et intense de communion avec un grand artiste.

Pour finir, Caliméro, pardon Cali et ses chansonnettes d’amour d’ado boutonneux de 5eme B. L’histrion saute dans tous les sens, culbute la volaille montée complaisamment sur scène, participe comme à chaque fois au concours de stage diving (CF. dessin de Luz plus haut tiré de J’aime pas la chanson française). C’est très efficace, Cali enchaîne ses tubes dont le rigolo Cantona, il lève son petit poing sur Giuseppe et Maria, le public exulte sur C’est quand le bonheur ? ou Elle m’a dit et il faut reconnaître ce talent de faire chavirer une foule qu’il touche dans son quotidien et son intimité, même s’il serait tout aussi fort pour vendre des batteries de couteaux au marché d’Aix-les-Bains.

Musilac 2011 est bien fini, le festival encore une fois a joué parfaitement son rôle : mêler pop grand public, groupes indépendants et rares, pointures et groupes en devenir, le tout sous un soleil éclatant, dans un décor de vacances entre lac et montagne. Les pass pour la cuvée 2012 seront très prochainement en vente et nul doute qu’ils s’arracheront à l’aveugle, sans connaitre la programmation comme ces dernières années, signe évident de la confiance que le public fait aux organisateurs.

» Les photos du festival

Date : 14,15,16 juillet 2011
Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...
Réponses
  1. Amusante cette synthèse quelque peu au vitriol !
    C’est vrai que l’on voit Gaëtan Roussel partout. J’ai cru le voir dans Sting (de loin) :)
    Une chronique de l’EP de Cléo T serait-elle envisageable ? A moins que tu n’apprécies pas du tout. 1er EP produit par J. Parish.

Un avis, un commentaire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


A lire dans “Concerts (live reports)

Eels © Fabrice Buffart

Photos : Eels @ Radiant-Bellevue, Caluire | 10.09.2019

La dernière fois que l’on avait vu Eels à Lyon, Mark Oliver Everett et sa bande de bardes barbus en survêt’ Adidas n’avaient pu jouer que 5 titres avant un orage cataclysmique au festival Woodstower en août 2013. Les plus anciens se souviennent de ce concert au Transbordeur d’avril 1997 avec son Beautiful Freak augural.…

Fais moi Marr Johnny !

Pendant que Morrissey continue de nous faire du mal avec ses déclarations, Johnny Marr trace sa voie et poursuit une carrière solo aussi efficace que « discrète ».

Lizzo @ Main Square Festival 2019

Jolie Lizzo

Quelque chose a donc changé. Soutenue désormais par une major (Atlantic) et portée par Missy Elliott le temps d’un single, Lizzo a fait une entrée fracassante dans les charts avec Cuz I Love You et sur scène. Produite par Ricky Reed (faiseur de tubes professionnel depuis 10 ans), la musique de Lizzo est un tourbillon…

Skip The Use @ Main Square Festival, 06-07-2019

Cool as Skip The Use

Samedi 6 juillet 2019 : le Tour de France débute à Bruxelles et l’Hollandais Mike Teunissen gagne la première étape et étonne tout le monde en endossant le Maillot Jaune. Samedi 6 juillet 2019 : le Main Square entame son deuxième jour. Les Skip The Use s’échappent du peloton et endossent le Maillot Jaune du…

Arnaud Rebotini @ Main Square Festival, 06-07-2019

Arras Calling ! Arnaud Rebotini can’t fail !

Avant de monter sur la scène du Main Square pour clôturer la deuxième journée de l’édition 2019, Arnaud Rebotini après un passage à l’Astropolis avec le Don Van Club pour un concert autour de la B.O. de 120 Battements par Minute et avant de jouer aux Eurockéennes de Belfort, Rebotini est passé par le Main…

[MALN 2019] La quête sacrée des Temples

Avant d’entamer une tournée américaine conséquente et une date au Trabendo en septembre, les Temples étaient à Amiens pour commencer à défendre leur troisième album, Hot Motion et poursuivre leur quête de la meilleure chanson psychédélique.

Jean-Louis Aubert

Aubert toujours vert !

Jean-Louis Aubert, solaire, seul mais pas solitaire, et surtout solidaire du monde, et de la vie. Une parenthèse enchantée d’un soir d’été, à Sète, un balcon sur la mer.

[MALN 2019] Balthazar nous a mis la fièvre !

« Il sort de nulle part, une frappe de bâtard, on a Benjamin Pavard ! » pouvait on entendre dans les rues d’Amiens en juillet 2019. Onze mois plus tard, résonnaient dans les rues d’Amiens plus ou moins les mêmes paroles : « Ils sortent de nulle part, une classe de bâtard, on a Balthazar ! »

[MALN 2019] Merveilleux Andrew Bird

Revenu avec My finest Work Yet l’un des albums de l’année, Andrew Bird a fait des merveilles pour le premier soir de Minuit Avant La Nuit.

[MALN 2019] Fondants Foxwarren !

Deux ans après sa venue à Amiens pour défendre et surtout jouer l’album The Party, Andy Shauf était de retour hier soir à La Lune des Pirates. Et avec Shauf, le changement c’est maintenant.

Cool as Wilco

Après un break de deux ans, Wilco remet la gomme avec une mini tournée française qui n’est qu’une étape vers la sortie dans les mois prochains mois d’un onzième album et d’un concert parisien au Trianon.

Angèle @ Zénith Amiens - 05 juin 2019

Balance ton concert

Avant d’être la tête d’affiche du Main Square et du Paléo Festival (pour ne citer qu’eux), Angèle posait ses enceintes dans un Zénith d’Amiens qui affichait complet (comme les autres) pour faire danser et chavirer les cœurs de plusieurs générations.

Le Souldier Tour de Jain fait étape à La Halle Tony Garnier

« C’est la plus grande salle que j’ai jamais faite ! » s’est exclamée Jain devant le public de la Halle Tony Garnier. L’artiste, pourtant déjà détentrice d’une double victoire de la musique, à laquelle s’est ajoutée une nomination aux prestigieux Grammy Award, tout cela dans le cadre d’une tournée mondiale n’a pourtant rien d’une débutante. Elle…

Add to Jeanne Added

Quasiment quatre ans après son passage à La Lune des Pirates, Jeanne Added revient à Amiens. Entre 2015 et 2019, elle est restée la même.

Balthazar © Fabrice Buffart

Fièvre à l’Epicerie avec Balthazar !

Belle fête d’anniversaire pour Michiel, batteur du groupe belge Balthazar qui avait invité plusieurs centaines d’auditeurs pour célébrer fiévreusement l’événement à l’Épicerie Moderne de Feyzin.

Bryan’s Magic Tears : It’s Kind of Magic

Les Bryan’s Magic Tears étaient de passage à Amiens pour deux missions éminemment dangereuses. Ouvrir pour Le Villejuif Underground le vendredi soir et faire un goûter-concert le lendemain après-midi. Missions impossibles pour le gang de Benjamin Dupont, le Ethan Hunt de l’affaire ? Du tout. Attention, cet article s’auto-détruira dans 20 secondes.

Shaka Ponk © Elsa SCHULHOF

Shaka’Lyon : Beautiful Freak

Il y avait quelque chose dans l’air, comme une réminiscence d’un air de Eels et du fabuleux Beautiful Freak.

P’tit Gibus & Grand Dando

Point final d’une tournée européenne (triomphale), le concert des Lemonheads au Gibus Club a tenu toutes ses promesses.

The Wombats @ le Trabendo, Paris, 05/02/2019

The Wombats au Trabendo

En ce début du mois de février le Trabendo accueillait Circa Waves et The Wombats pour un show rock des plus déjantés !