Minuit avant la nuit

Compte rendu Musilac 2009

Musilac vient de fermer ses portes, petit retour sur 3 jours d’un festival familial qui a su fidéliser un public depuis huit ans tout en prenant de l’ampleur.

Plus de 50 000 spectateurs ont répondu présent cette année, sans doute attirés par l’extrême beau temps qui avait tant fait défaut lors de la précédente édition. Le vendredi démarra tout en douceur sur l’esplanade du lac écrasée par la torpeur estivale qu’ont rafraichi les apéros au bord de l’eau.

La programmation de ce premier jour était selon Remi Perrier, l’un des organisateurs, plutôt « Francofolies ».  Difficile dans cette douce langueur qui avait envahi l’étendue gazonnée d’ouvrir le bal pour les locaux Jolga qui retrouvait une grande scène après Musique en Stock à Cluses mais pour qui au final la vie est belle en déclenchant les premiers applaudissements de ce Musilac 2009.

BP Zoom prenait la suite avec leur rock péchu et juvénile qui provoqua les premiers pogos du festival. La tension retomba avec l’arrivée de Yodelice, le shaman de boudoir, une gravure de mode savamment déguisée,(kohl, chapeau à plume, bagouses aux doigts, peintures de guerre, veste en tweed). Le tout est finalement assez soporifique dans le style folkeux de salon avec le désormais violoncelle réglementaire qui s’impose dans plus en plus de groupes. On se réveille enfin quand les morceaux sonnent davantage blues-rock, wake me up scande-t-il, il ne croit pas si bien dire pour nous sortir de notre apathie estivale. La fin du set sera plus convenue avec une reprise lugubre de Nirvana pour cet indien sans peyotl et sans beaucoup d’aspérités émotionnelles… Yode-lisse ?

Anis et sa bonne humeur enchainaient rapidement en mettant promptement le public dans sa poche,  l’ambiance fut festive et communicative grâce à une formation très punchy avec une mention spéciale pour les sax ténor et baryton. Alternant reggae, ska, blues, Anis et sa troupe fleurent bon le sud, l’apéritif anis-é (!), l’accent chantant. On se dit que le festival est définitivement lancé.

La tension et l’attention ne retombent pas avec l’entrée en scène du duo doudou des volcans de l’année, le groupe Cocoon, un des rares succès discographique et public si l’on oublie la variétoche à la Willemaé. L’appréhension face aux 15 000 personnes massées devant la scène est palpable mais vite évacuée, Mark et Mo’ entament, accompagnés de leur quatre musiciens (violon, violoncelle, basse, batterie) un dialogue musical mélancolique et rieur avec un public séduit par le déhanchement de l’un et le sourire radieux de l’autre. Le set resserré permet d’entendre une grande partie de la ménagerie du All my friends died in a plane crash avec un Hummingbird en apesanteur, des swingants Vultures et Owls, les désormais incontournables et pubesques On my way et Chupee, les plus intimistes et graves Take Off et Cliffhanger mais aussi des titres qui figureront sur le prochain album comme Seelion, Baby Seal ou le très « madeleine de Proust », 84. Le temps étant compté en festival, les deux compères font moins de blagues et ce n’est pas plus mal, le cocon s’est transformé cette année en un papillon qui a pris son envol et qui butine désormais un public non seulement de trentenaires dépressifs (!) mais surtout de jeunes filles en fleur fraichement reçues au bac, séduites par le « boule » lassif de l’étalon auvergnat. Le groupe finit par filmer cette forêt de bras en sueur pour immortaliser ce premier beau moment de Musilac 2009.

Après cet instant de douceur lumineusement sombre, surgit un groupe patrimonial du panthéon du Rock, les éternels Pretenders menés de voix de maitre par une des dernières pythies du rock (avec peut être P.Smith et M.Faithfull), la vénérable Chrissie Hynde et ses 57 printemps qui attend d’un festival de pouvoir « s’éclater pendant 3 jours et oublier la vie de bureau. » Le rock étant une musique de hors la loi, la Calamity Jane à la voix usée par le Jack Daniel’s défouraille ses tubes dans une charge héroïque de riffs rythmés par l’antique Martin Chambers qui frappe à coup de massue sur ses fûts. Le groupe délivre un set puissant avec des tubes éternels comme Brass in pocket, I’ll stand by you ou I go to sleep qui n’a pas endormi le public de quadra et qui rappelle que les années 80, ce n’était pas que A-Ha et Kajagoogoo.

La nuit étoilée voit alors débouler un autre pistolero de la guitare, le globe trotter malin et malien, mister Jones (Keziah) et sa funk en fusion. Une prestation placée sous le signe du melting pot musical, un pont entre l’Afrique, l’Europe, l’Amérique qui fait se trémousser le public, le fait ondoyer dans une houle apaisante. Comme dans tout festival, il faut une tête d’affiche consensuelle et franchouillarde alors surgit hors de la nuit de Musilac, le Ben à Bar, savant mélange du petit Nicolas S. et du grimaçant De Funes, avec ses textes sur le quotidien où tout le monde se retrouve (qui a dit démago ?!) en pensant se moquer de son voisin. Une sorte de Strip Tease ou plus sûrement un alignement de brèves de comptoir en chansons. Les premiers succès sont sympathiques, le bien vu Y a une fille qu’habite chez moi est dynamisé par des musiciens performants notamment les cuivres, d’autres titres tournent au concept rance et redondant avec de faux airs de show Carpentier qui en ferait presque aimer Biolay et Delerm. Finalement, l’instant parfait pour déguster des diots au vin blanc accompagnés d’une légère tartiflette avant de retrouver l’énergie de Sensemilia avec son reggae festif et politique (J’ai honte pour ma France) et de finir la soirée avec un groupe 5 étoiles qui fait le tour de France jusqu’à Noël avec plus de 60 dates, le swing sextet parisien Caravan Palace qui a métamorphosé l’esplanade du lac en baloche populaire.
Fin de cette première journée !

Date : 10, 11, 12 juillet 2009
Lieu : Musilac, Aix-les-Bains
Web : www.musilac.com
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