Mais où s’arrêtera Olivier Libaux cette année ?
Après avoir fait la Java avec Les Objets (sur scène comme sur disque) et avant de partir en tournée avec Nouvelle Vague (pour soutenir le nouvel album I Could Be Happy), Olivier Libaux fait irruption dans nos bibliothèques en publiant un livre destiné à nos chères têtes blondes.

Illustré par Jean François Martin et chanté par Mélanie Pain et Albin de la Simone, La guitare dans la vitrine est le premier livre écrit par Olivier Libaux. On y suit le destin de cet instrument si cher au fondateur des Objets. La bande originale de ce livre est splendide. Souvent, le disque qui accompagne un livre de jeunesse est un bonus avec un son douteux. Ici, le disque a fait l’objet d’une belle attention et d’un excellent savoir-faire. Son écoute n’est donc pas réservée aux plus petits et devrait satisfaire les plus grands.

Olivier Libaux

Comment t’es venue l’idée d’écrire ce livre ?

Olivier Libaux : Cela remonte à il y a deux ans. Kamy Pakdel, le directeur artistique d’Actes Sud Junior, m’avait contacté en me disant qu’Actes Sud souhaitait travailler, sur leurs projets « juniors », avec des artistes contemporains, pop ou autres (plutôt que, j’imagine, certains auteurs qui pondent du livre pour enfants au kilomètre). Actes Sud Junior venait de publier Milanimo, le livre de Katerine et Julien Baer, qui avait très bien marché. Bref, Kamy m’a demandé si j’avais une idée d’histoire pour eux. J’ai répondu « non ». Puis j’ai raccroché le téléphone, je me suis retourné, j’ai vu ma guitare dans un coin de la pièce… Et j’ai écrit le synopsis du livre en 30 minutes.

Pourquoi l’avoir écrit maintenant ?

Olivier Libaux : Il n’y a pas de hasard dans la vie. Enfin, il n’y a que du hasard… Mais celui-ci fait parfois bien les choses. Il donne des rendez-vous aux bons moments. Ce livre La Guitare Dans La Vitrine, il m’a fallu – suite à ce que je viens de raconter – 2 ans pour le laisser mûrir, pour trouver son ton, et surtout sauter à pieds joints dans l’écriture des chansons – ce que j’ai fait en un mois et demi, ce printemps 2016. Je pense que j’en suis à un point de ma vie où je pouvais réaliser ça : l’écriture de ce livre, des chansons qu’il contient, ainsi qu’insuffler le tissu émotionnel de cette histoire, tout au long du CD.

Mélanie & Albin

Comment as-tu articulé ton travail avec Mélanie Pain et Albin de la Simone ?

Olivier Libaux : Avec Mélanie Pain, le travail est très simple, très direct, car nous nous connaissons depuis l’enregistrement du premier album de Nouvelle Vague (2003), nous avons vécu des centaines de concerts ensemble, nous avons enregistré des tas de chansons. Le rapport est franc : elle se met à mon service en tant qu’interprète, elle me fait une proposition sur la chanson, je lui dis ce qui me plaît, ce qui me plaît moins… Et on arrive vite au résultat escompté. Mélanie était très intriguée par ce projet. Elle était aussi un peu stressée de savoir si elle parviendrait à trouver le ton pour la narration… Ce qu’elle a très bien fait. Avec Albin, c’était une rencontre autour de quelques chansons et d’un projet. Je connais Albin depuis quelques années, sans bien le connaître. Nous avons été réunis par Raphaël Chassin, qui est un ami commun. Bref, je l’ai contacté pour le rôle de Zachary et ça a très bien fonctionné.

Comment as-tu rencontré Jean François Martin ? Quelles difficultés as-tu rencontrées dans ce nouveau costume d’écrivain qui travaille avec un illustrateur ?

Olivier Libaux : L’histoire fabuleuse qui me lie à Jean-François Martin est que je viens juste de le rencontrer « en vrai ». Il a dessiné cet ouvrage simplement en écoutant le CD, qui l’a d’ailleurs beaucoup inspiré. Kamy Pakdel s’est occupé de nous faire travailler chacun de notre côté, en s’assurant de la cohérence du tout… Mais je n’ai rencontré Jean-François Martin qu’après que le livre soit fabriqué. Je me souviens avoir beaucoup cherché qui pourrait dessiner le livre. Le jour où Kamy m’a montré le travail de Jean-François Martin – ce qu’il fait est superbe -, je n’ai pas hésité une seconde, j’ai simplement espéré qu’il accepte de participer au projet. Depuis que nous nous sommes rencontrés, Jean-François et moi, il ne fait nul doute que nous sommes très fiers de notre « bébé ».

Le son de l’album est sensationnel. Où as-tu enregistré les chansons ? Quelle posture as-tu adoptée pour ces chansons qui différent de tes précédents travaux ?

Olivier Libaux : J’ai enregistré les chansons chez moi ! Avec un seul micro (mon micro, un AKG 414), et ma guitare. Ce que je voulais, étant donné que le livre raconte l’histoire d’une Guitare, c’est que les chansons ne soient jouées qu’avec une guitare, avec juste un contrepoint de clavier de temps en temps, et rien de plus. C’est le cas dans le résultat final, à part sur Chanson Moche qui – puisqu’elle était la chanson de la « trahison » – pouvait contenir une batterie. Après, cette « bulle » sonore, ce cocon auditif, est aussi l’œuvre de Frédéric Carayol, avec qui j’ai mixé et masterisé le CD final. Frédéric et moi avons fait mon Uncovered Queens Of The Stone Age ensemble en 2013. Nos oreilles savent aller dans la même direction.

Je crois me rappeler que tu viens du Nord de la France. De Boulogne sur Mer ? Il n’y aurait pas un côté autobiographique ? En bon musicien qui arrive à Paris tu as filé à Pigalle voir les magasins de musique ?

Olivier Libaux : Il n’y a rien de vraiment autobiographique dans cette histoire. Il y a éventuellement le fait que je ne joue plus, depuis 2001, que sur guitare acoustique. C’est même ma grande fierté, depuis tout ce temps-là, d’effectuer mon parcours en musique avec simplement une guitare folk. Aucune pédale d’effets, rien. Le son de Nouvelle Vague, par exemple, tourne autour de ma guitare. Cette Guitare valait bien que je lui dédie une histoire d’amour.

La chambre de Zachary avec les posters des Who et les Jam… C’est la chambre de l’ado Libaux ?

Olivier Libaux : Pas vraiment. Car ma chambre était tapissée de posters des Stranglers, que j’adorais (je les aime encore). Cette imagination graphique vient de Jean-François Martin, qui a travaillé selon ses propres inspirations.

Le son de Nouvelle Vague, par exemple, tourne autour de ma guitare. Cette Guitare valait bien que je lui dédie une histoire d’amour.

Zachary remporte un radio crochet/une émission de télévision… Et se retrouve propulsé sur le devant de la scène. Il n’y a pas une critique implicite du schéma actuel ?

Olivier Libaux : Il y a une critique déguisée d’un petit peu tout. Le système actuel, la dérive vers une facilité « électronique », ce que j’appelle le « pathétique électrique ». Cet internet qui nous facilite la vie, certes, mais qui, via les réseaux sociaux et autres, rend tout le monde un petit peu dingue, bizarre. Même chose pour les productions musicales uniquement générées par ordinateur, ces musiques qui sonnent, mais ne contiennent pas d’âme. Quitte à parler de musique à des enfants, autant bien le faire, en reprenant les choses par le début : l’apprentissage d’un instrument de musique.

Les histoires d’amour finissent mal en général…

Mais pourquoi faire mourir Zachary ?

Olivier Libaux : Ce livre raconte une histoire d’Amour. Il raconte aussi une trahison – celle de Zachary. Les gens se trahissent, un peu, beaucoup, notamment dans les couples. Je pense que, quand l’Amour est là, il faut tout lui donner, car la vie est courte. J’ai fait mourir Zachary car le bonheur n’est pas éternel. La mort peut sonner le glas d’un amour, c’est aussi pour ça qu’il faut vénérer l’objet de son amour, avec ferveur.

La guitare se retrouve de nouveau dans une vitrine… Cela appelle à un deuxième tome ?

Olivier Libaux : C’est bien possible. Tout dépendra de l’accueil réservé à ce premier tome.

Mélanie Pain

Comment as-tu intégré ce projet ?

Mélanie Pain : Olivier m’a parlé du projet il y a un peu plus d’un an. J’ai tout de suite été partante pour l’aventure. Il m’a envoyé une première version de l’histoire que j’ai lu avec mon fils, on a adoré. Puis on a essayé de maquetter 4 morceaux et ça a bien marché.

C’est la première fois que ta voix personnifie une guitare ? C’est la première fois que tu participes à ce type de projet ?

Mélanie Pain : Oui c’était un défi pour moi d’incarner un personnage et d’enregistrer la narration. C’est la première fois que je fais ça, c’est très très différent de ma voix chantée, j’ai dû travailler sur les intonations et les émotions mais aussi sur l’articulation et le rythme de lecture pour que ce soit ludique et vivant. J’ai aussi chanté toutes les chansons, ça c’était plus dans mes cordes.

Avais-tu déjà travaillé avec Olivier et Albin ?

Mélanie Pain : Avec Olivier, nous travaillons ensemble sur le projet Nouvelle Vague depuis 2004 donc il connaît bien ma voix. On a l’habitude de travailler ensemble. Albin lui a réalisé mon deuxième album solo Bye Bye Manchester, j’ai été ravie de le retrouver sur ce projet.

As-tu rencontré des difficultés ?

Mélanie Pain : Pour les chansons c’était assez facile et fluide, Olivier m’a bien dirigée. Pour l’enregistrement de la narration, c’était un peu plus compliqué. On n’a pas souhaité répéter trop le texte, on voulait que ça reste spontané. Du coup, la première fois qu’on a enregistré le texte en studio, c’était assez minable, alors on a fait une bonne pause déjeuner et après on s’y est remis plus doucement, paragraphe par paragraphe.

Quel est ton souvenir préféré de l’enregistrement ?

Mélanie Pain : Mon souvenir préféré de l’enregistrement, c’est le chapitre où la guitare est heureuse et part en tournée avec Zachary dans le monde entier… ça m’a rappelé mon expérience avec Nouvelle Vague quand on a commencé à tourner dans le monde et qu’on n’arrivait pas à y croire.

Jean-François Martin

Comment as-tu été amené à travailler avec Olivier ?

Jean François Martin : C’est Kamy Pakdel, le directeur artistique d’Actes Sud, qui a eu la bonne idée de penser à moi pour illustrer La guitare dans la vitrine. J’ai tout de suite accepté, sans la moindre hésitation. Je n’avais au début que le texte, mais je connaissais et appréciais les créations musicales d’Olivier.

Comment avez-vous travaillé ? Il a fourni les textes et tu as fait les illustrations ?

Jean-François Martin : J’ai eu le texte et ensuite le son. Je l’ai écouté en boucle pendant toute la conception et la réalisation des images. On ne s’en lasse pas ! Je n’ai pas eu de contact préalable avec Olivier. J’aime bien m’accaparer le texte sans la vision de l’auteur.

Comment as-tu trouvé le personnage de Zachary ?

Jean-François Martin : Il y a une description du personnage dans le texte, j’en ai fait un Neil Hannon grand et dégingandé.

On voit, dans la chambre de Zachary, des posters des Jam et des Troggs. Monsieur Martin est fan de Paul Weller ?

Jean-François Martin : Pas fan, mais j’aime beaucoup. Depuis mes années collège (1979 !)(Je pense même apprécier certains titres de Style Council, c’est pour dire !). Les Kinks, les Who, Animals, XTC mais aussi Specials, Selecter, Beat, Clash… puis Blur, Supergrass… très anglais tout ça. Et Queens Of The Stone Age.

Prêt pour un deuxième tome ?

Jean-François Martin : Deuxième, troisième, quatrième… malheureusement sans Zachary.

La guitare dans la vitrine sera disponible le 2 novembre 2016 via Actes Sud Junior.

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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