Babet @ Francofolies 2010

Babet @ Francofolies 2010 (Nicolas Auproux)

Rencontre avec Babet, membre de Dionysos qui s’envole l’espace d’un deuxième opus solo (en espérant qu’il ne s’agit pas du second). Rencontre toujours placée sous le patronage de l’ami Rob Gordon (qui a toujours raison). A vous les studios.

Babet

Premier acte.

Dix ans pour le premier album solo, deux ans pour le deuxième, les choses s’accélèrent ?

Je n’ai pas mis dix ans à faire mon premier album solo. On a mis six mois. Mais comme tu mets toute ta vie dans le premier…

Tu peux nous raconter l’histoire dans la pochette ?

L’idée de la pochette vient d’Andy. Mais la mise en forme ne convenait pas.

Puis on a vu le film Alice Au Pays des Merveilles. L’image était superbe. Andy a entendu. Et nous avons fait plusieurs essais. Au départ, les gens ne comprenaient pas que c’était un monstre. De plus, l’idée première était une ombre.Avec toujours cette influence de Miyazaki avec le Voyage de Chihiro. On a travaillé. Longtemps. Un mois avec des cobayes. Puis on est revenu aux premières idées. La mise en page a été super longue. Comme l’écriture d’une chanson en fait.

On alterne beaucoup d’humeurs sur ce disque: l’espièglerie sur London Inédite, la mélancolie sur « La Couleur de la nuit »… Quel a été le processus d’écriture de ce disque ?

Deux choses.
Je débute toujours par la musique. L’écriture vient ensuite.
Pour cet album, j’ai de nouveau pris le piano… J’avais oublié le piano. Et en réapprenant, les choses venues.  » Un bel été » est super simple. Deux doigts pour « Je pense à nous ». Et puis les choses se sont compliquées. Je me doutais que les choses allaient se passer comme ça. Je déteste les artistes qui ne se remettent pas en question. J’avais pris la mandoline pour « Laika ». C’est assez mélancolique.
Je devais trouver le bon instrument. Avec le piano, j’ai composé les trois quarts de l’album en six mois.
Puis il y a eu la rencontre avec un pianiste. Qui a donné par exemple « Tes yeux dans ce bar ». Pour ce morceau on a enregistré que des bruits.  On avait plein de choses en tête mais on a enregistré que des bruits. Puis on a monté les choses à Paris. C’est plus beau quand c’est joué par un vrai pianiste.

Une ombre plane sur ce disque; celle d’Ennio Morricone. Par exemple sur les touches de violon de Ciel de soie…

J’écoute beaucoup Ennio Morricone. C’est marrant que tu dises ça.  J’ai tous les disques, les compilations..

Et au niveau de l’écriture? Tu as un écrivain qui t’a influencé sur ce disque ?

Haruki Murakmi. Avec ce livre « Kafka sur le rivage ». Il a une écriture très citadine.  Il y a souvent des références musicales. Toujours des histoires surréalistes, avec des anti-héros. Tu as toujours des métros, des routes. Et puis cette bulle de nature. J’adore ça; moi qui suit une citadine.

Tu sembles avoir laissé une grande liberté à tes invités sur ce disque ?

Avec Hugh Coltman, c’était la première fois que l’on travaillait tous les deux avec quelqu’un. J’avais son disque à la maison et je me suis aperçue qu’il faisait ses arrangements tout seul. Comme moi. On s’est rencontré sur Paris, on a bu des coups et on s’est enfermé pendant deux jours.  On avait rien préparé. On a commencé avec trois accords et c’était parti… Pour le texte, c’était amusant. On était face à face sur la table de la cuisine. Hugh avait choisi le thème. On a eu quelques soucis avec le français. Le thème était évident mais les paroles. Il a découvert quand français tu ne pouvais pas tout dire. On est resté super connectés.

Pour Édouard Baer, je l’ai rencontré il y a sept ans sur l’émission le Grand Plongeon. C’était le dernier jour de tournage. Il y avait une soirée. On a bu des coups. On est rentré tard. Genre vers cinq six heures. On est resté en contact. Un jour j’ai lu une interview où il évoquait le fait que le miroir était l’autre. C’était le bon thème. J’en ai fait une chanson. J’ai transformé le miroir en personnage. Et c’était évident, Édouard devait jouer le miroir. Trois jours après, j’avais son numéro. Je l’ai appelé et lui ai expliqué que j’avais une chanson pour lui. Soit il la chantait, soit elle ne se faisait pas. Il a accepté…

Le disque a pas mal tourné à l’appartement… Et tu as offert un voyage dans le temps à la génération 1980-1985. « London Inédite » nous évoque le générique du dessin animé des Trois Mousquetaires.

C’est rigilo. Sur Laika, en concert, on a fait un interlude avec Chapi Chapo.
Mais les trois mousquetaires? Ah oui!
Petite je n’avais pas la télé. Et c’est l’un des premiers dessins animés que j’ai pu voir.

Au niveau du travail en studio, qu’est ce qui a changé par rapport au premier album ?

Le premier, je l’ai réalisé toute seule.
Au deuxième, j’étais beaucoup plus attentive, demandais plein de conseils. Quand tu joues seule, tu vois pas les coquilles. Et quand le disque est enregistré, tu t’en rends compte. Là, j’étais bien entourée.
Le premier album a été enregistré au studio La Frette. Un grand manoir pour moi toute seule. J’ai adoré.
Là nous étions à La Fabrique. Un endroit génial avec les chambres au deuxième étage. On a travaillé partout. On a mis des micros dans les escaliers pour la reverb. Jean a hypercréatif. On a eu de la disto dans les toilettes.

Second acte.

Le disque que tu attends le plus ?

L’album de Coconut Records.

Le disque qui va forcément te décevoir ?

Aucun. Je ne fais pas forcément attention aux gens qui peuvent me décevoir.

Ton disque honteux ?

Blood Sugar Sex Magik des Red Hot Chili Peppers.

Si tu avais un festival à créer ?

Le Rock Dans Tous Ses Etats. Un festival à taille humaine avec deux scènes où les groupes ne passent pas en même temps. Une sorte de ping pong.

Si tu avais à tourner un film sur un groupe?

Coconut Records.

Le métier de l’industrie musicale que tu ne comprends pas ?

Aucun. Je les comprends tous. Des fois, nous ne sommes pas sur la même longueur d’ondes. Mais j’ai la chance d’être sur un label humain. Nous ne n’avons pas de problème. J’ai dû faire un édit sur le prochain single. Au départ, j’y étais opposée et puis au final j’ai compris.