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Sur la route de Moriarty

Avant de jouer à L’Olympia, les Moriarty se sont arrêtés au Cirque Jules Verne d’Amiens pour jouer une partie de leur dernier album en date (Epitath) dans le cadre de l’édition 2015 du Festiv’art.
Ces troubadours modernes sont les apôtres d’une certaine idée du folk et engendrent des failles spatio-temporelles là où ils passent.

Lors de leur passage, Amiens n’était plus la préfecture de la Somme mais s’est transformée en une ville anonyme au pied des Appalaches.
Quant au public du Cirque Jules Verne, il a brusquement quitté le vingt-et-unième siècle pour les années 30.
Encore un concert à Amiens et ce sera l’arrivée de la Prohibition en Picardie.
Ces Moriarty, quels musiciens !

Comment se passe cette tournée ?

Rosemary Standley : Ça se passe très bien !
Stephan Zimmerli : Cette tournée a une particularité : Charles n’en fait pas partie. Il fait toujours partie du groupe mais ne fait plus la tournée. Cela a tout chamboulé dans le groupe.

Discographie

Il est remplacé par ?

Rosemary Standley : Stephan et Arthur. Stephan est bassiste et contrebassiste. Aujourd’hui, il est guitariste. Du coup c’est Vincent qui assure les basses.
Stephan Zimmerli : En fait, on a fait les chaises musicales dans le groupe. Chacun a changé d’instrument.
C’est de cette manière que l’on compense le départ d’un des membres du groupe. C’est la force du collectif, cela oblige à tout refaire. C’est une tournée assez différente.
Rosemary Standley : C’est vraiment différent, il a fallu se réadapter. C’est autre chose. Bref, c’est différent.

Vous avez joué à Amiens en 2009 pour le festival Picardie Mouv. Avez-vous des souvenirs de ce concert ?

Rosemary Standley : Oui!
Stephan Zimmerli : Oui on a joué à La Lune des Pirates. Je ne me rappelais plus que c’était pour le Picardie Mouv.
Rosemary Standley : Mais c’était en 2008.

Oui en 2008 !

Stephan Zimmerli : Je me rappelle que c’était..
Rosemary Standley : Tout petit ! Très chaleureux, très plein !
Stephan Zimmerli: On avait l’impression d’être au fond de la cale d’un bateau. C’était très pentu avec tout le public qui te tombe dessus. Il faisait très chaud.
Rosemary Standley : Oui très chaud, c’est les souvenirs que je garde.
Stephan Zimmerli : Mais après tout c’est passé très vite. Nous sommes arrivés à Amiens, nous avons fait le concert et nous sommes repartis. Nous n’avons pas vu la ville.

Moriarty

Vous avez des rituels avant le concert ou chaque concert est unique ?

Rosemary Standley : On change de « set list » tous les soirs en fonction de l’endroit où on joue. Tout dépend du public, de la salle… En général, la première partie est comme un échantillon et nous sert pour voir comment le public réagit, s’il est à l’écoute ou s’il est dispersé ou encore s’il est concentré. Grâce à la première partie, nous savons comment nous allons débuter le concert.
Nous faisons notre « set list » en fonction du public et du lieu. Notre « set list » dépend du lieu. Que nous raconte t-il ? Comment raisonne t-il ? Si nous sommes dans un théâtre, est-ce que nous avons envie d’aller dans quelque chose de calme ou au contraire amener les gens dans quelque chose de plus rock ?
Stephan Zimmerli : Tout est une question d’adaptation. On s’adapte au lieu, à sa température. Des rituels, nous n’en avons pas à proprement parler.
Avant, on essaye de se redire les erreurs que nous avons faites, on essaye de voir dans quel état d’esprit nous sommes.
Ce n’est pas évident d’avoir du recul sur ce que l’on fait.
Parfois on se dit qu’on doit se concentrer uniquement sur la stabilité du rythme. Ou alors on réfléchit par rapport au public : « Tiens, aujourd’hui c’est un public très silencieux, il ne faut pas se laisser désarçonner ! »

On se fait un petit cercle avant de monter sur scène. Mais le rituel, c’est juste d’accorder les guitares. On le fait lorsque le public est déjà là, en train de papoter donc on peut épier ce qu’il dit. C’est agréable de se faufiler ainsi dans le public.

Moriarty – Long Live the (D)evil

Quand on tape « Moriarty » sur Google, les mots « instants fragiles » arrivent rapidement sur l’écran d’ordinateur. Sur scène, comment arrivent ces fameux instants fragiles ? Vous les provoquez ou c’est le public qui les déclenche ?

Rosemary Standley : Je pense que c’est difficile de dire qu’on les crée de manière volontaire. Quand nous sommes à la recherche de ces moments là, je ne pense pas que la volonté intervienne. Ils arrivent quand l’attendu et l’inattendu se rencontrent. C’est un moment d’improvisation, de discussion avec le public. C’est la manière de faire un morceau qui n’a rien à voir avec notre habitude. C’est une émotion qui surgit tout d’un coup parce que vous avez une image qui surgit à un moment.
C’est difficile d’expliquer ces moments, mais nous sommes tous à leur recherche.
Stephan Zimmerli : Il y a une tendance à fuir les choses qui sont trop construites, trop stabilisées.
Quand on écrit une chanson, elle prend une certaine forme et on la teste sur scène. Elle change de forme car avant que les six musiciens qui la jouent en soient satisfaits, il y a beaucoup de travail. Il y a un temps de maturation qui est un temps de fragilité.
On n’est pas un groupe qui enregistre en suivant des partitions et qui restitue sur scène.
Sur scène, on écrit encore. Les parties instrumentales sont différentes tous les soirs. Un soir c’est bien, l’autre moins bien… On accepte aussi de montrer une part de notre fragilité. On montre même des erreurs. Mais je crois qu’il n’y a rien de plus beau pour un musicien, pour le public même que lorsqu’un musicien se jette dans le vide, quand il joue une partie qu’il ne connait pas car les autres lui ont dit d’essayer. Au début ça foire et il rattrape la chose à la fin… Cela ressemble à des numéros d’un équilibriste.
Parfois ça chute mais quand le fil est gardé, cela fait partie des moments les plus intenses, les plus fragiles.

Vous allez tester quoi ce soir ?

Stephan Zimmerli : Un solo de flûtiau approche. Il n’a jamais été testé encore.

Le Maître et Marguerite de Boulgakov plante sur votre album Epitath. Vous avez joué ce disque en Russie ?

Rosemary Standley : Non.

A cause de quoi ? Les autorisations sont difficiles à avoir ?

Rosemary Standley : Non, non. Nous n’avons jamais joué en Russie.
Stephan Zimmerli : On a failli jouer en Russie. Nous étions invités à jouer lors d’un festival de littérature mais c’était vraiment une tournée trop intense. Il y avait trop de dates, c’était entre le Japon et le Canada. Quelqu’un a dit que cela faisait trop. On a laissé filer l’occasion et ils ne nous ont jamais rappelés. Alors qu’aujourd’hui nous avons des chansons inspirées de Boulgakov, de Moscou…
Mais on ne sait jamais, peut-être que le destin fera que quelqu’un nous appellera.

« Je suis celui qui veut éternellement le mal mais toujours fait le bien » est une épitaphe tirée du Faust de Goethe et qui est reliée au livre de Boulgakov. Moriarty nous veut que du bien quand il monte sur scène ? Pour quelles raisons montez-vous sur scène ? Pour faire du bien au public ? Pour vous même ?

Rosemary Standley : Pour plein de raisons ! Nous avons tous des personnalités différentes.
Stephan Zimmerli : Certains font du mal au public quand ils montent sur scène.
Rosemary Standley : Personnellement, je ne monte pas sur scène pour mon propre plaisir personnel. Je monte sur scène pour le plaisir d’être ensemble, pour le plaisir de jouer ensemble. C’est une expérience, un plaisir… D’autant plus décuplé que l’on ne sait pas ce qui se passera après cette tournée. Comment les choses vont reprendre ? Aucune idée. Ce sentiment étant présent, les choses sont plus intenses sur scène.
Après, je pense qu’on est aussi là pour les gens.
Stephan Zimmerli : Oui ! Sinon on ne ferait pas autant de concerts.
Rosemary Standley : C’est un mélange des deux.
Stephan Zimmerli : C’est comme pour la recherche des instants fragiles. Nous sommes des équilibristes. Nous jouons des chansons qui sont en cours de maturation devant le public. C’est comme une barre à sauter.
Parfois on tourne en rond dans notre studio. On se dit alors que cela serait bien d’avoir le public avec nous car cela oblige à simplifier les choses et à viser une certaine intensité. On ne peut pas jouer paresseusement.
Cela me rappelle une discussion que j’ai eue avec Arthur il y a dix ans. Au fond, pourquoi joue t-on de la musique ? Parce que parfois, avec une suite d’accords, tu peux avoir des frissons dans le dos. C’est pareil sur scène. Il y a un courant électrique qui nous traverse tous quand tout est réuni. C’est tellement magique ce truc là… C’est juste pour ça que nous montons sur scène. Si nous pouvons l’avoir, si le public peut l’avoir… Ça arrive une fois sur mille. On ne peut pas le contrôler mais c’est peut-être la seule raison pour laquelle nous montons sur scène…

Epitath de Moriarty est disponible depuis le mois d’avril 2015 via le label Air Rytmo.
Moriarty est en tournée dans toute la France cet hiver.

Moriarty - Epitath

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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