C’est l’heure de la rentrée ! On va filer droit avec Philippe Mazzoni et ses portraits. Réalisant ses portraits avec des appareils argentiques, Philippe Mazzoni défend une certaine idée de la photographie et nous permet de sonder l’intime des plus belles plumes du rock.

Interpol

Interpol © Philippe Mazzoni

Comment es-tu venu à la photo ?

Philippe Mazzoni : J’ai commencé à m’intéresser à la photo en entrant à l’école des Beaux-Arts. A cette époque je jouais de la guitare dans un groupe et je m’intéressais surtout au cinéma. J’ai vu le film Stranger than Paradise de Jim Jarmuch dans un ciné-club de Marseille et j’en suis ressorti très marqué. A ce moment là je voulais faire du cinéma, être réalisateur. J’ai d’abord acheté une caméra super 8 avec laquelle je tournais de petits films. Ensuite une 16mm Bolex. Comme il y avait des cours de photos aux Beaux-Arts, j’ai acheté un appareil d’occasion, un Nikkormatt ft2 que j’emportais partout avec moi. Je me suis mis à faire des tirages de mes photos et à développer mes films. J’adore la chimie et la magie de l’instant où l’image apparaît. A ce moment, la photo s’est imposée à moi.

Tu réalises des portraits, comment as-tu appris à faire ces clichés ? De manière empirique ?

Tout ça est venu progressivement avec le temps, en observant et en photographiant. J’ai reçu un enseignement artistique. La technique est importante, mais une fois assimilée il faut très vite l’oublier. J’ai tout d’abord photographié les gens qui m’entouraient, la famille les amies. J’ai fait aussi beaucoup de photos durant mes voyages. Les portraits de musiciens sont venus plus tard. En 1994 un ami m’a présenté une personne qui s’occupait d’un fanzine musical.

Quels sont tes photographes préférés ?

J’aime beaucoup le travail de Robert Frank, Richard Avedon, Mary Hellen Mark, la sensibilité d’ Edouard Boubat. Dans la musique Pennie Smith et son travail avec les Clash, Kevin Cumming et ses photos de Joy Division et Anton Cobjin dont j’admire le travail.

Wild Nothing

Wild Nothing © Philippe Mazzoni

Tu travailles uniquement à l’argentique… Pourquoi ?

J’utilise aussi un appareil numérique pour certaines commandes. Quand les délais sont trop courts ou quand je n’ai pas d’autres choix. Mais quand j’ai la possibilité de choisir j’utilise l’argentique. Notamment pour mes portraits. Quand j’ai commencé la photo, je me suis dirigé naturellement vers le noir et blanc. J’adore le grain. J’ai aussi besoin du contact avec la matière. Toucher le négatif, le papier photo. J’ai passé beaucoup de temps dans le labo. A tirer mes photos et développer mes films.

Quel matériel utilises-tu ?

J’utilise beaucoup d’appareils différents. En moyen format j’ai deux boîtiers avec lesquels je réalise la plupart de mes photos. Le Pentax 6X7 que j’adore et le Rolleiflex 3.5F que j’emporte souvent en voyage avec moi. En 24X36 j’ai un Leica M6, un Contax RTS et un Nikon fm2. Avec toujours 2 objectifs, un 50 mm et un 35 mm. En film N&B j’utilise principalement la Trix 400 et L’Ilford HP5 400. En couleur la Portra 400 que je pousse souvent à +1 ou +2.

Te rappelles-tu de ta première session avec un musicien ?

Oui, c’était le groupe Love Spit Love, que Richard Butler et Tim Butler avaient formé après les Psychedelic Furs. Ils étaient là tous les deux pour la promo de leur album. Il pleuvait beaucoup ce jour là et l’hôtel n’était vraiment pas terrible. Donc j’ai attrapé un parapluie et j’ai fait ma session à l’extérieur. Ça a été très rapide.

The Lemon Twings

The Lemon Twings © Philippe Mazzoni

Quel musicien aurais-tu aimé photographier ?

Il y en a pas mal qui m’ont marqués et inspirés, comme Bowie, Paul McCartney, Neil Young, Ray Davies, Brian Wilson. Et d’autres qui m’ont longtemps hanté. Comme Nick Cave, Tom Waits, John Lurie, Alex Chilton

Qu’essayes-tu de montrer avec tes photos ?

Mes photos sont assez simples, sans artifice ni mise en scène. J’aime bien utiliser un fond neutre, une matière. Photographier la personne telle qu’elle est. C’est très compliqué mais j’essaie de créer et transmettre une émotion. Capturer un regard à travers la lumière. J’essaie d’attraper ce moment. De provoquer un état où le modèle et le photographe se laissent aller et s’abandonnent. Essayer de créer un moment d’intimité avec quelqu’un que l’on ne connaît que depuis quelques minutes et trouver une résonance. C’est ce moment qui nous dépasse, que l’on ne maîtrise pas vraiment, et qui est révélé par l’action de la chimie sur le film. Mais cet instant est rare et très difficile à capturer.

Tu es directif avec les musiciens ? Tu les places ? Comment décrirais-tu ta manière de travailler ?

Je ne suis pas très directif, je parle assez peu durant la session. Je préfère laisser s’installer les choses. Laisser la personne venir à moi. En général j’ai une idée sur la photo que je veux faire, mais souvent les contraintes sont telles qu’il y a une grande part d’improvisation et d’instinct. Il faut très vite s’adapter au lieu qui nous est imposé, à la lumière et au temps très court qui nous est donné. Parfois je donne quelques indications sur le placement, la direction du regard mais c’est uniquement pour provoquer quelque chose.

BRETT ANDERSON / SUEDE PARIS 1999

Brett Anderson

Brett Anderson (Suede) © Philippe Mazzoni

1) Comment as-tu rencontré cet artiste ?

Lors de leur promo à Paris pour leur quatrième album Head Music.

2) Où s’est déroulée la session photo ?

Dans un hôtel du 18ème. Le Terrasse Hôtel me semble t’il.

3) Comment était-il par rapport à l’appareil photo ? Était-il à l’aise ?

Très à l’aise. C’était la deuxième fois que je le rencontrais et je lui avais apporté quelques tirages de la première séance où il y avait tout le groupe. Il a vraiment aimé les photos et ça l’a tout de suite détendu et mis en confiance.

4) Quel appareil as-tu utilisé ? Quelle pellicule ?

Comme souvent le Pentax 6X7 avec le 75mm qui correspond au 35mm du 24X36. Le film était de la Trix.

5)As-tu des regrets par rapport à cette session ?

Non, ou peut-être le balader à l’extérieur si j’avais eu plus de temps.

6) Ta chanson favorite de cet artiste (si tu aimes l’artiste évidemment) ?

Animal Nitrate. Je crois qu’elle est restée comme un classique des années 90.

Suede – Animal Nitrate

Toutes les photographies de cet article sont la propriété de Phillipe Mazzoni.
Retrouvez l'ensemble de son travail sur son site Internet.