Soirée rare et de prestige aux nuits de Fourvière avec un plateau de qualité, Villagers, Moriarty et Beirut, des artistes très loin des cachetonneurs qui écument les festivals d'été.


Le soleil devenu rare ces derniers jour caressait les vieilles pierres du théâtre antique de Fourvière quand le hobbit Conor O’Brien et sa troupe de Villagers entrèrent sur scène pour un set en crescendo avec une folk sombre, tourmentée, mystérieuse. A la fois fragile, doux, il semble pourtant invulnérable, le regard lapis-lazuli scrutant l’assemblée demi sphérique de spectateurs le découvrant sans doute pour la première fois. Il pose sa voix bienveillante sur des mélodies rugueuses à la façon d’un Bright Eyes et pioche dans les titres fiévreux et cruels de ce grave et léger Becoming a jackal qui a raté de peu le Mercury Prize en 2010. Un artiste rare, un ‘dreamer’ qui voit les morts, tellement discret qu’il participera au parcours secret durant le festival Les Nuits Secrètes les 5, 6 et 7 août prochain à Aulnoye-Aymeries (59).

Villagers

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L’occasion de réécouter Memoir enregistré avec Charlotte Gainsbourg à l’occasion du Record Day Store de cette année.

Moriarty

Avec Moriarty, on prend une autre route avec un surplus de bagage sur scène. Davantage la Route 66 ou la Highway 61 que la Nationale 7. Changement toutefois de direction pour le sextette franco-américano-suisso-viétnamien avec un set beaucoup plus électrique et remuant que lors de leur précédent passage aux Nuits de Fourvière avec Coming Soon et Cocorosie le 30 juillet 2008. Fini le paravent, disparue la mascotte Gilbert le chamois, à la casse la machine à écrire, le groupe n’est plus serré autour d’un micro mais sait toujours créer une atmosphère unique grâce aux orchestrations bluesy country rock, à la voix aérienne de Rosemary, à la virtuosité et aux nuances de Thomas et de ses multiples harmonicas ou à la sonorité particulière de la Dobro. Défile alors toute une galerie de portraits hauts en couleurs comme le rouge sang de la robe de la plantureuse Rosemary, on rencontre Isabella, Jane, Clementine, Julie Gold, Lilly et bien sûr Jimmy. Chaque titre est une petite nouvelle, un périple parcourant les grands espaces ou les motels poisseux à la recherche de cette Missing Room

Discographies

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Beirut

On avait quitté Zach Condon lors d’un concert mémorable au Ninkasi Kao en novembre 2007 puisqu’il avait annulé toute sa tournée et donc son passage aux Nuits de Fourvière en 2008, délaissant la France qu’il apprécie tant. On s’était donc contenté de réécouter encore et encore ses deux premiers albums, cartes postales sonores d’un tintin rimbaldien voyageur. Beirut et sa bande était donc attendu de pieds fermes, alléché par le concert d’Arles retransmis la semaine dernière par Arte, l’atmosphère était électrique, avec cette singulière impression que c’était le concert de l’été, le concert à ne pas manquer.

Et l’on a pas été déçu. D’abord parce que Zach Condon n’est plus le minot un peu perdu sur scène d’il y a 4 ans. Sa voix a gagné en intensité, il dirige une troupe incroyable de musiciens blondinets qui jonglent avec de multiples instruments : accordéon, trompette, cor, trombone, tuba… Kelly Pratt qui a soufflé dans sa trompette pour Arcade Fire ou Emilie Simon le seconde à merveille. Les morceaux ont gagné en puissance, ils vous emportent dans un tourbillon aux couleurs kaléidoscopiques, l’émotion est totale. La fosse chavire pendant que les gradins grondent, trop de basse apparemment. Le farfadet de Santa Fe présente son nouveau disque, The Rip Tide qui sort fin août et qui est déjà une tuerie. Les titres s’enchaînent, Elephant Gun, East Harlem, l’énorme Vagabond, Santa Fe prend une toute autre ampleur, hymne mariachi moderne, on reconnait à peine Postcards from Italy, jouée à l’os. Quand Scenic World retentit, la voix de Zach Condon envahit les moindres interstices des vieilles pierres multiséculaires, la puissance des cuivres renverse tout. Mais c’était sans compter le brelan d’as musical que constituent Nantes, Cherbourg et A sunday smile. Ces titres prennent une dimension pharaoniques sur scène : qui au final chante mieux la France que ce lutin américain globe trotter ? Après l’anomalie My night with a prostitute from Marseille et une brève pause au côte du Rhône, Zach Condon empoigne le piano pour jouer la poignante et sublime Goshen qui vaut mieux qu’une face B. The Rip Tide tient ici sa grande chanson, solennelle et séraphique. La ronde repart de plus belle pour les deux titres finaux, la valse enivrante Mount Wroclai et le retour aux sources, Gulag Orkestar, beau à pleurer. L’espiègle génie reviendra jouer seul au ukulélé ténor The penalty, le sourire en bandoulière, on est pas sérieux quand on 25 ans et que l’on conquiert le monde. Il fallait voir Conor O’Brien et tout Villagers ou Thomas et Rosemary Moriarty scruter et photographier l’elfe malicieux et sa bande pour comprendre que l’on avait assisté à un évènement unique, une communion musicale que Kusturica aurait appréciée.

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Beirut sera en concert le 20 juillet au Paléo Festival de Nyon et le 12 septembre à l’Olympia.

Date : 18 juillet 2011

Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...
4 réponses sur « En voyage avec Beirut »

merci pour ta chronique juste et passionnée qui nous ramène à ce concert magique.
bel échange musical en ta compagnie à la fin du spectacle,il manquait juste une petite mousse (pour la prochaine fois…)
on t’ envoie ces quelques mots en savourant la Black session de BEIRUT…

Je regrettais déjà de ne pas y être allé… mais en regardant les magnifiques photos et en lisant ce compte-rendu, j’ai plutôt envie d’aller me fouetter de ne pas avoir bougé de chez moi !!

Je vous jalouse beaucoup d’avoir assisté à ce concert. C’est quelque chose de rare de voir Beirut en concert, en plus dans le théâtre antique (grr) et vous le confirmez à raison dans cette jolie chronique.

Thomas (qui en plus vous connait et vous remercie encore de l’avoir reconduit jusqu’à Lyon en 2009 après un concert de Patrick Watson à Feyzin !)

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