Unordinary Boy (Interviews) | Soul Kitchen

Découvertes avec la comptine pop, Little Numbers, qui cartonna un peu partout en Europe durant l’été 2011, Sonja Glass et Valeska Steiner remettent le couvert avec We Were Here sans changer leur recette, ou si peu. Entretien d’automne autour d’une tasse de thé dans un hôtel de Pigalle, baignés par les effluves de popcorn.

Comment vous sentez-vous ?

Valeska Steiner : Je me sens comme à la sortie du premier (Mutual Friends, sorti en 2011, NdA). Publier un album est à la fois excitant et effrayant. Tant que l’on travaille dessus, on ne pense qu’à le finir, pas à l’avis des gens qui l’écouteront. Quand vient le moment de le présenter… c’est excitant et effrayant. Heureusement, maintenant qu’il est sorti en Allemagne et en Suisse (ainsi qu’en France le 16 octobre, NdA), ça va mieux ; nous sommes contentes qu’il soit dans la nature et nous espérons pouvoir venir souvent en France si les gens l’aiment.

C’est vrai que Mutual Friends a moins cartonné ici qu’en Suisse ou en Allemagne…

Sonja Glass : Nous avons enchaîné pendant des années les concerts dans de petites salles en Allemagne, en Suisse et en Autriche. C’est ce qui nous a permis de construire petit à petit un public. En France, nous n’avons pas encore pu jouer beaucoup, tout est à faire. Il n’y a qu’à espérer que les radios nous passent et que les gens nous découvrent.

Le nouveau single, We Were Here, est aussi efficace et pourtant tout à fait différent de Little Numbers. Pourquoi avoir choisi ce morceau en particulier ?

Valeska Steiner : Ce fut comme une évidence. We Were Here est très émotionnel et chaud. Choisir un single est toujours compliqué, il faut prendre en compte l’avis des autres ― car le morceau que l’on préfère soi-même est rarement celui qui passera le mieux en radio ―, mais là… celui-ci s’est imposé de lui-même.

On ressent dans ce deuxième album une évolution assez légère, mais pourtant bien réelle, de votre musique. D’où vient-elle ?

Sonja Glass : Quand j’ai trouvé les premières idées ― je commence toujours par la musique, puis Valeska intervient ensuite avec ses textes ―, je cherchais un son un peu différent. J’ai acheté un synthétiseur, mis un peu de réverb’… J’ai utilisé les mêmes instruments, mais différemment. La production de l’album, quant à elle, s’est fait de la même manière ; nous avons fait sonner les instruments autrement, mais ce sont les mêmes. C’est ce qui explique cette petite différence. Nous sommes les mêmes, notre son est, dans les grandes lignes, le même, mais nous avons évolué par touches.

Boy – We Were Here

We Were Here traite beaucoup d’ailleurs. Un rapport avec la tournée-marathon qui a précédé son écriture ?

Valeska Steiner : Même pas. C’est même la seule chose dont nous sommes convenues avant d’écrire les textes. J’ai dit que je voulais revenir à une vie normale avant de m’y mettre, passer un peu de temps à la maison avant d’écrire. Les tournées sont évidemment des instants de vie très intenses, mais ce ne sont pas forcément les plus importants.

Sonja Glass : Les choses qui transportent peuvent arriver n’importe où.

Valeska Steiner : Exactement. Au final, seul Hotel Room parle de ce fait d’être loin de la maison, quelque part, en tournée. Un morceau comme New York, au contraire, n'évoque pas New York, ou si peu : c’est une métaphore à propos d’une ville où ça se passe. Il évoque la vie chez soi, quand on est bien, mais qu’on se demande si l’existence ne serait pas plus intéressante ailleurs. Le thème d’Into the Wild est le voyage émotionnel, pas forcément physique. We Were Here, enfin, ne traite pas d’un endroit particulier, ni même de nous. Il parle de jeter un coup d’œil en arrière sur ses relations passées, de se dire qu’elles furent de bons moments. On vit sa vie, on repasse par les endroits qui leur servirent de décor et l’on pense « je nous y vois encore ». Ces lieux gardent nos traces pour toujours ; ces moments, ces relations sont en nous à jamais.

Comment naît un album de Boy ?

Valeska Steiner : Nous travaillons chacun de notre côté et nous échangeons nos idées par e-mail.

Sonja Glass : Nous nous appelons environ 5 fois par jour, même si nous habitons à 15 min de vélo l’une de l’autre. Les idées ne nous viennent pas en même temps.

Valeska Steiner : Nos processus de création ne sont pas synchrones. Dès que quelque chose nous vient, nous nous prévenons mutuellement. Quand nous avons bien avancé, nous mettons tout en commun pour les derniers réglages. Il est très important pour nous de tomber d’accord sur absolument tout.

Boy - We Were Here

Et cela marche à tous les coups ?

Sonja Glass : Nous tombons d’accord 80% du temps.

Valeska Steiner : Les 20% qui restent sont parfois discutés âprement, car lorsque l’on travaille sur un album, forcément, cet album devient la chose la plus importante de l’univers. On en deviendrait dingue. « Comment peux-tu ne pas aimer ce mot ou cette note comme moi je l’aime ? ». Pour cette raison, nous sommes heureuses d’avoir une troisième personne avec nous en studio pour trancher la question et nous aider à tomber 100% d’accord.

Comment se présente la tournée qui commence ?

Sonja Glass : Nous savons ce que nous faisons jusqu’à décembre… la suite viendra. Tout cela est un voyage. Nous verrons où 2016 nous mènera.

Et avec vos musiciens ?

Valeska Steiner : C’est comme une équipe. Nous écrivons la musique dans notre coin, mais ils nous apportent beaucoup. Ce sont de vrais amis. Ils sont impliqués, ils prennent plaisir à jouer avec nous, c’est très agréable.

Ils proposent des choses ?

Sonja Glass : Oui, surtout pour le live. Quand nous avons préparé cette tournée, nous avons cherché à coller le plus possible à l’album, mais ils ont apporté quelques détails dans certains morceaux qui les rendent différents. Leur opinion est importante.

La pochette de We Were Here fait écho à Stories from the City, Stories from the Sea de PJ Harvey.

Valeska Steiner : Elle a été prise durant une balade avec une photographe berlinoise que nous aimons beaucoup (Debora Mittelstaedt, NdA). Nous détestons les photos, les sessions avec nous sont toujours compliquées (rires). Nous avons essayé plusieurs choses et, à la fin de la journée…

Sonja Glass : À la fin de la deuxième journée.

Valeska Steiner : Oui, c’est ça. Ça nous a vraiment pris du temps. À la fin de la deuxième journée, nous avons dîné en ville. Le quartier était éclairé comme en plein jour, car on y tournait un film. La rue était fermée, seuls les taxis pouvaient passer, et nous voulions une photo de nuit car, pour nous, We Were Here est un album nocturne.

Sonja Glass : Nous voulions être prises en situation, au naturel, sans poser. J’aime beaucoup cette photo, car dessus on ne reconnaît pas Berlin.

Boy est en concert mercredi 21 octobre au Café de la Danse de Paris.

We Were Here est sorti le 16 octobre chez Pias.

+ d'articles et photos :
Partagez!