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Concerts (live reports)

Lady and Bird à la Salle Pleyel

Lady and Bird
Mon histoire avec Lady and Bird vaudrait bien toute une fable. Le premier album m’était tombé par hasard dans les mains dans un rayon de Fnac qui ne me promettait rien de bon.

A l’époque je ne connaissais ni Bang Gang ni Keren Ann, mais à la mesure des personnages dont il était question, moi aussi j’aimais sauter des ponts et découvrir. Je n’avais pas pu avoir de place pour leur concert à la ferme du buisson, pourtant une place m’est là encore tombée toute crue ans le bec au dernier moment. J’avais placé de très hauts espoirs dans ce premier véritable rendez-vous et cela reste encore sans excès aucun une des meilleures nuits de ma vie. Lady and Bird repartirent dans leurs limbes du nord et la vie repris son cours. Le projet était sensé n’être qu’un galop d’essai, une jolie comète dans le paysage musical si peu touchant à mon goût. Le récit aurait pu s’arrêter là, je déteste les suites et j’avais la certitude que la Ballade de Bardi et Keren était finie.

D’où ma surprise quand j’ai appris qu’ils reprenaient leur costume de grands enfants. Le même bienfaiteur qui m’avait vendu son billet quelques années plus tôt pris l’initiative du : Tu sais qui joue à la Salle Pleyel? Il ne m’aura pas fallu longtemps pour deviner. Ma première réaction aura été chouette, mon groupe préféré, dans ma salle préférée. Et puis d’apprendre qu’ils ne rejoueraient pas les chansons que je connaissais si bien… Oh non, pas un nouvel album! La peur au ventre d’être déçue et puis Pleyel, c’est grand pour deux oiseaux… Mais non, ils amènent tout un orchestre avec eux et tout un chœur… Mais Lady and Bird, c’est une histoire à deux, quelque chose d’intime, de secret… Pas une volière entière! Je voulais me jeter sur ce nouvel opus pour en avoir le cœur net, bâcler l’écoute. Néanmoins j’ai décidé de leur faire confiance, l’album est resté sous cellophane et les places sont arrivées promptement dans ma boite aux lettres.

Une soirée à la salle Pleyel pour une fille comme moi, c’est d’abord la jubilation d’être traitée comme une reine par le service des réservations (« Une place devant, au milieu, bien sûr mademoiselle, tout de suite mademoiselle »), l’excitation d’enfiler une jolie robe (à plumes pour l’occasion) et aussi la promesse d’un buffet alléchant à l’entracte. Là, si je suis déçue par la musique, je ne suis pas sûre que tout ceci puisse suffire à me consoler…
J’entre comme toujours assez intimidée et ni les habituées snobs, ni l’arrivée quelques minutes plus tard de l’orchestre n’est pas pour arranger quoi que ce soit. C’est la première fois que j’ai l’occasion d’en écouter un en vrai et je suis juste derrière le chef ! Quand la lumière s’éteint, seule sous le spot restant, sa silhouette me transporte le jour où l’on m’a collée devant fantasia. (Contrairement aux autres mioches, j’étais restée, émerveillée.) Ça commence plutôt bien mais j’attends Lady and Bird et j’attends des projections aussi jolies que la première fois… La première piste, “Malmos Livs” est instrumentale et sur la toile du fond brille une sorte d’étoile qui donne l’impression dérangeante d’un halo aveuglant…
Les premières notes en gouttes de pluie sur les cordes. Le premier violon sublime de rigueur et de justesse, pour tenir non seulement le reste des musiciens mais également l’haleine de tous les spectateurs. Vers la fin tout l’orchestre s’y met, c’est prodigieux ! Enfin ils arrivent, c’est bizarre de voir le Bird que j’imagine en poussin déplumé habillé en Dior et puis si j’entends parfaitement de la où je suis, les voilà tous les deux masqués par un joueur de contrebasse! Tant pis, je ferme les yeux tout le long de “For you and I”. C’est étrange comme les arrangements font rock me fait remarquer mon accompagnateur.
“Not going anywhere” et Bird est nowhere to be seen… On se demande si tout va bien.
“Sailor and widow” pourrait avoir quelque chose de Carla Bruni mais heureusement les choeurs et les cuivres permettent de lier la piste au reste du concert.
“One more trip” voit le retour des deux chanteurs à l’unisson mais la complicité du premier opus semble lutter.. Leur justesse également, à côté d’un ensemble qui interprête la moindre note quand et comme il faut et qui heureusement les rattrape toujours au vol. L’ingénieur son également, je m’en prends plein les oreilles et j’adore ça. En revanche, les boutades entre les pistes du barde blond font moins mouche dans une salle où l’on entend pas sa petite voix, dans le cadre d’une soirée « sérieuse ». C’est dommage, moi je glousse en silence dès qu’il fait le clown.
“Ghost from the Past” est la première chanson qui met vraiment Bardi en avant, cette fois c’est Keren qui s’échappe en coulisse.. Décidément! Les deux chanteurs semblent engagés dans un jeu de question/réponse exactement comme dans le dernier titre du premier album. Le mouvement de la chute dans le monde ne s’est donc jamais terminé. Les enfants ont laissé place à l’adulte et se sont perdus dans le même temps. Cette nouvelle histoire, c’est la tentative désespérée pour se retrouver. Le chassé-croisé des interprêtes prend alors tout son sens, l’usage dramatique de l’orchestre également.
Dans “Where no endings end” Lady engage un pas de danse mélancolique tantôt au bras d’un violon, tantôt accompagnée du joli clavecin vert amande. L’ancienne petite fille qu’on imagine attablée dans un ancien bar New Yorkais, enfumée, est au bord de l’abandon. Marre de jouer.. « I give in, I give in. »

“Liberty ”commence avec des allures d’épisodes de Pushing Daisies, une mélodie ultra sucrée ce qui tranche nettement avec la premier partie du set. Est-ce que Lady s’est endormie au bar? Est-ce qu’elle rêve? Quoi qu’il en soit, je me laisse à rêver doucement à un happy end.
“The World is gray” rappelle un peu plus le premier album, même si la voix de Johannson se fond un peu trop dans les chœurs à mon goût.
“Inside” reste dans la même veine et si Ann commence à nouveau seule Johansson finit par la retrouver soutenu par un gonflement de l’orchestre entier qui tirent tous les nerfs et mettent mes yeux au bord des larmes. Quand tout se calme, l’ambiance vous laisse sans force, perdu.
“Que n’ai-je” surprend et rappelle un peu les reprises épicées de Pink Martini, dont la voix se serait usée à force de les chanter. C’est le retour de la chanteuse de jazz joint vide, de bar enfumé, l’histoire ne sera jamais terminée. “Forward and Reverse”. C’est aussi l’espoir d’un renouveau et le réconfort des souvenirs. C’est cette musique qu’il aura manqué à ces derniers mois de ma vie. Vous savez, cette délicieuse impression qu’il s’agit de vous dans la chanson. En vérité j’ai passé toute une soirée à entendre mon histoire racontée par un merveilleux orchestre qu’est l’ensemble Lamoureux.
“Run in the morning sun” est absolument parfait dans cette version, c’est le retour en fanfare dans le premier album que j’aime avec, très loin, l’écho charmant exotique des tubular bells. Bird nous fait signe de claquer des doigts mais l’audience du Paris ouest est timide et il doit nous rappeler à l’ordre régulièrement.
Enfin, toute la salle se lève et ovationne une fois deux fois tant et si bien que chose exceptionnelle, l’orchestre se réinstalle au complet pour un rappel. Je sens tout de même que ce petit monde n’a pas l’habitude de ces mœurs sauvages, mais qui retenant un lever de sourcil général, se prête au jeu. Cependant, plutôt que de rejouer « run in the morning sun », le chef choisit deux pistes presque aléatoirement. Effectivement si l’on écoute pas la fable en entier, l’histoire a moins de sens, et le caprice de vouloir faire durer sied mal à une œuvre orchestrale. Tant pis, je ne veux pas que ce soit la fin… Mais dès les dernières notes et non sans saluer respectueusement l’audience, le premier violon se lève, entrainant derrière elle l’orchestre entier.
Mon seul regret reste les projections de maigre qualité, ennuyeuses et cliché (la route enneigée qui défile en boucle…)
La morale de ce report, est qu’il vaut mieux écouter lady an bird en live ou en cd, si possible seul et allongé, qu’attendre l’enregistrement hypothétique de la Salle Pleyel.

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6 réponses sur « Lady and Bird à la Salle Pleyel »

Belle review, super concert, c’est très bien écrit tu as bien su capter l’ambiance du concert !

Jolie prose. Pour la forme: subtil mélange de réalisme et de poésie…sans mièvrerie, j’aime beaucoup. Pour le fond, génial, j’ai cru que j’y étais !

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