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Live Report : The Boxer Rebellion à la Maroquinerie

The Boxer Rebellion

The Boxer Rebellion
The Boxer Rebellion

Un live à la Maroquinerie, ça se mérite. Quinze minutes de côte dans le dix-neuvième, il fallait vraiment en avoir dans les jambes, mais le concert de ce lundi méritait terriblement l’effort. Les quatre Londoniens de The Boxer Rebellion effectuaient un de leur rares passages à Paris, toujours aussi bien accueillis par un public peut-être encore intimiste, mais absolument conquis.

On arrive l’esprit échauffé. Il est 20h, la première partie est sur le point de commencer : le pass presse est attaché à la va-vite autour du poignet, quelques poils arrachés, on ne s’y fera jamais, une bière, et la sueur lumineuse des spots qui nous attend, à quelques mètres en dessous. Descendre dans la Maroquinerie, c’est un peu descendre dans une arène. La disposition de la salle, circulaire, donne presque envie de quitter la scène pour venir jouer en son centre, entouré de toute part par le public. Il faut dire qu’on l’attend depuis longtemps, ce concert. Annoncé en messie par la presse indépendante qui s’est régalée de leurs problèmes de labels, érigeant en figure de la crise actuelle un groupe qui n’a toujours eu pour simple vocation que de faire écouter sa musique, et ce par tous les moyens possibles, The Boxer Rebellion joue peut-être en territoire connu, mais il est aussi attendu au tournant par tous les excités de la musique qui ont pu voir dans les grandes envolées de guitares et de voix réverbérées une nouvelle forme de rock, mélodique, planant, addictif, et qui ne veulent pas voir leur rêve s’effondrer en live.

Et il faut dire qu’alors que je me dirige vers les premiers rangs de la fosse, j’ai moi-même une ou deux questions en tête, et ce sont toujours les mêmes interrogations qui me taraudent : lorsqu’on a tant aimé un groupe qui utilise autant d’effets, le doute réside toujours quant à savoir ce qui restera du son, à l’écoute du live nu. Certains tentent le coup, avec plus ou moins de bonheur, et réussissent parfois à affirmer une signature qui ne réside pas seulement dans la table de mixage. D’autres surchargent, repeignent, réarrangent, masquent, et finissent par se perdre dans les méandres de leurs effets, convaincus qu’ils sont que vomir de la réverb est en fait la seule, vraie façon de faire de la musique.

Stal

Stal, la première partie, est d’ailleurs une assez belle démonstration de ce second choix, et de l’ennui qui en découle assez inévitablement. Avec un déluge infernal de synthés, une montagne d’effets en tous genres et une avalanche de sons triturés, les trois français nous perdent en chemin, noyés que nous sommes sous la puissance de leurs blasts. Trop occupé qu’il est à danser sur ses synthés, le leader en oublie d’avoir la moindre présence, et reste absolument transparent tout le long du set, nous laissant reporter notre regard sur le jeu impressionnant, il faut le dire, du batteur, seul membre à captiver un tant soit peu le regard. Autant le dire, Stal, c’est raté. Leur musique est sûrement plus agréable à écouter en studio, et il suffit effectivement que le chanteur s’approche quelque secondes de son micro pour qu’on commence à entrevoir le plaisir qu’on pourrait prendre, mais c’est déjà trop tard, il repart vers ses synthés, ou masque sa performance vocale sous une montagne de bidouillages insupportables, et c’est très frustrant. Il me semble qu’on a oublié de dire à ces trois jeunes gens que le live, c’est d’abord une question de présence, pas d’effets. On irait pas jusqu’à dire qu’on comprend très bien pourquoi le leader, ex-collaborateur de M83, est bien « ex »-collaborateur de M83, mais rassurez vous, on le pense très fort.

The Boxer Rebellion

Et puis il est 20h30 et la salle commence à chauffer, petit à petit, lorsque bien modestement, nos quatre londoniens débarquent sur scène, pour entamer presque immédiatement l’hymne martial qu’est « Step Out of The Car », avec sa basse précise et sa rythmique carrée. Et directement, naturellement, on (re)tombe sous le charme de la voix si particulière de Nathan Nicholson, frontman discret dont le flow n’a besoin d’aucun artifice, d’aucune gesticulation pour imposer le respect. On pourrait penser qu’il reste relativement timide, tout au long du concert, mais qui a besoin de se rouler par terre, avec une voix pareille ? Son timbre très différent de ce qu’on a l’habitude d’entendre en indie marque de sa griffe naturelle toutes les compositions du groupe. Lorsque le chanteur prend sa guitare folk pour entamer l’ultra-tube « Flashing Red Light Means Go », on décolle enfin, les sourires se collent aux lèvres, et on passe pas loin de résoudre la paix dans le monde. Le ton est donné. avec plus d’une heure trente de set énergique, oscillant entre guitares cisaillées et hymnes planants, les Boxers répondent à toutes nos questions, défont toutes nos angoisses. Ils sont là, ils sont bons, ils n’ont besoin d’aucun effet, d’aucun artifice pour faire résonner leurs musique jusqu’au plus profond de notre épine dorsale. La voix de Nicholson est magnifique, sans une pointe de retouche, avec ses faiblesses, parfois, mais aussi sa grande force, toute son identité vocale. Dans les moments les plus intenses, ils se déchaineront, le bassiste finissant à genoux, à tambouriner sur ses pédales d’amplification. Il a quelque chose, ils ont tous quelque chose d’assez grotesque, animal, et terriblement scénique, dans leur posture, entre le vieux lion pour le guitariste, l’air reptilien et guindé du bassiste, quelque chose qui transpose subitement ce qui n’est à la base que quatre hommes qui s’échinent sur une scène sombre, en un spectacle, un vrai, où l’imagination s’envole, les sens palpitent, et les oreilles restent au garde à vous.

Et enfin, naturellement, tout le charme de tous les concerts, la fumée, le cuir, les boucles des chaussures, les cordes des guitares, les jolies filles de l’assemblée qui s’imaginent déjà finir sur les genoux du chanteur. A côté de moi, deux journaleux se félicitent bien fort de leur travail et de leurs relations en tentant d’attirer l’attention d’une midinette pas trop loin derrière moi. Je rabats ma manche et dissimule mon bracelet presse avec un sourire. Je suis peut-être venu en tant que chroniqueur, mais c’est en fan le plus humble que je repars. Avec une bonne dose d’adrénaline dans les oreilles.

setlist :

Step Out of the Car,
Semi Automatic,
The Absentee,
Flashing Red Light Means Go,
Locked In the Basement,
Caught By the Light,
Spitting Fire,
The Runner,
Evacuate,
If You Run,
These Walls are Thin,
Doubt

Enjoy the Silence, (reprise de Depeche Mode)
Flight,
No Harm,
The Gospel of Goro Adachi.

Date : 17 décembre 2011
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