SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux commentés du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour d’Ork, le projet hybride et féerique de Samuel Klein à la batterie et d’Olivier Maurel au vibraphone. Mais en fait c’est bien plus que cela puisque ces deux acolytes jouent d’une foultitude d’instruments et que la batterie devient vivante avec une multitude de capteurs métamorphosant le tout en un orchestre électronique baroque. Leur spectre va de Cage à Supergrass et l’on pense aussi à Aufgang dans l’esprit de concevoir une musique rigoureuse mais accessible, électronique mais organique. Ork vient de sortir un deuxième album, Electric Reveries à la pochette qui évoque le voyage du Nautilus, on découvre un peu plus Ork avec sa playlist commentée.

Ork en cinq questions

Votre souvenir de concert ?

La Gare Jazz à Paris. C’est un endroit en friche, un hall de gare, une scène faite à la sueur, une sono pas énorme, une acoustique bien résonnante lorsque la salle est vide, car grande et carrelée. Des balances étranges car nous jouons rarement devant la sono. Nous revenons de manger, les gens qui commencent à arriver remplissent bien l’espace de leurs paroles. Puis de plus en plus de gens, de plus en plus de sons, le maître des lieux monte sur scène, un peu gourou comme ça, et après une longue tirade sur le silence, leur demande texto de fermer leurs gueules pendant que ça joue !
400 personnes, deux soirs de suite, qui dansent sans piper mot. Le contraste avec le feu en fin de titre.
Un beau souvenir qui fait écho à un concert à Bamberg en Allemagne, le mois dernier. Le sub était sous la scène et les basses si puissantes que nos instruments vibraient littéralement, nous nous sommes laissés emporter par la magie du moment et avons improvisé des plages de transes bien plus longues que d’habitude, c’était là aussi un moment exceptionnel !

Votre rencontre marquante ?

Nous avons rencontré le groupe Grandbrothers au festival de Jazz à Montreux l’an dernier, ce fut une belle claque musicale ; leur dispositif scénique et leurs compositions envoûtantes nous ont bien accrochés.
S’en est suivi l’anniversaire de Quincy Jones dans le bar VIP du festival, juste derrière la scène, qu’avec des gens qui avaient l’air super connus mais qu’on ne connaissait pas (rires).

Ork – Fable

Votre anecdote dans le van ?

Première tournée Ork, dans l’ouest de la France, en camping-car. Tournée montée sans l’aide de personne bien sûr, dans des clubs ou tous petits lieux. Tout est vérifié quarante fois jusqu’au moindre câble. L’itinéraire, les dates, les hébergements, mais la sensation d’oublier quelque chose, comme d’habitude. Le chargement du camping-car avec le vibraphone qui voyage sur la couchette ou qui descend à la cuisine au besoin, les câbles qui se battent en vrac dans des sacs (nous n’avions pas encore de jolis flight case pour tout ranger comme il se doit), les playlists qui s’enchaînent pendant les 450 premiers kilomètres.
Et là, c’est le drame.

Sam : « tu sais ce qu’on a oublié ? »
Olivier : (voix blanche) « non ? »
Sam : (mort de rire) « la sono ! »

Trouver une sono d’urgence en Bretagne, qui n’a jamais servi ! …car le club dans lequel nous devions jouer avait… oublié de noter la date ! À cela s’adjoint le souvenir du retour en camion de notre premier concert, nous étions tellement euphoriques que nous avons réussi à nous perdre dans un champ de maïs… Anecdote qui ressort aujourd’hui que nous nous étions promis de garder pour nous !

Votre nouvel album Electric Reveries en quelques mots ?

C’est un tout autre objet que notre premier album, Orknest. Ici, nous avons rassemblé, synthétisé nos idées. Tout y est plus homogène, cohérent, fluide. Les titres du set précédent étaient très hétéroclites, individuels ; ils ont fait place à un ensemble de titres qui a repris cette variété de propositions en l’amalgamant dans une seule pâte. Quand le précédent disque avait une chanson pop, une jazzy-bizarre, une onirique, Electric Reveries emmène un peu tout, un peu partout.
Electric Reveries est électrique, onirique, chimique, brumeux ou cinglant, dans un espace temps parfois distordu.

Votre prochain rêve ?

Un freak orkestra, ou alors un feat avec Björk ou Radiohead. Donc même si rien n’est jamais exclu, a priori un freak orkestra. Un orchestre de timbres inouïs, inespérés, constitué de machines transhumanistes et d’instruments transacoustiques, Le public immergé dans toute cette machine-masse, sonore et pulsée.

Ork – Plane

En écoute avec Ork :

  1. Steve ReichDouble sextet
    Steve Reich nous porte dans des sphères minimales et oniriques. Il développe la matière, l’exploite et la recycle jusqu’à épuisement et satisfaction. Un peu comme ce qu’on aurait dû faire avec notre planète…
  2. GrandbrothersBloodflow
    Là on est en plein dans le rêve, dans la suite de Steve Reich, dans l’hybridation entre l’homme et la machine.
  3. The BeatlesStrawberry fields forever
    Une racine, la première utilisation marquante du mellotron, un voyage insensé mais tellement coloré.
  4. MoriartyJimmy
    Quelle poésie, quelle voix, quel univers, tellement simple, humble et nostalgique !
  5. Elis Régina et Tom JobimAgua de Março
    Pour la complicité de leur duo. Parce qu’ils sont tellement mignons…
  6. Aphex TwinCome to Dadd
    Pour son côté bad trip, sombre, chimique et décalé.
  7. Magnetic EnsembleDancing Alone
    Leur transe subtile, leurs collaborations de choix, leurs innovations dans le détournement des instruments à percussions.
  8. RadioheadParanoid Android
    Pour la clarté des arrangements malgré leur complexité, la poésie des timbres, l’efficacité des ligne mélodiques.
  9. Pink FloydsEchoes
    Une de nos principales influences, pour le trip aquatique à 12 minutes dans lequel nous imaginons un chant d’orques.
  10. GongCrosscurrents
    Le premier titre que nous avons joué ensemble, et que nous continuons à jouer avec d’autres morceaux du même compositeur, dans un projet parallèle hommage à Pierre Moerlen.

Electric Reveries d’Ork vient de sortir avec Inouïe Distribution.
Plus d’informations sur la page facebook d’Ork.

Ork - Electric Reveries

Ork - Electric Reveries

Tracklist : Ork - Electric Reveries
  1. Plane
  2. Anytime
  3. Dinner For One
  4. Electricity (Asakusa Electric Bath)
  5. Plume
  6. This Day
  7. Integrate
  8. Fable
  9. Eye On
  10. La Valse Des Grands Enfants