Thomas B – Shoot

Thomas B – Shoot
Il serait inopportun de débuter, encore et toujours, une chronique de Shoot en retraçant l’histoire du groupe français Luke, et pourtant, c’est bien de son chanteur et guitariste qu’il s’agit là. Pas besoin donc de rappeler le succès des albums du quatuor de rock, mais peut-être simplement de se souvenir ce pourquoi l’on aimait ce groupe. Notamment les mots et la voix atypique.

Thomas revient donc seul ici, avec un nouveau projet, loin de Luke. Ce n’est donc pas parce qu’il s’agit du chanteur de Luke qu’il faut écouter ses douze morceaux.
Mais parce que les mots sont toujours posés avec soin et grâce ; cet album est intelligemment sensible et criant de vérité sur les malaises de l’être humain survivant à un 21ème siècle et d’urbanités qui l’engloutissent

Parce qu’également, sa voix est toujours aussi agréable à écouter ; cette fois-ci, une nouvelle douceur, une mélancolie certaine la rendent attachante et reposante.
Parce que les mélodies sont soignées, parce qu’on découvre une création hybride qui ferait penser à un Bashung des temps modernes, où l’interprète ose quelques écarts aux clichés de la chanson française (sonorités rap et électro) ; clichés qui sont confirmés comme bien superficiels et inutiles. Parfois lunaire (Tout se mélange notamment), parfois plus pressante (La Fuite), la musique ravit les oreilles du début à la fin de l’album.
Parce que cet album est intelligemment sensible, poétiquement concret (« la banquise est en crise » dans Train Express par exemple), criant de vérité sur les malaises de l’être humain survivant à un 21ème siècle et d’urbanités qui l’engloutissent. Parce que les sentiments n’y sont pas mis de côté ; la solitude, la mélancolie, les désillusions, la destruction, la sensation de vide, l’anonymat au sein de la mégastructure du monde (et de ses villes) sont de mise, sans pour autant devenir pesants voire balourds. Ainsi, le côté sombre des thématiques contraste avec des riffs légers et agréables. On Ferme, aux accents sudistes, reste l’une des grandes réussites de cet album, mais c’est bien Quitter La Ville qui représente certainement le mieux l’idéologie de l’album (« La vie n’est plus qu’un zoo, tout le monde y a soif, de son propre écho, de sa propre farce […] Je range mon téléphone comme un vieux revolver, en cas de duel, ou même d’adultère, je croise des yeux fantôme sous des capuches, et des cravates sans tête agglutinés dans la ruche »).

Thomas Boulard choisit ici de tracer son propre chemin, et profitant de nouvelles rencontres. Ces douze morceaux trouvent leur place dans un univers qui est propre au chanteur de Luke, certes, mais avant tout à Thomas ; il nous prouve que la chanson française, du moins, la langue française a encore une valeur dans le monde de la musique, et que les frontières entre styles et genres musicaux sont bien stériles, puisqu’il signe ici un imaginaire qui lui est propre mais surtout vrai.

La musique électro trouve bel et bien sa place dans l’univers de Thomas B, avec d’ores et déja un remix de Comme On Respire :
Thomas Boulard – Comme On Respire, Teaser

La tournée de Thomas B. débutera en février :
28 février : St-Lô// Le Normandy
18 mars : Lyon // Marché Gare
19 mars : Marseille // Le Poste à Galène
26 mars : Toulouse // La Dynamo
27 mars : Bordeaux // Le Rocher de Palmer
28 mars : Montpellier // Victoire 2
10 avril : Paris // La Gaîté Lyrique

L’album Shoot, pré-commandable, sort le 13 Janvier, et le titre Comme On respire est disponible en téléchargement légal et gratuit.

Thomas B – Shoot
8/10

Plus dans Chroniques d'albums

Apparitionduvisagedebelalugosisurunetranchedesalami

Comelade : ô lâches, soyez fous !

Et si le disque de 2022 était un disque instrumental et barré dont Pascal Comelade a le secret, ironiquement intitulé Le non-sens du rythme ?
Stephaneicher-odeartworkbysylviefleuryphotobyannikwetter

Stephan Eicher – Ode

Il n’y a pas d’ami comme Stephan Eicher. A chaque disque il nous offre une balade dans son dédale sentimental, ses étranges paysages, ses constructions impossibles.
Bastien Devilles - Remonter le courant

Bastien Devilles – Remonter le courant

On connaissait Daredevil, voilà Bastien Devilles que l’on peut écouter les yeux fermés d’autant plus que les mots sont de Brigitte Giraud, futur prix Goncourt avec Vivre vite.