2009. Putain 10 ans. Une éternité… Oasis tire le rideau à Rock En Seine, Bill Callahan publie le bijou (absolu) Sometimes I Wish We Were an Eagle et Phrazes For The Young signe les premiers pas de Casablancas en solo. Et ? Et trois jeunes de Clermont-Ferrand allait mettre un coup de pied dans l’ordre bien rangé des affaires françaises.

Avec le recul, on se dit qu’il fallait sacrément en avoir dans Le Pantalon pour sortir un tel disque. En 2009, le triumvirat Felzine-Faure-Gentile frappait un grand coup avec A71, un premier album qui devait autant à Vian qu’à Reed. Avec Mustang, on ne s’emmerdait pas, on rencontrait pour la première fois Anne-Sophie et on faisait un grand bond En Arrière En Avant.
Réécouter A71, c’est l’orgasme assuré. C’était déjà très bon en 2009… C’est meilleur en 2019. Comme les grands crus, A71 s’est bonifié en vieillissant et file un coup de vieux à tout le monde.

Vous débarquez en 2009 avec un premier album signé chez… Sony. Comment Mustang se retrouve sur cette major ?

Alors il faut préciser que nous avons avant tout signé sur un tout petit label indépendant, A Rag Records, puis en licence chez Sony Epic/Jive.

Mustang – Le Pantalon

Sony vous avait laissé carte blanche pour le disque ? Vous avez eu une liberté totale ?

Jan Ghazi d’A Rag n’a jamais eu une politique de niche et pensait que des chansons en français comme les nôtres avaient leur place en major et dans les grands médias. Il est donc parti en quête d’un partenaire plus gros que lui. On lui a fait confiance, on était des petits ploucs, on ne connaissait rien ni personne, et on n’avait surtout pas de fierté indé mal placée, on voulait que ça passe à la radio. De toutes façons Sony n’est intervenu sur aucun des choix de tracklist, pochette ou autre. Nous leur avons fourni le produit fini.

Mustang

© Dimitri Coste

Ce disque a été enregistré avec Vincent Talpaert et Michel Toledo. Pourquoi les avoir choisis ?

Vincent Talpaert avait produit un autre disque A Rag, Cryland de Don Cavalli qui nous avait plu et nous avait même décidé à signer avec A Rag. Ce n’était cependant pas un grand technicien de studio à l’époque, plutôt un mec avec du goût et des idées, alors Jan nous a suggéré un type d’expérience, Michel Toledo pour l’assister à la prise de son au studio Pigalle, qui ne s’utilise pas comme le premier home-studio venu. Un type super Toledo, d’une grande patience, d’un grand calme. Vincent Talpaert, batteur qui vient du rythm and blues et du rock and roll bien roots apportait tout son bagage vintage, en même temps que ses envies de transgresser tout ça en utilisant des effets anachroniques, des boîtes à rythmes etc. Ça a donné ce curieux et maladroit mélange, presque uchronique, genre « Buddy Holly découvre un studio des années 2000 », qui fait le son du disque.

Combien de temps vous a pris l’enregistrement de ce disque ?

Je ne me souviens plus très bien, plusieurs séances de trois jours un peu espacées, une dizaine de jours en tout, peut-être ? Il n’y a que le plus électronique de tous, C’est Fini, que j’ai fait seul avec le mixeur Stéphane « Alf » Briat dans son studio, quasiment entièrement avec un vieux Farfisa Gulliver.

Quel est le meilleur souvenir lié à l’enregistrement de ce disque ?

C’était notre première fois dans un vrai studio et c’était génial d’essayer leurs pianos, leurs Rhodes, des guitares assez rares etc. Il y a aussi une vraie chambre d’écho sous la régie, c’est assez impressionnant. L’ambiance était cool malgré des sessions épuisantes jusque tard dans la nuit (on ne jouait pas très bien, d’où l’emploi de béquilles via des boîtes à rythmes et un recalage ProTools assez intensif). On pouvait fumer tant qu’on voulait, aussi, et ça devient un luxe. Surtout, on était pleins de cette présomption adolescente qu’on ne retrouvera jamais : on pensait vraiment enregistrer le disque qui allait changer le monde, nous rendre riches et célèbres ! Et puis on arrivait à Paris, d’où ce titre, A71 (autoroute Clermont-Paris), un peu conquistador. On peut dire que ça a bien merdé !

Mustang – Anne Sophie

Et cette pochette… Qui a signé les photos ? Qui a réalisé cette pochette ?

Dimitri Coste, assez célèbre dans le milieu de la moto (fameux pour quelques pochettes de Johnny, aussi !), a fait les photos et les premiers clips (Anne-Sophie, C’est Fini, Le Pantalon). Jan Ghazi a fait avec nous le graphisme de la pochette.

Vous écoutez ce disque aujourd’hui ? Quelles relations entretenez-vous avec lui ?

C’est très rare que je l’écoute, et jamais en entier. Je ne peux de toutes façon pas le subir comme un auditeur normal : je sais ce qui est joué dessus, comment il a été mixé etc. C’est donc plutôt pénible. Mais c’est le préféré de plein de gens, et Il est fait de nos premières chansons, écrites entre 15 et 20 ans, donc il a une place un peu spéciale. Il y a deux trois chansons un peu magiques dans leur production: C’est Fini, En Arrière en Avant, La Plus Belle Chanson du monde… et l’album vieillit plutôt bien, ce qui n’est pas le cas de tous nos titres. Mais comme c’est le plus fifties de tous, pas mal de gens sont restés bloqués et nous parlent encore de rockabilly, ça me rend dingue !

Avez-vous des regrets le concernant ?

Nous avions beaucoup de regrets à l’époque, quant à ses maladresses, comme souvent lorsqu’un disque est fini, mais aujourd’hui il fait partie de notre histoire, on y pense plus. On aurait juste aimé enlever King of the Jungle qui est une bouse honteuse, pour mettre Boo-Hoo à la place : c’est une super chanson apocalyptique qui a été éjectée du tracklisting pour une raison qui m’échappe encore aujourd’hui. On ne se gênera pas pour faire un peu de révisionnisme si on ressort l’album ! Reste une poignée de nos classiques dessus, qu’on joue quasiment à chaque concert : Anne-Sophie, Le Pantalon, C’est Fini, En Arrière En Avant.

Vous aimez enregistrer des disques ? Avez-vous eu plaisir à enregistrer ce disque ?

On adore enregistrer des albums, essayer des sons, construire le tracklist, essayer de donner une architecture secrète à un disque. Aujourd’hui c’est un luxe d’aller 10 jours tous frais payés dans un studio pour faire de la musique, alors je réalise la chance qu’on a eue, nous le petit trio de rock de province des années 2000. A part le troisième album, je n’ai que des bons souvenirs de studio avec Mustang. Là on termine enfin le quatrième, de manière un peu plus bricolo, mais c’est la même excitation avec les gars.

La princesse au petit pois est ma chanson préférée… Quelle est l’histoire de cette chanson ?

Alors celle-ci figure sur le deuxième album Tabou, pas sur A71. C’est un jam qu’on a fait sur un vieux riff à moi et la fameuse boîte à rythmes béguine du Farfisa. La chanson en elle-même est un peu débile avec son texte surfait (plein d’allitérations en « esse » , « exe » etc… dont j’ai un peu honte aujourd’hui – tout ça juste pour parler d’une fille qui casse les couilles bref -) , mais la production d’Alf transcende le titre. C’est notre seule vraie incursion dans le psychédélisme, avec cette touche kraut médiévale vraiment bizarre. On la joue à chaque concert, elle a le mérite supplémentaire de faire bouger les popotins.

Mustang - A71

Mustang - A71

Tracklist : Mustang - A71
  1. Je M'Emmerde
  2. Le Pantalon
  3. King Of The Jungle
  4. Pia Pia Pia
  5. Maman Chérie
  6. Mustang (Instrumental)
  7. Anne-Sophie
  8. La Dame De Pique
  9. Ma Bébé Me Quitte
  10. En Arrière En Avant
  11. La Plus Belle Chanson Du Monde
  12. C'Est Fini