Compte rendu concert : Piers Faccini @ La Cigale - 16 décembre 2009
Piers Faccini

De même qu’un humble flocon de neige suffit à paralyser une capitale et alimenter les conversations d’une journée entière, il ne m’aura fallu que trente secondes pour tomber amoureux hier soir à la Cigale.
Bon, je dois, pour être honnête, confesser un énorme faible pour tout concert folk qui se respecte, et une tendance au frisson généralisé à l’écoute d’un des trois albums de Piers Faccini. Mais rien ne pouvait vraiment me préparer à l’expérience de cette soirée.

Piers Faccini

Un peu avant 21h, et après une première partie magistralement assurée par Krystle Warren, la salle s’assombrit pour ne laisser dans l’air qu’une dizaine d’ampoules jetant sur la scène un regard mi-clos. L’ Homme fait alors son entrée, discret mais assuré, et se pose au centre d’un demi-cercle de micros et d’instruments, pendant que son batteur et sa choriste prennent place un peu plus loin.

Compte à rebours lancé, trente secondes montre en main avant le premier frisson : un blues de bagnard ouvre la danse, sa voix puissante doucement épaulée par les harmonies de la choriste et les clochettes du percussionniste.
Toute la lumière venant de derrière ou des globes lumineux au dessus, la salle est plongée dans une semi pénombre chaleureuse et rassurante, pas de spot frontal agressif, les silhouettes des musiciens se découpent comme sur un feu de cheminée.
Le visage à moitié visible, seul avec son ombre, Piers fascine et touche en plein cœur par une simplicité et une authenticité des plus rares. Rien ne vient perturber son aura, pas même la choriste (qui se révèlera aussi bassiste un peu plus tard) qui sait se faire discrète et juste.

Après deux morceaux issus de Tearing Sky, son album précédent, l’ambiance de Two Grains of Sand s’installe et ce petit trésor folk déploie alors toutes ses qualités curatives ; car au-delà du strict aspect technique, c’est une musique qui fait du bien, qui panse les plaies pour rarement en ouvrir d’autres, qui soigne et ouvre des portes.
Piers aime jouer, et partager, il quitte ses micros dès qu’il en a l’occasion, pas très à l’aise derrière ces barrières sonores que sont les retours, pour gagner l’avant scène et continuer a capella ou offrir un solo de guitare (To See Is To Believe, sublime). Les compositions du dernier album, volontairement épuré guitare-voix, se mêlent à celles, plus musclées et rythmées des précédents sans aucune perte de cohérence, mues par une même poétique de la route, du voyage et de la rencontre, une mise en pratique du don et de l’amour bouddhiste de tous les instants.

En bon folkeux autodidacte, il maîtrise bien sûr son harmonica (passeport obligatoire pour l’Eden folk) mais sait aussi élargir sa palette d’innombrables influences, de l’Orient au Mississippi ; ainsi, le mystique Come My Demons se transforme en gospel dont il est le chef de chœur.

Si tout cela vous paraît vague, pensez à une bande son d’un Tennessee Williams, toute cette solitude et ce besoin d’échange, le grave et le sérieux portés par les épaules d’un homme qui observe et se bat comme il peut ; il y a dans le folk un poids et une maturité que n’aura jamais le rock, une authenticité des combats intérieurs qui ne cherche pas à renverser mais à faire réfléchir, à parler vrai. Et dans ce registre là, Piers Faccini touche au sacré.

Your Name No More clôt le set principal, et Piers remonte sur scène, seul avec sa guitare pour une bonne dose de rappel qui finira de faire flancher les plus endurcis (Time of Nought puis une reprise de Skip James, puis de Dylan en duo avec Krystle et enfin If I) ; deuxième rappel, a capella cette fois avec Deep Blue Sea, chanson de vieux marin au cœur brisé.

Arrivé vidé et assez perdu, je rentre chez moi plus accompli que jamais, rempli de projets de vie et d’envies de vrai ; deux heures qui vous transforment, ça n’a pas de prix (et pour le reste, il y a Eurocard Mastercard bien entendu).

Date : 16 décembre 2009
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7 réponses sur « Piers Faccini à La Cigale – 16.12.2009 »

Effectivement, très bon concert ! tu as très bien retranscrit l’ambiance du concert je trouve…

Je n’avais pas noté que les derniers titres étaient les moins « gonflés » par leur passage sur scène et au contraire les plus épurés. Cela ferait sens en tout cas.

A ce que j’aurais aimé y être allée. L’article explique clairement l’univers de l’artiste et l’envoutement personnel de l’auteur du texte mais le public a-t-il apprécié et l’a-t-il montré ?

Timidement au départ (une salle assise est toujours assez délicate à s’approprier) puis l’envoutement a gagné rang par rang. En fait dès qu’il s’est approché de l’avant-scène, la salle était conquise. Standing ovation après Your Name No More puis deux séries de rappels…oui le public était bien réceptif!

Un énorme Merci pour tes mots RNO
J’ai eu le bonheur de vivre ce concert, malheureusement je n’ai pas les mots pour exprimer ces émotions là …je lis et j’en ai les frissons !
C’est très très beau !

Je l’ai découvert grâce au forum « des fans » de Piers Faccini
Le lien m’a emmené jusque ici ….

A bientôt ici ou ailleurs !

Je mets le lien sur mon facebook , je me laisserai bien tenter de le mettre aussi sur la page de Piers! je peux ? :))

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