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C’est dire le bonheur de revoir Robi

© Marikel Lahana

On ne meurt plus d’amour dit la chanson de Robi… Nous, on pourrait bien mourir d’amour pour ses chansons. On est même volontaire. Après cinq ans d’absence (qui ne sont pas synonymes d’inactivité), Robi fait son retour avec un disque pénétrant qui vous transperce et vous sublime. Comme les dernières chansons de Vincent Delerm, les nouvelles chansons de Robi ne trichent pas et transforment vos journées.

Que s’est-il passé pendant les cinq années qui séparent la sortie de Traverse de La Cavale ?

Robi : J’avais écrit La Cavale dans la foulée de mon premier album. Je ne m’étais pas trop posée de questions. Je voulais d’abord vivre des choses. L’écriture se nourrit de la vie vécue. Dans la réflexion de ne pas creuser toujours le même sillon, pour éviter de se répéter et pour éviter d’ennuyer les auditeurs (et moi-même), j’ai décidé d’apprendre la musique. Je ne l’avais jamais fait.

Robi – Le Soleil Hélas

Qu’entends-tu par apprendre la musique ?

Je veux savoir ce que je joue. Sur le premier album, je suis une mélodiste. Jeff Hallam m’avait fait des propositions d’arrangements. Sur La Cavale, j’avais travaillé seule pour la composition avec un ordinateur. Sur ce disque, je voulais me renouveler et déconstruire mon système. J’ai mesuré l’étendue de ce que je ne savais pas. J’ai donc été saisie par le doute dès que je me mettais au piano. J’ai commencé, avec Katel, à enregistrer un troisième album. J’ai mesuré que je n’étais pas prête pour ce disque quand je faisais écouter les morceaux à mon entourage. Il me fallait une certitude profonde… Il me fallait de la justesse. J’ai donc abandonné ce disque et je suis passée au quatrième album. Ce fut un processus long et douloureux. J’ai renoncé temporairement à la musique, ce qui a créé un nouveau désir, celui de refaire de la musique. Je voulais ne pas faire un troisième album pour faire un troisième album. Il fallait donc du temps, luxe que je me suis permis. Pendant cinq ans, j’ai eu d’autres projets, j’ai écrit pour d’autres personnes que moi. J’ai fait beaucoup de clips… Je me suis nourrie et un jour tout est revenu.

Quel jour exactement ?

Je me suis levée un matin en voulant arrêter la musique, je m’en rappelle très distinctement. Ce ne fut pas le cas quand j’ai voulu refaire de la musique. Le désir est revenu de manière souterraine et a jailli un beau jour.

Ce disque donne l’impression que tu es heureuse. Ce n’était pas le cas sur les précédents.

Il y a quelque chose de plus lumineux. Les deux premiers albums étaient opaques, très portés par la colère et par l’anxiété. Le troisième était porté par le temps qui passe.

Tu reconnais la Robi qui est sur les pochettes des deux premiers albums ?

Oui, je la regarde avec tendresse. La Robi d’aujourd’hui est la même. Je me questionne toujours de la même manière. Et mes questions portent toujours sur les mêmes choses, abordent les mêmes thèmes. L’ouverture et l’horizon sont les mêmes.

Pourquoi figures-tu sur tes pochettes de disques ?

C’est une vaste question. Sur le premier album, ce n’était pas mon envie. On est dans la tradition chanson française, il faut mettre un visage sur les chansons. Moi, je serais allée vers quelque chose de plus abstrait. La question s’est reposée pour ce disque. Il faut identifier le projet. Mot que je déteste par ailleurs…

Et tu as enregistré « ce projet » avec Auden. Quelles ont été vos méthodes de travail ?

C’est la continuité d’une rencontre. Il m’avait sollicité pour écrire sur son disque. Il écrit aussi pour d’autres et il avait besoin d’un binôme féminin pour différentes choses. J’ai écrit Moi Aussi au départ pour quelqu’un d’autre. J’ai voulu la garder et Auden la réaliser. On a publié cette chanson l’an passé sans sortir de disque. On avait donc eu l’occasion de travailler ensemble. C’était assez évident que nous allions faire ce disque.

Comment sont les journées d’Auden et de Robi qui enregistrent ?

Ce sont des heures et des heures passées assis où on enregistre. Des moments d’excitation et de trouvailles, de moments intenses de désaccord qui font naître des merveilles ou des accidents… Il y a aussi des longs moments derrière l’ordinateur où je suis en retrait et je le laisse expérimenter nos idées. C’est très mouvant.

Tu aimes bien enregistrer ?

Pas ma voix.

Pourquoi ?

C’est un rapport à sa nudité qui est extrême. La scène est un endroit excitant. Autant le studio… C’est compliqué pour moi. Par contre, faire des arrangements est un vrai plaisir. C’est d’ailleurs très difficile d’arrêter.

Combien de temps a nécessité l’enregistrement de ce disque ?

Un an avec des phases où on se voyait moins.

Elles vont être faciles à jouer sur scène ces nouvelles chansons ?

Oui. Tout devrait bien se passer. Il va y avoir du changement par rapport à mes précédentes tournées notamment au niveau des basses. C’est un disque plus produit, moins organique. Il faut donc rendre plus durs ces morceaux… Sur scène, il faut les ramener à l’os pour donner un maximum de tension. La tension me nourrit sur scène, j’en ai un besoin vital.

Qui va t’accompagner sur scène ?

Valentin Durup ne sera pas là car il se concentre sur son projet. Il va y avoir Antoine Tiburce qui travaille avec Alex Beaupain et Albin de la Simone. Nicolas Stroebel sera à la batterie.

Tu lis les critiques de tes disques ?

J’ai vu passer les chroniques pour ce disque. Je me sens comprise. C’est là la vraie question. Je ne fais pas de la musique pour moi. C’est une réussite pour moi car je me sens bien avec lui.

C’était une évidence pour toi de faire de la musique ?

Du tout… C’est le texte qui m’a amené à la musique. J’écoutais Brel et Barbara en 1998. Je me trouvais d’ailleurs très révolutionnaire à l’époque. Je ne me projetais pas dans ce métier. J’écrivais des poèmes comme toute adolescente qui se respecte et j’ai rencontré un musicien, je suis tombée amoureuse de lui… Voilà comment je suis venue à la musique.

Tu es heureuse de faire de la musique?

J’aime ce que je fais. J’aime écrire, arranger, faire des concerts. J’aime la succession des faire. Faire des arrangements, faire des clips, faire des enregistrements.

Top 5 Robi

  1. Ton disque préféré de 2019 ?
  2. Le disque de Billy Eilish. C’est une grande découverte. Il y a aussi un morceau de Clara Ysé, Le Monde s’est dédoublé. C’est un morceau d’un lyrisme fou.

  3. Le disque que tu attends le plus ?
  4. Celui de Katel.

  5. Ta chanson préférée de Barbara ?
  6. Pierre.

  7. Un poète mort avec qui tu aimerais bien boire un verre ?
  8. Rimbaud et Verlaine.

  9. Le poète qui aurait dû enregistrer des disques ?
  10. Il n’y a pas plus pur et plus musical que Rimbaud.

Robi - Traverse

Traverse de Robi est disponible chez FRACA!!!

Robi - Traverse

Tracklist : Robi - Traverse
  1. Le Soleil Hélas
  2. Des Sentiments
  3. C'est Dire Le Bonheur
  4. La Bienvenue
  5. Oh Voyageuse
  6. Ma Déconvenue
  7. Chambre D'embarquement
  8. Impatience Et Paresse
  9. Traverse
  10. La Belle Ronde

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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