En 1996, Falkner avait fait chauffer le bitume avec l’impeccable Present Authors Unknown. On attendait donc des nouvelles de ce proche de Brendan Benson (Falkner joue sur One Mississippi) et d’Eric Matthews (Falkner joue sur The Lateness Of The Hour). On attendait donc, deux avant le bug de l’an 2000, des nouvelles fraîches.


Finalement il faudra attendre 1999 pour découvrir et savourer le deuxième disque de ce petite génie de la pop. La faute à Elektra qui ne fait pas une priorité la sortie de Can You Still Feel?. En France, l’ex The Grays est défendu par Christophe Conte dans Les Inrocks et par la doublette Grunfeld/Greib dans Magic RPM. Mais l’affaire en resta là. La pop scintillante de ce garçon restera bloquée à la frontière. Il faut donc redécouvrir d’urgence ce garçon qui écrivait des tubes comme il respirait. Et relire l’ami Sautureau.

Pourquoi avoir choisi Nigel Godrich comme producteur ? Tu avais produit ton premier disque

Jason Falkner : En fait, j’ai produit les deux disques. J’ai crédité Nigel Godrich comme coproducteur pour lui permettre de se sentir plus investi dans l’enregistrement et j’espérais ainsi qu’il s’implique totalement. J’avais fait partie de The Grays et de Jellyfish. Prendre des décisions dans un groupe peut-être parfois frustrant. Je voulais donc éviter tout ça et faire les choses à ma façon. J’ai choisi Nigel grâce à OK Computer. Un soir, alors que je m’endormais, j’ai découvert ce disque. Et et je ne me suis pas endormi. J’ai lu le livret pour découvrir qui en était à l’origine et j’ai été agréablement surpris de voir un nom inconnu. Je pouvais aller le recruter. Ses compétences de mixeur sont vraiment à couper le souffle. Le lendemain matin, j’ai demandé à mon responsable de le trouver et peu de temps après, nous avons discuté pour savoir où enregistrer mon disque. Apparemment, Thom Yorke avait donné son accord pour que Nigel vienne travailler avec moi. Il lui avait dit simplement : « Ah oui, le mec inconnu… ». Il faisait référence au titre de mon premier album.

Jason Falkner – Holiday

Pourquoi l’avoir appelé Can You Still Feel ? ?

À l’origine, le disque devait s’appeler Amazing The Survivors. C’est un extrait des paroles de See You Again et c’était assez proche de l’artwork du disque. Au moment de rendre ma copie, je me suis rendu compte que je n’aimais pas ce titre. Je me souviens de m’être réveillé un matin avec la chanson The Right Profile des Clash coincée dans ma tête. Je me répétais sans cesse ce passage : Is he alive, can he still feel? Cette question avait beaucoup de sens pour moi à cette époque. Internet était en train d’exploser. Au lieu de faire partie de la sphère privée, Internet s’imposait à l’échelle mondiale. Le sentiment d’être bombardé par du contenu était une chose relativement nouvelle et accablante. Je n’étais pas le seul à penser ça. Ce titre reflète mes sentiments sur la façon dont tout cela nous fatiguait. Remarque, la question est encore plus pertinente aujourd’hui.

Combien de temps cela t’a pris d’enregistrer ce disque ?

Nigel voulait venir à Los Angeles pour faire le disque. Moi, je voulais un terrain neutre avec le moins de distractions possibles. Je suis originaire de LA ; je connais donc très bien cette ville. Il fallait un endroit inconnu de nous deux. En 1997, j’avais enregistré un disque de Brendan Benson à la Nouvelle-Orléans et j’avais aimé le studio Kingsway de Daniel Lanois. On a donc décidé d’aller là bas. Nigel n’avait jamais été dans cette ville mais je savais qu’il l’aimerait. Et il l’aima ! Nous avons vécu là-bas pendant un mois. Nous avons fait une pause pour les fêtes de Noël et nous avons terminé l’enregistrement à Los Angeles. L’enregistrement et le mix ont pris un mois et demi.

C’était facile de travailler ? Qu’a t-il apporté au disque ?

Oui. Je me suis parfaitement entendu avec Nigel. Ce n’était pas quelqu’un de très amusant mais j’avais l’habitude de ça avec Jack Joseph Puig. A la différence de Jack qui était une sorte de supporter, Nigel ressemblait plus à un membre du groupe avec lequel je travaillais. Cela peut être positif ou négatif dans la mesure où il y a une compétition qui n’est pas censée être présente entre un producteur et un artiste. Au final, nous avons eu un plaisir fou à travailler ensemble.

Quels sont tes meilleurs souvenirs liés à cet enregistrement ?

Probablement juste la liberté que je ressentais à la Nouvelle-Orléans. J’adore cette ville. C’est l’endroit le plus amusant au monde. Tu marches seul dans la rue quand d’un seul coup tu croises 20 personnes qui jouent du kazoo et qui sont habillés de manière traditionnelle. C’est incroyable. Il y avait une bicyclette au studio. Lorsque je voulais me vider la tête, je partais avec et je parcourais le quartier français. Je ne me suis jamais senti aussi libre. De plus, la musique que je créais était très honnête et reflétait exactement ce que j’étais dans ma vie à ce moment-là. J’y suis allé en pensant que j’allais faire un bon disque.

Pourquoi Elektra a choisi My Lucky Day comme premier single?

Je ne me souviens pas que My Lucky Day ait été choisi comme un single. Author Uknown fut le premier single. Quand la responsable de A & R est venue en studio pour écouter la fin de l’enregistrement, j’ai été très déçu par sa réaction. Elle semblait penser que cela n’avait aucun attrait commercial. Un mois plus tard, mon manager m’a annoncé que tout le monde chez Elektra adorait mon disque. Mais Elektra pensait que ce disque serait difficile à défendre. On m’a donc demandé d’écrire des choses plus simples qui parlent de l’amour de Dieu. D’habitude, quand on me demandait d’écrire quelque chose, je faisais systématiquement son contraire. Mais pas cette fois là. Quand elle a écouté ce morceau à la gloire de Dieu, elle l’a jeté à la poubelle en pensant que les chansons de mon album étaient bien au-dessus. Inutile de te dire que j’ai été très contrarié et très déçu par le travail de promotion fait par Elektra sur les deux disques.

Tu as des regrets concernant ce disque ?

Pas vraiment. Je veux dire, je suis conscient que j’insère parfois des choses musicales ou lyriques dans mes chansons. Cela peut prêter à confusion, mais j’ai toujours aimé ça. Un disque est fait pour me bousculer sinon je m’ennuie. En ce qui concerne la promotion, le label ne m’a jamais vraiment apporté son soutien. Je devais donc faire la majorité de mes tournées seul. Ce qui était bien car bien car j’aime me produire solo… Mais même si j’ai enregistré l’intégralité des instruments, il me fallait un groupe. Elektra n’a jamais voulu verser un centime pour cela.

Écoutes-tu ce disque encore aujourd’hui ?

Parfois oui. Et je suis très content quand je l’écoute. C’est un travail dense et très stratifié. Il ne fut pas facile à faire mais c’est mon meilleur album. Si tu adhères dès le début à un disque, c’est qu’il n’a pas grand chose à offrir. Quand le disque est plus obscur, plus difficile d’accès, il y a de fortes chances que ce qu’il contient soit plus profond et plus marquant. Mais les gens ne veulent pas de ça. L’art doit se désirer. Malheureusement, le reste du monde n’est pas d’accord avec moi.

Quelle est l’histoire de la chanson Holiday ? C’est ma chanson préférée de cet album.

Oh cool ! Cette chanson a été enregistrée après que Nigel et moi ayons fini d’enregistrer le disque. Nous l’avions terminé en 1998 mais Elektra a reporté la sortie de 9 mois. J’ai donc écrit et enregistré Holiday pendant cette pause. Je l’ai enregistrée seul dans mon appartement à Los Angeles avec My Lucky Day ! Il n’y a pas vraiment d’histoire à raconter dessus. C’est probablement l’une des chansons les plus mélodiques du disque.

Et quelle est ta chanson préférée de ce disque ?

C’est difficile pour moi de choisir. J’aime beaucoup See You Again et Revelation. Elles sont vraiment uniques et j’aime leurs messages. Elles sonnent bien en plus. J’aime aussi All Gods Creatures pour son solo et son synthé. Je suis fier du disque dans son intégralité. Je n’en reviens que cela date de 1999. Vingt ans ! Wouah !

Jason Falkner - Can You Still Feel ?

Can You Still Feel? de Jason Falkner est disponible chez Elektra.

Jason Falkner - Can You till Feel

Tracklist

Jason Falkner - Can You Still Feel?
  1. The Invitation
  2. Author Unknown
  3. Revelation
  4. My Lucky Day
  5. Holiday
  6. Eloquence
  7. I Already Know
  8. See You Again
  9. Honey
  10. The Plan
  11. All God's Creatures
  12. Goodnight Sweet Night

English text

Why did you choose Nigel Godrich as producer ? You produced your first album ?

Well I actually produced both records. I gave nigel a co-production credit to make him feel more invested in the proceedings and my hope was that he would contribute a lot as a co-producer. The reason I was adamant about solely producing those records is that I had come out of experiences (the grays, jellyfish) where I knew exactly what I wanted but the decision making process when you’re in a “band” was/is a frustrating committee so I wanted to avoid all that and do things my way. I chose nigel because when I first heard ok computer I put it on headphones as I was falling asleep and needless to say I stayed wide awake until the album was over! I ripped open the booklet to find out who made this and was pleasantly surprised to see a name I didn’t recognise haha…so I was relieved that I would most likely be able to afford him! His mixing skills are really breathtaking. The next morning I asked my manager to find him and shortly after that we were talking and figuring out where to make my record. Apparently Thom York had given the seal of approval for nigel to work with me in the simple response to nigel’s question if he knew of me.. “oh yeah, the unknown author” haha

What’s the reason behind the name of this album ?

Originally I was calling it “amazing the survivors” which is a lyric from my song “see you again” and it was pretty close to the artwork deadline when I realised I didn’t really love the name. I remember waking up one morning with the Clash song “the right profile” in my head…specifically the line “is he alive, can he still feel?” And it struck me that can YOU still feel Is a question that made a lot of sense to me at the time. I felt like the internet explosion that is simply a part of life now was just taking hold globally and the sense of being bombarded by content was a fairly new and overwhelming thing. Option paralysis! So, this title reflected my feelings about how this can jade us. I think it’s an even more relevant question today.

How did long it take you ?

Nigel wanted to come to LA to make the record but I really wanted us to be on an even playing field with as few distractions as possible. LA is where I’m from so I thought let’s go somewhere where neither of us know anyone! I had made brendan bensons record in New Orleans the year before and I love Danial Lanois studio “kingsway” so that’s where we went. Nigel had no experience in that city but I knew he would love it and he did. We were there for a month and then we broke for Christmas and resumed in LA for the second half. The whole record including mixing probably took 2
And 1/2 months

It was easy to work with Nigel ? What did he bring to the record ?

Yes nigel and I got along very well. He’s not really a cheerleader type of producer and I was used to that with people like jack Joseph puig. Jack is really supportive whereas nigel is more like a member of whatever band he’s working with. This can be a positive and negative thing in that sometimes there’s a competitive side to him that doesn’t normally exist between artist and producer. Aside from that we had a blast working together.
> 5) What’s your favorite memory of this recording process ?
Probably just the freedom I felt in New Orleans. I absolutely love that city. It’s the funkiest place on earth. You’ll just be walking down the street and all of a sudden there are 20 people coming around the corner playing kazoos and horns donned in all yellow clothing with Indian headdresses on… and it’s not an organised parade! It’s incredible. I had access to a bicycle that someone had left at the studio so nigel and I would be recording and when I wanted to clear my head I would just take off and cruise the French quarter on this bike. I’ve never felt so free. Also the music I was creating I felt was very honest and reflected exactly where I was in my life at that point. I went in to it thinking I was going to make a feel good record haha it has moments of that but make no mistake it’s a dark horse.

Why did Elektra choose My Lucky Day as single ?

Did they?? Haha I don’t remember that as a single. I know author unknown was the first single. When we had the head of A&R come to the studio to listen toward the end of production I remember being very underwhelmed by her response. She seemed to think it had no commercial appeal. Maybe a month later my manager got word that everyone at Elektra in New York loved the record but thought it was a bit “difficult” so she asked me if I could just “please write something simple..for the love of god” haha. Historically whenever anyone asked me to do something like this I would run the other way but this time I thought I’ll give it a try. An experiment! I came up with a song and sent it to her to which she replied “thank you!” But when she played it to the radio people at the label that thought it didn’t stand up to the quality of the record so off it went. Needless to say I was very upset and disappointed with elektras promotion of both records.

Do you have some regreats about this record ?

Not really. I mean I’m aware of the fact that in my recordings I occasionally insert musical or lyrical things that, I suppose, could be confusing but I’ve always enjoyed that. Something needs to push and pull otherwise I’m just bored. As far as the promotion is concerned I was never given proper tour support from the label so I had to do the majority of touring solo which is fine in a way because I love doing shows solo BUT the record sounds like a band even though I’m playing everything and so it needed to be promoted as such and I couldn’t get elektra to pay for that. Ugh !

Do you listen to this album today ?

Sometimes yes and I’m still really happy with the majority of it! It’s a dense heavily layered piece of work. Not easy to get to but I think the best stuff Is that way. If you get something immediately that’s great but chances are that’s all it has to offer and nothing else will be revealed to you as a listener. When something is a bit more obscure or hard to understand chances are it’s deeper and more meaningful and why wouldn’t people want that? In my perfect world that very quality is what people desire from art.
Unfortunately the rest of the world disagrees with me.

What’s the story of Holiday ? It’s my fav’ song of this record.

Oh cool! Yeah that one was recorded after nigel and I finished the record. We actually completed it in 1998 but elektra postponed the release for 9 months so I wrote and recorded “Holiday” in that long gap. I did that and ”my lucky day” by myself in my apartment in LA! No real story behind it but it’s probably one of the more melodically adventurous songs on the record.

And you ? What’s your favorite record of this LP ?

Hard for me to choose one! I really like “see you again” and “revelation” just for their messages and uniqueness. Sonically as well. I also love “all gods creatures” for the insane solo in the middle and the angular synth riff. I am proud of the whole record though. Can’t believe it’s 20 years old!