Minuit avant la nuit

SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux commentés du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour de Ladylike Lily qui sort le 1er mars, Echoes, un conte visuel et musical (dès 5 ans), une odyssée mélodieuse colorée et initiatique, un disque dédié à « nos futurs petits ouchs » qu’elle a elle-même magnifiquement illustré et qui en fait un merveilleux objet à feuilleter et non à streamer. Elle nous a concocté une playlist qui ne prend pas les enfants pour des abrutis ou qui redonne aux adultes leur âme d’enfant.

Ladylike Lily en cinq questions

Ton souvenir de concert ?

Le dernier en date était en Australie, je suis partie à Adelaïde jouer pour deux concerts. J’y ai vu sur scène Clara Luciani et ses musiciens. Elle venait de sortir de son avion et était complètement jetlaguée, et ça a donné un beau moment suspendu.

Ta rencontre en tournée ?

Lors de cette même tournée en Australie, j’ai croisé l’équipe de Camille qui jouait au même Festival. Nous avons parlé maternité́, tournée et système éducatif alternatif. Des sujets qui me questionnent pas mal : comment fait-on pour élever un enfant lorsqu’on est en tournée sans mettre un frein à sa carrière ? Autour de moi j’ai pas mal d’amies musiciennes qui commencent à vivre cette expérience. Je comprends qu’il faut puiser en soi une sacrée dose de force et de courage. Comme disait très justement Camille, c’est un système à inventer, puisqu’il n’existe pas encore. C’est à nous de le faire.

Ton anecdote dans le van ?

La semaine dernière je suis partie dans mon limoubus (c’est le nom de notre van, on vient de l’acheter et il nous parait immense par rapport à ma petite voiture) pour donner mes premières représentations jeune public. Comme on va beaucoup tourner cette année, on met un soin particulier dans nos demandes en matière de nutrition. Bien manger, bien dormir quand on fait deux représentations par jour avec un chargement et déchargement, croyez-moi, c’est indispensable.

Les salles, restaurants, hôtels en France ont tendance à nous proposer de la viande à chaque repas, c’est quasi systématique. Nous on demande des repas végétariens pour toute l’équipe. Ce soir-là, on s’est vu proposer des carottes râpées industrielles par l’hôtel qui nous accueillait en guise de repas du soir. Ils étaient en panique parce qu’ils ne savaient pas quoi nous faire à manger.

Il reste tant à faire pour changer notre mode d’alimentation et nos modes de consommation en général. Déjà̀, on doit contourner de vieux réflexes inculqués depuis des générations. Ça bouge doucement, mais on sent que ça va prendre encore quelques années avant que les gens trouvent ça normal de ne pas vouloir manger de viande, sans être perçu comme des originaux.

Pour l’anecdote, on a rappelé le Festival parce qu’on voulait manger autre chose que des carottes râpées, alors ils ont demandé à la mairie qui finançait l’événement de revoter le budget pour qu’on puisse aller manger ailleurs. Finalement le préfet du Cantal a accepté, et on s’est envoyé un bon Burger VG. Bref, on est passés pour des gros relous, mais au final on a bien mangé.

Ton nouvel album en quelques mots ?

Quelques mots seulement pour condenser une année et demie de vie consacrée à mon dernier album… ? Je dirais que ce disque a été́ une très belle transition dans ma vie, il m’a permis de retrouver et remettre du plaisir dans mon travail. Là où il y avait eu beaucoup de contraintes, de barrières artistiques, d’épuisement et de perte de confiance en soi. J’ai découvert le monde du jeune public avec des yeux émerveillés lorsque j’ai compris que je pouvais tout explorer. Une sorte d’euphorie qui s’apparente au moment où l’on vient d’apprendre à lire, et qu’on a envie de lire tous les livres d’un seul coup.

Je suis partie dans tous les sens, j’avais envie de composer tous les morceaux que je ne m’étais pas permis de faire avant. C’était complètement jouissif, libérateur, et j’y ai appris plein de choses. On s’est enfermé pendant un mois au Red House Studio avec Julien Ravary qui a fait le mix. En entrant là-bas, on savait qu’on ne quitterait pas les lieux sans avoir terminé. Moi qui avait du mal à finir les choses…, maintenant je sais à quel point ça fait du bien.
Dans ma vie de musicienne, il y a un avant et un après Echoes. J’ai déjà envie d’écrire la suite. C’est une vraie drogue (mais qui n’abîme pas le corps ni l’esprit)

En parallèle, j’ai fait l’illustration des titres de l’album. Une première pour moi qui ne suis pas illustratrice. J’ai toujours aimé bidouiller des petites vidéos, juste pour m’amuser. Là c’était autrement plus sérieux, j’ai donc découpé, assemblé, dessiné les 30 pages du livre – disque qui va sortir ce 1er mars. C’est totalement surréaliste de me dire que dans une semaine on trouvera un ouvrage avec mes illustrations.
Cette aventure jeune public m’a emmenée là où je ne m’attendais pas à aller. Je me suis laissée porter, et franchement, ça fait du bien. Le lâcher-prise…

Ton prochain rêve ?

On peut dire que je rêve un peu éveillée en ce moment. J’ai toujours été attirée par le théâtre, l’art d’endosser un personnage le temps d’être sur un plateau, mais je pensais qu’il allait surement falloir une deuxième vie pour explorer cette envie-là.
Quand on a commencé à préparer le spectacle d’Echoes, on s’est dit que je devais assurer la narration de l’histoire avec des voix off, que j’ai enregistrées.
Puis, la veille de la deuxième et troisième représentation, j’ai eu envie de les faire en direct. Je me suis fait accompagner de mon metteur en scène David Lippe et de Ghislaine Lenoir, pour appréhender ce nouvel exercice.
Me voilà̀ partie sur une forme bien différente des concerts traditionnels que je connais jusqu’ici.
Moi qui étais juste guitariste, je me retrouve à manipuler des ombres, à jouer, danser, être narratrice au sein d’un même spectacle.
Pincez-moi pour voir ? Je dors peu en ce moment et j’ai tendance à rêver un peu.

Ladylike Lily – Sous Le Cyan

En écoute avec Ladylike Lily :

J’ai préparé une playlist orientée jeune public, mais pas seulement. Je n’aime pas non plus enfermer la musique dans des cases, et je sais que les enfants sont très ouverts à tout ce qu’on peut leur proposer. Voici une petite sélection d’humeur, à quelques jours de la sortie de mon premier livre – disque jeunesse.

  1. Camelia JordanaLes boites
    J’ai découvert il y a peu ce magnifique morceau issu du Soldat Rose, interprété par Camelia Jordana.
  2. VoyouSeul sur ton tandem
    Voyou est le projet solo de Thibaut Vanhooland, un musicien que j’ai rencontré en tournée. À l’époque, il jouait avec plein de groupes différents, j’étais très curieuse d’écouter sa musique. J’adore sa manière de poser sa voix et ses textes. Il a un style bien à lui, et si vous prêtez attention, dans son disque on entend de très jolis chœurs.
  3. JainAlright
    Il y a une matière sonore chez Jain, faite de plusieurs influences musicales, qui est très reconnaissable. Dans son dernier album, on entend même un mélange de Bollywood et de rythmes africains qui sont hyper dansants, et touchant en même temps.
  4. O (Olivier Marguerit)Mon écho
    Rencontré à l’époque des Syd Matters, j’ai toujours jeté une oreille aux multiples groupes et apprécié les productions d’Olivier Marguerit. J’aime ses chansons décomplexées, elles me touchent autant sur disque qu’en live. En entendant ce morceau une première fois, j’ai été émue aux larmes, et je vois que ça marche encore aujourd’hui (rire). Quelle beauté, quelle puissance !
  5. Ladylike LilySous le cyan
    Sous Le Cyan est un passage aquatique de mon conte pour enfants. Le personnage de mon histoire plonge dans l’océan et découvre la multitude de méduses qui peuple les profondeurs. Souvent craintes et mal aimées dans la mythologie, les méduses sont pour moi une personnification de La Femme qui a vu l’humanité défiler sous ses yeux. C’est un temps fort de mon spectacle, visuellement et musicalement. On y entend des textures sonores mélangées de kalimba, marimba et harpes synthétiques qui lui donnent aussi une base de zouk dansante et doucement planante.
  6. CamilleLes loups
    J’aimais déjà beaucoup Camille pour son travail autour des mots, du son, de la voix, et puis je l’ai vue en concert. J’ai été emportée par sa proposition. Elle est sans filtre, sans barrière, elle explore et engage le corps, comme un instrument central. La scénographie est superbe et on ressort énergisé de ce magnifique spectacle sur la tournée OUÏ. Les loups est un morceau qui fonctionne à merveille en live, hyper tribal, commençant par des voix à la manière traditionnelle. C’est beau, c’est libre et ça me touche profondément.
  7. Emily LoizeauViens avec moi mon vieux pays
    J’ai eu la joie d’ouvrir pour Emily Loizeau sur sa tournée en violoncelle / piano. C’est une artiste très engagée, qui a l’intelligence de toujours faire un lien entre ses idées et sa proposition artistique. Elle se renouvelle beaucoup à travers ses projets et, même sous des formes bien différentes, on y retrouve sa patte.
  8. Françoiz BreutLa danse des ombres
    Le clip en ombres et papiers blancs de Françoiz Breut est un de ceux que je préfère. Il est super beau et illustre à merveille ce petit bijou qu’est « La danse des ombres ». C’est un morceau qui m’apaise, surement grâce au phrasé si beau et reconnaissable de Françoiz.
  9. Pitocha (Les Ogres De Barback, Trÿo)Mamsell bulle
    Comment ne pas citer la fabuleuse histoire de Pitocha inventée par les Ogres de Barback qui ont invité leurs amis musiciens à créer des disques jeune public avec eux ? C’est tellement mignon, le ton est juste et on navigue dans le merveilleux. Un vrai bonheur pour petits et grands ! J’ai un profond respect pour les Ogres. Depuis des années, ils ont su bâtir leur empire en indépendants, monter leurs labels, créer des tournées avec de très belles scénographies. Dans un style bien à eux, toujours tendre et rigolo. Que l’on aime ou pas leur style, ce sont de vrais ouvriers de la musique.
  10. DionysosUne sirène à Paris
    J’imagine que vous connaissez comme moi « Jack et la mécanique du cœur », un conte hivernal adapté à l’écran. Derrière cette belle histoire, il y a Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dionysos, qui est un artiste touche-à-tout. Il écrit, compose, réalise, et c’est quelqu’un qui aime les collaborations. Je suis en train de lire son dernier livre, Une sirène à Paris, qui vient tout juste de sortir, et qui est plein de poésie.
  11. Anne SylvestreLa petite rivière
    En préparant cette playlist pour les enfants, j’ai été piocher dans mes cassettes d’enfance. S’il fallait garder un seul morceau d’avant, ce serait celui-ci. Je l’ai écouté en boucle des heures. Il me rendait joyeuse et mélancolique à la fois. Quelle douceur, quelle tendresse dans la voix d’Anne Sylvestre qui a bercé mes premières années.

Echoes sortira le 1er mars 2019 chez Patchrock / Armada Productions / L’autre Distribution.
Plus d’infos sur la page facebook de Ladylike Lily où vous trouverez ses dates de concerts dont le 10 mars à 17h à l’Épicerie Moderne de Feyzin.

Ladylike Lily_© Nathanne Le Corre

Tracklist : Ladylike Lily - Echoes
  1. Il y a
  2. En bichromie
  3. Les violets
  4. Les couleurs se perdent
  5. L'arc-en-ciel
  6. Retro gamine
  7. Vol d'oiseaux
  8. Sous le cyan
  9. Jaune primaire
  10. Les fleurs
  11. Je ne suis pas à toi
  12. Monstre bisous
  13. Ferme les yeux
  14. La danse aux étoiles
  15. les voix